TH­RILLER GÉ­NIAL AU COEUR DE HAR­LEM

Le jeune édi­teur amé­ri­cain A.J. Finn fait une en­trée fra­cas­sante dans l’uni­vers des thril­lers avec La Femme à la fe­nêtre, son tout pre­mier ro­man. Ven­du à plus de 38 pays en un temps re­cord, le livre ap­pa­raît dé­jà comme un phé­no­mène édi­to­rial pla­né­taire et

Le Journal de Quebec - Weekend - - LIVRES - MA­RIE-FRANCE BORNAIS

Et pour cause : men­tion A+ pour ce ro­man stu­pé­fiant, d’une au­then­ti­ci­té re­mar­quable, brillam­ment construit et écrit, à lire ab­so­lu­ment. A. J. Finn – le nom de plume de Da­niel Mal­lo­ry – a ima­gi­né l’his­toire d’An­na, une femme sé­pa­rée de son ma­ri et de leur fille, qui vit re­cluse dans sa mai­son de Har­lem. Elle vide des coupes de mer­lot et de pi­not noir, consomme des bê­ta­blo­quants et re­garde sans se las­ser de vieux films en noir et blanc.

Quand elle ne joue pas aux échecs sur in­ter­net, An­na a un sale pe­tit pas­se­temps : elle es­pionne ses voi­sins. Elle ajuste sou­vent le viseur de sa ca­mé­ra sur la fa­mille Rus­sell, qui vient d’em­mé­na­ger en face. Un soir, elle est té­moin d’un crime. Mais faut-il la croire ?

A.J. Finn s’est dé­me­né comme un diable pour écrire ce ro­man dans le­quel il par­tage des pans de sa propre his­toire, puis­qu’il est aux prises, comme An­na, avec des pro­blèmes de san­té men­tale. Le suc­cès qu’il connaît l’a vrai­ment sur­pris. « Ce fut toute une aven­ture, ad­met-il en en­tre­vue. C’est ex­tra­or­di­naire, j’ai le sen­ti­ment d’avoir ga­gné à la lo­te­rie ! » FE­NÊTRE SUR COUR

L’édi­teur de­ve­nu écri­vain se sou­vient très bien des dé­buts du livre. « J’étais as­sis sur mon so­fa, dans mon ap­par­te­ment de Man­hat­tan, et je re­gar­dais

Fe­nêtre sur cour d’Al­fred Hit­ch­cock. C’est un de mes vieux films pré­fé­rés et je peux le re­gar­der plu­sieurs fois sans me las­ser. Dans mon champ de vi­sion, j’ai vu une lu­mière s’al­lu­mer : c’était ma voi­sine d’en face, dans sa mai­son de ville. Et pour être fi­dèle à une des ha­bi­tudes des gens de New York Ci­ty, je l’ai es­pion­née. Elle ne fai­sait rien de spé­cial : elle s’ins­tal­lait dans son fau­teuil avec sa té­lé­com­mande pour re­gar­der la té­lé. »

« Mais dans ma propre té­lé, j’ai en­ten­du un des per­son­nages du film ac­cu­ser Jim­my Ste­wart d’es­pion­ner ses voi­sins. J’ai été sur­pris de voir com­ment, 61 ans après le tour­nage de ce film, j’es­pion­nais mes voi­sins exac­te­ment comme Jim­my Ste­wart le fai­sait. Et puis cette idée a ger­mé dans mon es­prit... »

A.J. Finn rê­vait d’écrire un livre. Ce n’était pas une am­bi­tion se­crète, as­sure-t-il, puis­qu’il s’était abreu­vé, au fil des ans, des ro­mans d’Aga­tha Ch­ris­tie, des aven­tures de Sher­lock Holmes, des in­trigues de Pa­tri­cia Highs­mith et Ruth Ren­dall, des pion­nières du sus­pense psy­cho­lo­gique. Comme édi­teur, il était spé­cia­li­sé dans les sus­penses et les « J’al­lais écrire un ro­man policier. Ça al­lait de soi. » Mais il n’avait pas d’his­toire. thril­lers. TROUBLE BIPOLAIRE

A.J. Finn a fi­na­le­ment en­ta­mé le pro­jet à l’été 2015. Il n’a pas hé­si­té à écrire sur ses propres tour­ments – la dé­pres­sion et l’ago­ra­pho­bie.

« Quand j’avais 21 ans – j’en ai main­te­nant 38 –, j’ai re­çu un diag­nos­tic de dé­pres­sion ma­jeure. Il a fal­lu que j’at­tende 14 ans avant que ce diag­nos­tic soit cor­ri­gé par un psy­chiatre russe qui a plu­tôt po­sé un diag­nos­tic de trouble bipolaire de type II et m’a pres­crit un nou­veau mé­di­ca­ment. »

« C’est pen­dant la tran­si­tion entre les deux que j’ai vu ma voi­sine al­lu­mer sa lu­mière. Je me sen­tais dé­jà beau­coup mieux et je vou­lais ex­plo­rer ce que j’avais ex­pé­ri­men­té, sans écrire un livre sur la dé­pres­sion, ce qui se­rait... dé­pri­mant. »

« Une des choses que j’aime le plus avec le ro­man policier, c’est que par­fois – pas tou­jours –, on peut ap­pré­cier les nom­breux re­tour­ne­ments, les in­dices. Mais en grat­tant la sur­face, on peut dé­cou­vrir autre chose de plus im­por­tant.

Gone Girl est un bon exemple. (...) Dans ma ving­taine, j’au­rais ai­mé en­tendre quel­qu’un dire : oui, j’ai ce pro­blème, mais je suis un être hu­main fonc­tion­nel. »

E I S I O T R U O C O T O H P

LA FEMME À LA FE­NÊTRE A.J. Finn Les Presses de la Ci­té 520 pages

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