Érik Ca­nuel va en­core plus loin

Le Journal de Quebec - Weekend - - WEEKEND -

MON­TRÉAL — Erik Ca­nuel s’at­tend à être sé­vè­re­ment cri­ti­qué pour son film Ca­davres. Mais il s’en fout. Lui, il a plon­gé dans cette aven­ture pour « l’amour de l’art ».

« C’est violent. On le sait. Mais Ca­davres, c’est aus­si l’ex­plo­ra­tion de l’être hu­main; c’est es­sayer de com­prendre ces per­son­nages-là qui ont dé­ci­dé de s’ai­mer sans res­pec­ter le code de la so­cié­té », confie le réa­li­sa­teur en en­tre­vue.

SCÉ­NA­RIO DE BE­NOÎT GUI­CHARD

Dans son rôle de Raymond, Huard est criant de vé­ri­té. D’ailleurs, Érik Ca­nuel n’au­rait tour­né ce film qu’avec cet ac­teur, de­ve­nu son porte-bon­heur.

« Les ac­teurs comme lui sont ex­trê­me­ment rares. Il est ta­len­tueux, cou­ra­geux. Il a dû pui­ser très loin pour jouer ce Raymond. C’est un rôle tel­le­ment dif­fi­cile. Faut qu’il m’aime pour avoir ac­cep­té de le faire», pré­cise le réa­li­sa­teur.

LA LOI DU CO­CHON

Ca­nuel com­pare ce film à La loi du co­chon, tour­né dans les an­nées 1980.

«Ça va faire ja­ser, je m’at­tends à être cri­ti­qué, même du­re­ment, mais c’est aus­si ça, le ci­né­ma. Au fait, Ca­davres, c’est La loi du co­chon amé­lio­ré. Ce film a sa rai­son d’être. C’est un cri de déses­poir d’un homme face à une hu­ma­ni­té qui ne fait rien pour le com­prendre. Les films doivent aus­si faire par­ler la ré­volte. La tou­cher. Je suis très fier de cet acte de créa­tion», com­mente Érik Ca­nuel.

FI­NAN­CE­MENT

Le film Ca­davres, tour­né de­puis 2007, a af­fron­té la tem­pête fi­nan­cière de Cris­tal Film de Ch­ris­tian La­rouche. Heu­reu­se­ment, Sé­ville a sau­vé la mise et ain­si as­su­ré la sor­tie de Ca­davres un an plus tard que pré­vu. C’est aus­si ça le ci­né­ma. Notre réa­li­té fi­nan­cière est de plus en plus dure même pour les gens de ta­lent.

«Je ne fais pas du tout confiance au gou­ver­ne­ment conser­va­teur. Le Qué­bec a un ta­lent im­mense. Mais ça prend des moyens pour tour­ner des oeuvres à la hau­teur de ce qu’on est ca­pables de faire.»

Il voit vite la dif­fé­rence lors­qu’il tourne sur des sé­ries au Ca­na­da an­glais.

«On a le temps de res­pi­rer. Nous, on fait des films avec quatre mil­lions et le tour­nage ne doit pas dé­pas­ser 30 jours. C’est fou. C’est triste de voir que nous sommes ren­dus là et qu’il y a des réa­li­sa­teurs de ta­lent qui ne tra­vaillent pas», ajoute Érik Ca­nuel.

Oui, il rêve que ces films voyagent; oui, il at­tend tou­jours que ses pro­jets avec les Amé­ri­cains dé­bloquent; oui, il ne chan­ge­rait pas de mé­tier pour tout l’or du monde et oui, il rêve de tour­ner un jour son Slum­dog Mil­lio­naire, le film-ve­dette pré­sen­te­ment à Hol­ly­wood.

Érik Ca­nuel a trou­vé sa pas­sion, le ci­né­ma. Pas de doute.

Mi­chelle Cou­dé-Lord

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