LONGUE VIE À UN GÉ­NIE

Le Journal de Quebec - Weekend - - MUSIQUE - Dar­ryl Ster­dan

Il en faut un pour en re­con­naître un autre. Même

lors­qu'il est ques­tion de gé­nies. Et c’est pour­quoi, in­siste Brian Wil­son, George Ger­sh­win ado­re­rait ses adap­ta­tions pop or­ches­trales et surf rock de com­po­si­tions clas­siques comme Sum­mer­time et I Got Rhythm.

« Si George Ger­sh­win était vi­vant au­jourd’hui, il ai­me­rait ce que j’ai fait », a as­su­ré le fon­da­teur des Beach Boys, qui se trouve ac­tuel­le­ment en Ca­li­for­nie, où il ré­pète en vue de sa pre­mière grande tour­née ca­na­dienne avec son groupe et un or­chestre. Wil­son et sa bande ont fait un al­bum en hom­mage à Ger­sh­win.

« Il di­rait : “Brian, j’adore ce que tu as fait de ma chan­son”, a-t-il in­di­qué. Il di­rait ce­la parce qu’il est un gé­nie. Et ça prend un gé­nie pour re­con­naître un autre gé­nie. »

Wil­son se qua­li­fie donc de gé­nie. Et puis, pour­quoi pas, si la plu­part des gens sont d’ac­cord, non? C’est une ap­pré­cia­tion de soi qui, si elle n’est pas mo­deste, a le mé­rite d’être juste.

L’icône de 68 ans est l’un des au­teurs-com­po­si­teurs-in­ter­prètes les plus ta­len­tueux, les plus mar­quants et les plus vé­né­rés de l’histoire de la mu­sique pop.

Son pal­ma­rès étin­ce­lant com­prend des clas­siques comme Good Vi­bra­tions, Pet Sounds, God On­ly Knows, Smile et une foule de chan­sons es­ti­vales sur les filles, les voi­tures et, bien sûr, le surf.

PLUIE D’HON­NEURS

Il a été in­tro­ni­sé aux temples de la re­nom­mée du rock et des au­teurs com­po­si­teurs, a re­çu des prix Gram­my et Ken­ne­dy Cen­ter Ho­nours. Le mois der­nier, l’Uni­ver­si­té de la Ca­li­for­nie à Los An­geles (UCLA) lui a dé­cer­né le prix George and Ira Ger­sh­win (voi­là qui est fort à pro­pos). Pas trop mal pour un gars qui est sourd d’une oreille de­puis sa tendre en­fance. Ce ne fut pour­tant là qu’une épreuve par­mi tant d’autres, qui ont par­se­mé la vie de Brian Wil­son.

Après une pre­mière dé­pres­sion au mi­lieu des an­nées 1960 lors de l’en­re­gis­tre­ment de

Smile, le mu­si­cien est de­meu­ré long­temps dans un état men­tal pré­caire, mi­né par l’usage de drogues et re­plié sur lui-même dans son ma­noir, entre les mains de gé­rants thé­ra­peutes ma­ni­pu­la­teurs.

Ce n’est que de­puis en­vi­ron une dou­zaine d’an­nées que Wil­son a trou­vé une sta­bi­li­té qui lui a per­mis de re­prendre sa car­rière d’une fa­çon va­lo­ri­sante et du­rable. On ne se­ra donc pas sur­pris d’avoir un drôle d’oi­seau en en­tre­vue.

COUR­TOIS, MAIS DÉ­TA­CHÉ

Au té­lé­phone, il se montre cour­tois, mais dé­ta­ché. Ses ré­ponses sont dé­cli­nées ra­pi­de­ment et en peu de mots, puis il cesse sou­dai­ne­ment de par­ler. Il évite toute di­gres­sion ou éla­bo­ra­tion. Les ques­tions abs­traites le désar­çonnent. La plu­part du temps, il parle dans un style lit­té­raire, presque ro­bo­tique et par­fois, seule­ment, il se laisse al­ler à un mo­ment d’en­thou­siasme.

Ce­la n’aide pas à faire une en­tre­vue fa­cile et en pro­fon­deur. Pas plus que sa consigne po­lie mais ferme de li­mi­ter mes ques­tions à son al­bum Ger­sh­win et à la tour­née connexe.

Mal­gré tout ce­la, et peut-être à cause de ce­la, le temps pas­sé avec Brian Wil­son me lais­se­ra un sou­ve­nir in­dé­lé­bile. √ Brian Wil­son se­ra en spec­tacle le 20 juin, à 20 h, au Ot­ta­wa Theatre.

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