Com­pas­sion et contrôle

Le Journal de Quebec - Weekend - - LIVRES -

(MFB) Ch­rys­tine Brouillet trouve l’écri­ture des Maud Gra­ham « in­té­res­sante »... mais ne va pas jus­qu’à par­ler de plai­sir. « Le plai­sir, pour moi, ça sup­pose l’aban­don. J’ai du plai­sir à faire la cui­sine, à re­ce­voir des amis, à lire. Mais je n’ai pas de plai­sir à écrire. Quand j’écris, je tra­vaille. »

Au cha­pitre des émo­tions, elle se re­trouve sur deux plans, éprou­vant à la fois de la com­pas­sion pour ses per­son­nages, et du contrôle, parce qu’elle doit pen­ser à tout et ne rien lais­ser échap­per. « C’est une mé­ca­nique qui doit être tel­le­ment bien hui­lée que je ne peux pas me lais­ser em­por­ter par l’émo­tion. Il faut que je sois de­dans, mais jus­qu’à un cer­tain point. »

Pour­tant, il y a bien des mo­ments où l’écri­ture est pour elle une ac­ti­vi­té agréable... et ce sont ceux où ses per­son­nages sont en train de man­ger! « Pour ça, j’avoue que j’ai du plai­sir. Toutes les choses dont je parle ont été tes­tées. Le la­pin au pa­pri­ka fu­mé a été tes­té plu­sieurs fois et les vins ont été goû­tés. Ça me change agréa­ble­ment des meurtres et de la souf­france des per­son­nages! »

Comme elle écrit un ro­man par an­née, ce qui se re­trouve dans l’as­siette et dans les coupes de ses per­son­nages cor­res­pond à ses coups de coeur de l’an­née. « De cette fa­çon, j’évite d’être ré­pé­ti­tive par rap­port aux coups de coeur des an­nées pré­cé­dentes, pour ne pas leur faire re­man­ger de la ce­viche ou de l’os­so bu­co, que j’aime beau­coup d’ailleurs. »

Au­ra-t-on bien­tôt le plai­sir de sa­vou­rer un re­cueil de ses re­cettes pré­fé­rées? « Je vais sû­re­ment faire quelque chose. Je prends des notes. Il va y avoir un truc, mais ne sais pas quoi, je ne sais pas quand. »

MAUD... MOINS À PIC!

Maud Gra­ham, à son avis, est une femme or­di­naire qui fait un mé­tier ex­tra­or­di­naire. « Être po­li­cière, en­quê­ter, c’est pas tout le monde qui fait ça.

« Ça prend un ca­rac­tère par­ti­cu­lier pour pas­ser au tra­vers de tout ce que ça sup­pose de com­pli­ca­tions et de vie dif­fé­rente. Les en­quê­teurs que je connais sont tous des bons vi­vants.

« Ils sont dans la mort, mais quand ils en sortent, ils croquent dans la vie à belles dents. Je pense qu’ils savent mieux que qui­conque le prix de l’exis­tence. « Donc, leur vie, ils en jouissent. » Maud Gra­ham a quand même évo­lué avec les an­nées.

« Elle est moins à pic... un peu. Je pense qu’elle ne se­ra ja­mais très pa­tiente — c’est un dé­faut que nous par­ta­geons toutes les deux — mais qu’elle est plus heu­reuse dans sa vie pri­vée. Elle est bien en­tou­rée, moins so­li­taire qu’avant. »

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.