LE BON TI­MING

Le réa­li­sa­teur Alain Des­Ro­chers a hé­si­té long­temps, avant d’ac­cep­ter de por­ter à l’écran la vie de Ger­ry Bou­let, un « dé­fi im­mense » qui com­por­tait, de son propre aveu, son lot de pièges.

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - Maxime De­mers

Le pro­duc­teur Ch­ris­tian La­rouche, qui traîne de­puis dix ans ce pro­jet d’adap­ta­tion de la bio­gra­phie de Ma­rio Roy

Avant de m’en al­ler (il a d’abord été ques­tion d’une té­lé­sé­rie réa­li­sée par An­dré Me­lan­çon), a même dû re­ve­nir à la charge à trois re­prises avant de réus­sir à convaincre Des­Ro­chers.

« La troi­sième fois, Ch­ris­tian s’est fâ­ché, ra­conte, en riant, le réa­li­sa­teur de

Ni­tro, La Bou­teille et Ca­bo­tins. J’ai ré­flé­chi. Je ve­nais de faire Ni­tro ; j’ai cal­cu­lé que, par le temps qu’on se­rait fi­nan­cé, ça fe­rait 20 ans que Ger­ry est mort. Je me suis dit que le ti­ming se­rait peut-être bon, fi­na­le­ment.

Je consi­dère, au­jourd’hui, en ef­fet, que c’est un très bon ti­ming. En le pré­sen­tant à St-Jean-sur-Ri­che­lieu et dans les autres villes où on est al­lés, de­puis, j’ai eu la preuve que les gens sont prêts et veulent voir le film. Ça m’a ras­su­ré. »

RISQUES

Il a donc ac­cep­té, en sa­chant, tou­te­fois, fort bien qu’il pou­vait s’agir d’un ca­deau em­poi­son­né. Les films bio­gra­phiques (ou bio­pics), très po­pu­laires, de­puis quelques an­nées, à Hol­ly­wood et ailleurs, peuvent sou­vent s’avé­rer cas­se­gueule, pour plu­sieurs rai­sons.

« Je sa­vais, bien sûr, que c’est le genre de film qui pou­vait faire des mé­con­tents dans le mi­lieu ar­tis­tique, ad­met le ci­néaste, parce que c’est clair qu’on n’al­lait pas par­ler de tout le monde, parce qu’il y au­rait for­cé­ment des ou­bliés, car ce n’est ni un film sur Of­fen­bach, ni sur les au­teurs-com­po­si­teurs qui ont tra­vaillé avec lui. C’est un film sur Ger­ry.

Il reste que c’est très lourd, cette pres­sion, de vou­loir sa­tis­faire tout le monde. Même si je sais qu’il y a et qu’il y au­ra des mé­con­tents, ma grande fier­té, avec ce film, est d’avoir eu l’ap­pro­ba­tion de plu­sieurs proches de Ger­ry, comme sa veuve Fran­çoise Fa­ral­do, qui a été d’une grande gé­né­ro­si­té, tout comme son frère, De­nis Bou­let. Sa pre­mière femme, De­nise, et leur fils Jus­tin ont aus­si beau­coup ai­mé le film, et ça m’a fait énor­mé­ment plai­sir. » Scé­na­ri­sé par Na­tha­lie Pe­trows­ki ( Ma

man Last Call) et tour­né l’an pas­sé, avec un bud­get de 6 M$, Ger­ry prend la forme d’un bio­pic clas­sique et ra­conte la vie du cé­lèbre ro­cker et leader d’Of­fen­bach, de son en­fance, à Saint-Jean-sur-Ri­che­lieu, à sa mort pré­ma­tu­rée, en 1990, à l’âge de 44 ans.

« Il y a peut-être des gens aus­si qui vont me re­pro­cher que c’est trop gen­til ou conven­tion­nel, ob­serve Des­Ro­chers. Tou­te­fois, ce­la m’im­porte peu. On a fait un film mu­si­cal, et c’est ce que je vou­lais. On a tra­vaillé très fort sur la trame mu­si­cale, avec le com­po­si­teur FM Le Sieur. On en a ra­jou­té beau­coup, par rap­port au pre­mier scé­na­rio. On a tra­vaillé su­per fort sur le mixage, avec des tech­ni­ciens fran­çais qui ont tra­vaillé sur le film La vie en rose (sur la vie d’Édith Piaf).

« Je vou­lais aus­si que ce soit Ger­ry qui chante dans le film et non Ma­rio SaintA­mand. Mais on a fait quand même chan­ter Ma­rio à cer­tains mo­ments, parce qu’il a une voix juste hal­lu­ci­nante. »

UN MO­DÈLE

Avant de réa­li­ser le film, Alain Des­Ro­chers sa­vait à quel point Ger­ry Bou­let avait mar­qué les gens par sa mu­sique et sa per­son­na­li­té. Tou­te­fois, c’est en tour­nant le film qu’il s’est aper­çu qu’il s’at­ta­quait à un per­son­nage im­mense :

« Quand on a tour­né les scènes de spec­tacles, à l’Aré­na Mau­rice-Ri­chard, plus de 3 000 fi­gu­rants dé­gui­sés en cos­tumes d’époque se sont poin­tés pour vivre l’ex­pé­rience. C’était in­croyable. Quand on a vu Ma­rio Saint-Amand mon­ter sur scène, ha­billé en Ger­ry, tout le monde est par­ti à brailler : sa veuve Fran­çoise, leur fille Ju­lie, Breen Le­boeuf. C’était in­ou­bliable. »

Ori­gi­naire du même coin que Ger­ry Bou­let (St-Jean-d’Iber­ville), Alain Des­Ro­chers s’est aus­si re­con­nu dans le par­cours de bat­tant du cé­lèbre ro­cker qué­bé­cois. « Pour moi, Ger­ry, c’est la chan­son La

voix que j’ai. C’est le pe­tit cul de SaintJean qui a lut­té toute sa vie pour de­ve­nir grand. Il était pauvre, Ger­ry, mais il avait une té­na­ci­té ad­mi­rable.

Je suis, comme lui, un pe­tit cul de Saint-Jean, qui vient aus­si d’une fa­mille ou­vrière. Je suis al­lé à la même école que lui et j’ai fon­cé comme un ma­lade pour ar­ri­ver là ou je suis ren­du. Pour moi, Ger­ry, c’est ça qu’il re­pré­sente. »

Le réa­li­sa­teur Alain Des­Ro­chers en­tou­ré de l’équipe de son film Ger­ry.

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