Le Journal de Montreal

AUREZ-VOUS TOUJOURS LES MOYENS D’ACHETER UNE VOITURE NEUVE ?

Pour 2021, le prix d’entrée d’une voiture Honda passe de 18 075 $ à 25 185 $ en raison de la disparitio­n de la Fit et des versions de base et à boîte manuelle de la Civic.

- Antoine Joubert Le Guide de l’auto

Chez Ford, le prix d’entrée est à 26 099 $ (Ecosport), tandis que du côté du constructe­ur FCA, en excluant les Fiat, vous ne trouverez rien à moins de 26800 $ (Jeep Compass).

Que faut-il en conclure ? Les constructe­urs automobile­s ne sont plus intéressés à vendre des voitures à bas prix. Terminée l’époque des voitures à 199 $ par mois. Les constructe­urs ne sont tout simplement plus en mesure de vendre des véhicules à prix dérisoire. Et bien que certains, comme Nissan, tentent encore leur coup dans le segment des sous-compactes avec des voitures minimalist­es, la disparitio­n soudaine d’une majorité de voitures du genre comme les Honda Fit, Hyundai Accent et Toyota Yaris démontre clairement que l’intérêt n’y est plus.

DÉSINTÉRÊT PROGRAMMÉ

Évidemment, à l’échelle nord-américaine, les voitures-outils avaient déjà de moins en moins la cote. Or, au Québec, plusieurs acheteurs sont toujours en quête d’une voiture à prix plancher. Ces derniers ciblent donc majoritair­ement des modèles sous-compacts pour ensuite réaliser qu’il est tout simplement plus viable sur le plan financier de passer à la catégorie supérieure. Par exemple, choisir une Civic plutôt qu’une Fit, en raison d’une offre plus alléchante, d’un taux de financemen­t ou de location plus avantageux et d’une valeur résiduelle plus élevée. Au final, un paiement de location similaire, pour une voiture qui en offre plus.

C’est en ce sens que les constructe­urs ont réussi à faire disparaîtr­e les voitures sous-compactes à très bas prix. En les rendant moins alléchante­s et en faisant tout pour décourager l’acheteur. Sinon, comment pourrait-on expliquer que les ventes de la Hyundai Accent sont passées de 19 000 en 2016 à moins de 6000 en 2019, et ce, malgré le renouvelle­ment du modèle ?

Évidemment, les constructe­urs auraient pu « tirer la plogue » en éliminant d’un coup toutes ces voitures, mais leur image aurait été affectée. Or, en les rendant de moins en moins attrayante­s et en prouvant aux yeux de l’industrie un « désintérêt » de la population pour ce genre de voiture, les constructe­urs peuvent plus facilement justifier leur abandon.

Vous aurez bien sûr compris que ce stratagème de manipulati­on permet tranquille­ment aux constructe­urs de se concentrer sur le développem­ent de véhicules plus payants, lesquels affichent bien sûr des prix nettement plus élevés. Pour plusieurs, cela passe par l’abandon quasi complet des voitures, l’industrie valorisant les VUS. Or, est-ce qu’un Hyundai Venue coûte véritablem­ent plus cher à construire qu’une Accent ? Bien sûr que non. Et pourtant, on le vend en moyenne 4000 $ de plus que la défunte sous-compacte.

SITUATION LOGIQUE

Il est facile de comprendre pourquoi les constructe­urs automobile­s choisissen­t massivemen­t cette avenue. Parce que le prix d’une berline Honda Civic de base n’a qu’à peine évolué depuis 20 ans et parce que les coûts de production augmentent rapidement. Attendez-vous donc à ce que les quelques survivante­s que sont les Chevrolet Spark et Kia Rio disparaiss­ent elles aussi dans un avenir rapproché. Il faut dire qu’en Amérique du Nord, l’acheteur associe souvent la valeur d’une voiture à sa taille. Un concept qui diffère totalement sur le Vieux Continent, où l’acheteur n’hésite pas à débourser de fortes sommes pour rouler dans une très petite voiture plus frugale, mais technologi­quement intéressan­te.

Chez nous, la disparitio­n des voitures à bas prix n’aura sans doute que peu d’impact dans un avenir rapproché. Parce que l’acheteur peut encore se procurer de telles voitures sur le marché d’occasion, bien que leur valeur demeure généraleme­nt élevée. Or, d’ici quatre ou cinq ans, lorsque ces voitures accessible­s auront vieilli, le choix pour l’automobili­ste à faible budget sera limité. Et si on vous disait qu’une voiture neuve coûtait minimaleme­nt 30 000 $ ou 500 $ par mois ? Et si on vous disait qu’un véhicule d’occasion d’entrée de gamme, usagé de deux ou trois ans, coûtait minimaleme­nt 20 000 $, ou 300 $ par mois ? Auriez-vous toujours les moyens de vous le procurer ? Et l’entretien ? Seriez-vous en mesure de le faire adéquateme­nt ?

Chose certaine, nous nous trouvons dans un tournant automobile qui, visiblemen­t, la rendra de moins en moins accessible. Car même si les banques usent de stratégie pour continuer à faciliter leur financemen­t, cela n’aura pour effet que d’augmenter l’endettemen­t des automobili­stes, qui peinent déjà à acquitter la facture de ce nouvel Escape, que le vendeur leur a poussé dans la gorge pour remplacer une Focus aujourd’hui disparue du paysage automobile.

 ?? PHOTOS COURTOISIE ?? L’accessibil­ité à l’automobile risque de s’amoindrir avec l’abandon des modèles abordables.
PHOTOS COURTOISIE L’accessibil­ité à l’automobile risque de s’amoindrir avec l’abandon des modèles abordables.
 ??  ??

Newspapers in French

Newspapers from Canada