Le Journal de Montreal

Le­gault en plein contrôle

- RÉMI NA­DEAU Chef du Bu­reau par­le­men­taire à Qué­bec

Jus­qu’ici, Fran­çois Le­gault a joué à mer­veille son rôle d’homme d’État en temps de crise. Il le doit as­su­ré­ment à sa per­son­na­li­té, mais son équipe n’a pas lé­si­né sur sa pré­pa­ra­tion, lui as­su­rant même les ser­vices d’une psy­cho­logue pour le gui­der.

Flan­qué du di­rec­teur na­tio­nal de la san­té pu­blique, Ho­ra­cio Ar­ru­da, et de la mi­nistre de la San­té, Da­nielle McCann, le pre­mier mi­nistre s’adresse aux Qué­bé­cois tous les jours de­puis la fin de la se­maine der­nière.

La plu­part du temps, pour leur ap­prendre de mau­vaises nou­velles. Hausse in­évi­table du nombre de cas d’in­fec­tion au vi­rus, me­sures dra­co­niennes pour li­mi­ter la pro­pa­ga­tion. En cette pé­riode trouble, la po­pu­la­tion at­tend ce ren­dez-vous quo­ti­dien dans un mé­lange d’es­poir et de crainte.

Les ci­toyens sont sus­pen­dus aux lèvres du pre­mier mi­nistre, qui an­nonce la fer­me­ture des écoles, la fin des ras­sem­ble­ments, jus­qu’aux sou­pers entre amis dans les mai­sons.

Le ton et les pa­roles doivent être sou­pe­sés.

C’est pour­quoi le bu­reau du PM a fait ap­pel à la psy­cho­logue So­nia Lu­pien, di­rec­trice du Centre d’études sur le stress hu­main, pour l’as­sis­ter dans sa pré­pa­ra­tion.

NE PAS GÉ­NÉ­RER D’AN­GOISSE

« On la consulte sur l’im­pact de ce qu’on a à dire, et sur la fa­çon dont on le dit pour sus­ci­ter le moins d’an­goisse et de dé­tresse pos­sible », a ré­su­mé une source pré­sente dans la cel­lule de crise consti­tuée de­puis la se­maine der­nière.

Ain­si, la pro­fes­sion­nelle est contac­tée avant, et même après les points de presse, afin de faire l’éva­lua­tion du mes­sage.

Fran­çois Le­gault n’a pas eu à être « trans­for­mé », car, vi­si­ble­ment, il a conser­vé la même at­ti­tude, à la fois ferme et em­pa­thique, qu’il avait af­fi­chée lors de la ges­tion des inon­da­tions. Le chef ca­quiste a main­te­nu sa proxi­mi­té avec les Qué­bé­cois et il fait mouche.

Par contre, cette as­sis­tance n’est pas fu­tile, no­tam­ment « pour le choix des mots », ex­plique-t-on.

DIS­CRET

Son en­tou­rage reste mal­gré tout dis­cret sur sa rou­tine, si tant est qu’il puisse y avoir une rou­tine en ces temps troubles.

Cer­tains amé­na­ge­ments sont faits pour qu’il puisse te­nir le rythme – pas de ren­contre tard le soir, par exemple.

Puis, le mot a été pas­sé aux autres mi­nistres de ne pas faire de sor­ties pu­bliques, pour évi­ter des in­co­hé­rences dans les mes­sages du gou­ver­ne­ment en cette pé­riode cri­tique.

Avec rai­son, un seul ca­nal of­fi­ciel a été créé, par la voix du pre­mier mi­nistre et du sym­pa­thique Dr Ar­ru­da.

Les équipes du di­rec­teur de la san­té pu­blique et du bu­reau du PM ont consti­tué au fil des jours une seule ar­mée. Elles ne se connais­saient pas vrai­ment, mais elles ont ap­pris à tra­vailler côte à côte. Ho­ra­cio Ar­ru­da a pra­ti­que­ment élu do­mi­cile dans l’édi­fice Ho­no­ré-Mer­cier, qui abrite les bu­reaux du pre­mier mi­nistre.

EN­FIN, JUS­TIN !

À tra­vers les longues jour­nées et une mer d’im­pré­vus, les dé­ci­sions fi­na­le­ment prises par le gou­ver­ne­ment fé­dé­ral cette se­maine ont été ac­cueillies avec « sou­la­ge­ment » dans l’équipe de Fran­çois Le­gault.

Il de­ve­nait de plus en plus in­te­nable de de­man­der au­tant de sa­cri­fices aux Qué­bé­cois, alors que des va­can­ciers étran­gers cir­cu­laient li­bre­ment dans nos rues. Que le che­min Rox­ham de­meu­rait la pas­soire que l’on connaît.

La franche col­la­bo­ra­tion des par­tis d’op­po­si­tion consti­tue aus­si une bouf­fée d’air frais dans ces jours au­tre­ment plu­tôt op­pres­sants.

Par exemple, une em­ployée du chef in­té­ri­maire du Par­ti li­bé­ral du Qué­bec a si­gna­lé une si­tua­tion gê­nante à l’équipe du pre­mier mi­nistre. Des em­ployés de la SAQ avaient de­man­dé à voir les cartes d’iden­ti­té de têtes grises dans une suc­cur­sale pour s’as­su­rer qu’elles avaient moins de 70 ans !

Dans d’autres cir­cons­tances, elle se se­rait em­pres­sée de ré­di­ger un com­mu­ni­qué de presse pour faire mal pa­raître le gou­ver­ne­ment.

Tout n’est pas par­fait. Il est en­core trop dif­fi­cile, no­tam­ment, d’ob­te­nir un ren­dez-vous de dé­pis­tage pour les per­sonnes qui souffrent de symp­tômes s’ap­pa­ren­tant à ceux de la CO­VID-19.

Mais le ca­pi­taine pa­raît en plein contrôle...

Le mot a été pas­sé aux autres mi­nistres de ne pas faire de sor­ties pu­bliques, pour évi­ter des in­co­hé­rences dans les mes­sages du gou­ver­ne­ment en cette pé­riode cri­tique.

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