Dieu a-t-il été de bon con­seil ?

Le Journal de Quebec - Weekend - - TÉLÉVISION -

Pro­mis, c’est la der­nière fois que j’écris sur Oprah Win­frey jus­qu’à son ar­ri­vée sur les écrans d’OWN, son propre ré­seau. J’ai une bonne ex­cuse d’en par­ler en­core, puisqu’il y a long­temps qu’une ve­dette de té­lé­vi­sion n’avait fait la une d’au­tant de jour­naux et de ma­ga­zines ou n’avait été le su­jet d’au­tant d’émis­sions de ra­dio et de té­lé.

La se­maine der­nière, Oprah était sur toutes les lèvres et son spec­tacle d’adieu a été vu dans 70 % des foyers aux ÉtatsU­nis. Il fau­dra en­core quelques jours avant qu’on sache com­bien de di­zaines de mil­lions de spec­ta­teurs ont re­gar­dé son show d’adieu.

Un show qui n’en était pas un et qui fai­sait tout un contraste avec les deux émis­sions ex­tra­va­gantes qui l’avaient pré­cé­dé, lun­di et mar­di. Dans une robe rose bon­bon, mi­cro à la main, larme à l’oeil juste aux bons mo­ments, c’est un « prea­cher » bien plus qu’une ani­ma­trice qui s’est adres­sée à un pu­blic ga­gné d’avance.

SAINTE OPRAH !

Du­rant cette longue ho­mé­lie, Oprah n’a pas man­qué de faire la no­men­cla­ture de tous ses « se­crets » de crois­sance per­son­nelle. « Pro­duire de l’éner­gie pour soi et pour les autres ; ne pas comp­ter sur les autres pour se cor­ri­ger ou se sau­ver ; es­pé­rer être en­ten­du et va­lo­ri­sé ; ne ja­mais pen­ser qu’on n’est pas mé­ri­toire ; suivre la voix in­té­rieure qui nous guide ; sa­voir que rien n’ar­rive pour rien et que Dieu est plus grand que soi », etc. Se trou­ve­ra-t-il un jour quel­qu’un d’as­sez puis­sant et, sur­tout, d’as­sez can­dide pour in­tro­duire au­près du Vatican la cause d’Oprah en béa­ti­fi­ca­tion ?

Mer­cre­di soir der­nier, plus qu’à tout autre mo­ment, je me suis de­man­dé quelle mouche avait pi­qué Oprah pour qu’elle prenne le risque de créer son propre ré­seau. Pour­quoi diable aban­don­ner une tri­bune, je de­vrais écrire une chaire, comme The Oprah Win­frey Show, pour plon­ger tête pre­mière dans l’in­con­nu ?

UN CON­SEIL DE JEAN DU­CEPPE

Alors que la pre­mière mou­ture de « Ja­mais deux sans toi » fai­sait un ta­bac à la té­lé­vi­sion de Ra­dio-Ca­na­da au mi­lieu des an­nées 70, j’avais dî­né avec Jean Du­ceppe afin de lui pro­po­ser une pièce pour son théâtre. Il s’agis­sait d’un drame ima­gi­né à par­tir d’un fait di­vers. Jean m’écou­ta lui ra­con­ter l’histoire et ce que je vou­lais en faire, ré­flé­chit un mo­ment, puis me fit une le­çon que je n’ai ja­mais ou­bliée. « Jus­qu’ici, tu as tou­jours écrit de la co­mé­die et tu pu­blies chaque se­maine dans le ma­ga­zine Pers­pec­tives une chronique hu­mo­ris­tique, com­ment veux-tu at­ti­rer le pu­blic avec un drame ? De Mar­cel Dubé, le pu­blic at­tend un drame, mais de toi, que tu aimes ça ou non, c’est une co­mé­die qu’on at­tend ! » Dom­mage que Du­ceppe ne soit plus par­mi nous, je l’en­ver­rais ren­con­trer Oprah pour lui ex­pli­quer qu’elle ne peut pré­sen­ter au pu­blic une autre Oprah que celle qu’il a sui­vie si fi­dè­le­ment du­rant 25 ans. D’ailleurs, com­ment pour­rait-elle être au­tre­ment ? Je ne vou­drais pas être pro­phète de mal­heur, mais je ne vois pas pour- quoi Oprah Win­frey s’em­bar­rasse d’un ré­seau pour conti­nuer de faire ce qu’elle réus­sis­sait si bien en « syn­di­ca­tion ».

Pour toutes les chaînes et les ré­seaux qui dif­fu­saient The Oprah Win­frey Show, la mer­veilleuse ani­ma­trice était un ac­tif et une at­trac­tion. À OWN, elle de­vien­dra une ri­vale et une concur­rente.

Cette fois, j’ai l’im­pres­sion que Dieu l’a bien mal conseillée !

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