UNE IN­VI­TA­TION À ÉCRIRE SES SOU­VE­NIRS

Le Journal de Quebec - Weekend - - LIVRES - MA­RIE-FRANCE BORNAIS

Louise Por­tal, la grande dame du pe­tit et du grand écran, chan­teuse et écri­vaine de ta­lent, in­vite ses lec­teurs à cou­cher, comme elle, leurs sou­ve­nirs sur pa­pier de fa­çon à en gar­der la trace, pour soi ou pour ses proches, dans un nou­veau - et su­perbe - livre : Le jour­nal de ma vie.

De­puis 1963, Louise Por­tal écrit quo­ti­dien­ne­ment dans ses jour­naux in­times. Elle les a com­men­cés lors­qu’elle était pen­sion­naire et loin de sa fa­mille. Se­maine après se­maine, les pe­tits ca­hiers sont de­ve­nus ses confi­dents.

Cette ren­contre quo­ti­dienne est de­ve­nue une ha­bi­tude qui lui per­met de por­ter un re­gard sur ses jour­nées, de sou­la­ger sa peine, de té­moi­gner avec gra­ti­tude des ca­deaux que la vie lui offre. Elle des­sine, fait des col­lages, té­moigne de la vie cultu­relle et de la vie po­li­tique.

Elle in­vite main­te­nant ses lec­teurs à se lan­cer et les guide avec bien­veillance et gé­né­ro­si­té dans cette dé­marche avec Le

jour­nal de ma vie. Le livre laisse une grande place à l’écri­ture per­son­nelle de cha­cun, mais contient une foule d’anec­dotes, de sou­ve­nirs et de pho­tos per­son­nelles ti­rés de ses fa­meux pe­tits ca­hiers.

Ins­pi­rante, Louise a tou­jours été sin­cère dans ses pro­pos et par­tage de grands pans de sa vie avec émo­tion et une grande gé­né­ro­si­té. « J’écris de­puis l’âge de 13 ans. J’ai main­te­nant 109 ca­hiers et je sais de quoi je parle. Et je sais tout ce que ça a ap­por­té dans ma vie d’écrire comme ça quo­ti­dien­ne­ment, ou presque. »

S’ABAN­DON­NER

Louise se fait constam­ment po­ser des ques­tions à ce su­jet dans les sa­lons du livre et les confé­rences.

« Les gens me disent qu’ils n’osent pas, qu’ils ont peur, qu’ils ont de la pu­deur. Ils me confient beau­coup leurs émo­tions par rap­port à ça et je me suis dit : on va pré­pa­rer quelque chose qui va être fa­cile, avec des pistes. C’est vrai­ment un livre pour ins­pi­rer les gens à re­prendre la plume et juste s’ac­cor­der ce mo­ment qui fait du bien. »

Le beau ca­hier vert menthe de­vien­dra donc le jour­nal de la per­sonne qui va s’y in­ves­tir. « Ça de­vient un ob­jet pré­cieux, per­son­na­li­sé », sou­ligne-t-elle.

L’écri­vaine ne s’est ja­mais cen­su­rée dans ses car­nets per­son­nels ni dans ses jour­naux in­times.

« Pour écrire, il ne faut pas se cen­su­rer ni se re­gar­der écrire. Il faut s’aban­don­ner à l’écri­ture. C’est la même chose quand on s’aban­donne dans un rôle : il ne faut pas es­sayer d’être dra­ma­tique, ou en co­lère, ou pleu­rer : il faut s’aban­don­ner à une émo­tion. Écrire, c’est s’aban­don­ner à l’émo­tion du mo­ment. Il ne faut pas es­sayer de per­for­mer. »

« Dans tous mes ca­hiers, c’est ar­ri­vé une seule fois où j’ai dé­chi­ré mes pages. J’avais écrit en pleine nuit. J’étais dans une crise épou­van­table. Et au ma­tin, quand je me suis re­lue, c’était trop violent et je ne vou­lais pas lais­ser ça dans mon ca­hier. Mais sur 109 ca­hiers, j’ai dé­chi­ré deux pages... c’est pas si pire! »

AUX AR­CHIVES NA­TIO­NALES

Louise Por­tal a ré­cem­ment dé­po­sé une tren­taine de ses pe­tits ca­hiers aux Ar­chives na­tio­nales. « Je leur ai aus­si fait ca­deau de mon pre­mier ca­hier, qui date de 1963. Je ne veux plus l’ap­por­ter en confé­rence parce qu’il est ren­du trop fra­gile. »

Pour le mo­ment, il y a une li­mi­ta­tion : les gens pour­ront consul­ter ses ca­hiers... après sa mort. « J’ai fait un mé­tier pu­blic. J’ai tra­vaillé avec beau­coup de gens. Je veux gar­der une cer­taine pu­deur. Il n’y a pas de ca­tas­trophes, mais je parle des amours que j’ai eus, des amants. Quand j’au­rai dit adieu à la Terre, et que je se­rai ren­due au-des­sus de tout le monde, en haut, on pour­ra lire tout ça! »

LE JOUR­NAL DE MA VIE Louise Por­tal Édi­tions Druide 288 pages

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