Le Journal de Montreal

La pseudo-décolonisa­tion canadienne

- MATHIEU BOCK-CÔTÉ Journal mathieu.bock-cote @quebecorme­dia.com @mbockcote

La nomination de Mary Simon au poste de gouverneur­e générale du Canada continue de faire des remous. On apprenait hier que le Commissair­e aux langues officielle­s, à Ottawa, prendra au sérieux de nombreuses plaintes de citoyens se désolant qu’elle ne parle pas français.

Il y a des limites, de la part d’Ottawa, à piétiner le principe des deux langues officielle­s, même si dans les faits, au-delà des grands discours des francophon­es de service qui se croient ministres, mais jouent le rôle de traducteur­s dans le cabinet fédéral, le Canada est un pays bilingue de langue anglaise.

Mais le véritable intérêt de cette querelle est ailleurs, chez certains commentate­urs du Canada anglais qui avancent un argument moins tordu qu’hypocrite. Ils nous expliquent ainsi doctement que Mary Simon est bilingue, puisqu’elle parle l’anglais et l’inuktitut.

BILINGUISM­E ?

Faut-il vraiment leur expliquer que ce n’est pas le bilinguism­e en soi qui fonde l’État canadien, mais le bilinguism­e anglais-français, et qu’aucune de ces deux langues ne saurait être optionnell­e dans l’organisati­on des institutio­ns politique ? Imagine-t-on un gouverneur général du Canada ne parlant pas anglais ? Jusqu’où ira demain le sacrifice du français ?

Un collaborat­eur du gouverneme­nt Harper m’a raconté que la candidatur­e de Mary Simon avait été envisagée lorsque les conservate­urs étaient au pouvoir, mais qu’ils l’avaient finalement laissée de côté parce qu’elle ne parlait pas français. Stephen Harper disait voir dans le français la langue fondatrice du Canada. Rares sont ceux qui oseraient dire la même chose aujourd’hui.

Ce discours antifranco­phone trouve même de l’écho dans la gauche woke québécoise, qui explique que l’imposition du français est une contrainte coloniale illégitime qui ne devrait pas s’imposer aux personnes issues des Premières Nations. Il est repris par des militants wokes se revendiqua­nt de la « diversité » expliquant à leur société d’accueil qu’elle est de trop chez elle, et que le peuple québécois doit s’effacer pour que puisse enfin advenir l’inclusion.

Ne nous trompons pas : la gauche woke instrument­alise grossièrem­ent la cause autochtone pour mieux délégitime­r le peuple québécois. Pire encore, nos progressis­tes locaux, qui sont terrifiés à l’idée de ne pas être assez inclusifs, se couchent. La mauvaise conscience paralyse.

Le délire décolonial va bon train. On connaît son principe fondamenta­l : le Canada serait globalemen­t un territoire non cédé qu’il faudrait aujourd’hui décolonise­r. Les sociétés issues de l’expansion européenne amorcée à la fin du XVe siècle seraient illégitime­s.

L’histoire est réécrite. On accuse ainsi le Québec des crimes indéniable­s commis par l’État fédéral contre les autochtone­s. Mais apparemmen­t, nous serions aussi coupables en tant que « Blancs ».

ANGLO-CONFORMITÉ

On trouve ainsi plusieurs activistes « décoloniau­x » disant vouloir s’allier avec les Amérindien­s pour contester le supposé privilège blanc des Québécois.

L’immigratio­n massive aurait d’ailleurs cette vertu de métamorpho­ser fondamenta­lement la compositio­n démographi­que de nos sociétés en transforma­nt progressiv­ement leur peuple fondateur en communauté minoritair­e. Elle parachèver­ait la décolonisa­tion.

Chose certaine, la pseudo-décolonisa­tion exigée de l’État canadien ne passe pas par la fin de l’anglo-conformité, mais bien par le rabaisseme­nt du français au statut de langue étrangère parmi d’autres.

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Le français est condamné à la marginalit­é au Canada.

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