D’ABORD ET AVANT TOUT UN AC­TI­VISTE

Le mu­si­cien vient de sor­tir un nou­vel al­bum, mais l’ac­ti­viste et libre pen­seur n’est ja­mais loin. Il y a deux se­maines, Mo­by a fait les man­chettes quand il a dé­cla­ré avoir eu l’idée du iP­hone avant Steve Jobs. Main­te­nant, dans un en­tre­tien avec Le Jour­nal

Le Journal de Quebec - Weekend - - MUSIQUE - CÉ­DRIC BÉ­LAN­GER

Au bout du fil, le dé­bit de l’ar­tiste new-yor­kais est lent et on sent que chaque mot est choi­si avec soin. Il ne re­cule de­vant au­cune ques­tion. La langue de bois, ce n’est pas pour lui.

Ain­si, même si Eve­ry­thing Was Beau­ti­ful and No­thing Hurt a été bien re­çu par la cri­tique de­puis sa sor­tie, le 2 mars der­nier, Mo­by ne croit pas que son al­bum se­ra un suc­cès com­mer­cial.

« J’ai 52 ans et nous sommes en 2018. Je ne m’at­tends pas à grand­chose en ce qui a trait aux ventes. Faire de la mu­sique n’est plus un exer­cice com­mer­cial. Mon plai­sir, je l’ai en fai­sant l’al­bum. C’est de­ve­nu un pro­ces­sus très in­time. »

Alors, qu’est-ce qui le ren­drait heu­reux ? « Pre­miè­re­ment, c’est flat­teur si quel­qu’un prend le temps d’écou­ter un al­bum en 2018. Peu de gens en achètent, et en­core moins les écoutent. Aus­si, si quel­qu’un me dit que la mu­sique lui pro­cure des émo­tions, pour moi, ce se­rait un suc­cès sa­tis­fai­sant », in­dique Mo­by.

AU­CUNE AT­TENTE

Quand il est ques­tion du son de ce nou­vel al­bum, dé­crit dans un com­mu­ni­qué de presse comme un re­tour à la re­cette à suc­cès des al­bums Play et 18, le vé­té­ran de la scène élec­tro­nique re­fuse de nou­veau de jouer la cas­sette. « Ce n’est pas vrai­ment ce­la, c’est plu­tôt un re­flet de la mu­sique que j’écou­tais quand je l’ai en­re­gis­tré. Comme je le di­sais, je ne pré­vois pas un suc­cès com­mer­cial et, sou­dai­ne­ment, me re­trou­ver à la ra­dio. Je n’ai au­cune rai­son de faire un choix ar­tis­tique pour ai­der ma car­rière. De toute fa­çon, je suis d’abord et avant tout un ac­ti­viste qui s’adonne à faire de la mu­sique dans ses temps libres. »

FU­TUR CI­TOYEN CA­NA­DIEN ?

Par­lons-en d’ac­ti­visme, puisque du­rant un en­tre­tien avec Mo­by, la po­li­tique n’est ja­mais bien loin. Il y a plu­sieurs an­nées, il avait ré­vé­lé avoir son­gé à dé­mé­na­ger au Ca­na­da quand George W. Bush était pré­sident des États-Unis. En no­vembre 2016, ra­conte-t-il, il fai­sait par­tie des cen­taines de mil­liers d’Amé­ri­cains qui ont fait plan­ter le site web d’Im­mi­gra­tion Ca­na­da après l’élec­tion de Do­nald Trump. Alors, pour­quoi n’a-t-il ja­mais pris la route du nord ? Parce qu’il a tou­jours l’es­poir que les choses vont chan­ger.

« Je sais que c’est une ana­lo­gie étrange, dit-il en dé­taillant son point de vue, mais le rock al­ter­na­tif était à l’avant-garde avec REM et Nir­va­na. Puis, quelque chose s’est pro­duit, à la fin des an­nées 1990, et Limp Biz­kit, Dis­tur­bed, Puddle of Mudd sont ar­ri­vés avec des al­bums co­lé­riques, sombres, hai­neux et mi­so­gynes. D’une cer­taine fa­çon, plus ils étaient mi­so­gynes, plus les gens s’éloi­gnaient du rock al­ter­na­tif et main­te­nant, ce genre mu­si­cal est pra­ti­que­ment mort. »

Ce qui nous mène à Do­nald Trump, que Mo­by voit en fos­soyeur de son propre par­ti. Comme Limp Biz­kit l’a été pour le rock al­ter­na­tif.

« Étant don­né que c’est le par­ti des armes, du ra­cisme, de la né­ga­tion des chan­ge­ments cli­ma­tiques et des baisses d’im­pôts pour les riches, il y a une chance non seule­ment que les dé­mo­crates gagnent, mais que le Par­ti ré­pu­bli­cain s’éteigne. C’est la rai­son pour la­quelle je ne suis pas à la fron­tière ca­na­dienne. Je suis op­ti­miste que nous as­sis­te­rons, au cours des pro­chaines an­nées, à la fin du Par­ti ré­pu­bli­cain. »

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