CES DIF­FÉ­RENCES QUI SÉ­PARENT ET UNISSENT

Marc Le­vy, l’écri­vain fran­çais à suc­cès éta­bli à New York de­puis plu­sieurs an­nées, pro­pose une su­perbe co­mé­die ro­man­tique pleine d’hu­ma­ni­té dans son 19e ro­man, Une fille comme elle. Avec une hé­roïne en fau­teuil rou­lant, un vieux lif­tier in­dien et son neve

Le Journal de Quebec - Weekend - - LIVRES - MA­RIE-FRANCE BORNAIS Le Jour­nal de Qué­bec En li­brai­rie le 22 mai.

Cette his­toire pleine de charme se dé­roule dans un im­meuble cos­su de Green­wich Vil­lage, dans le fa­meux Wa­shing­ton Square Park et dans le quar­tier Spa­nish Har­lem, cé­lèbre pour sa joie de vivre et ses graf­fi­tis co­lo­rés. Les ha­bi­tants du 12, 5e Ave­nue ont tous leurs rêves, leurs pe­tits se­crets et leurs am­bi­tions. Et ils peuvent tous se fier sur la com­pé­tence et l’ef­fi­ca­ci­té de Dee­pak, le vieux lif­tier in­dien de cet im­meuble de pres­tige qui opère avec pré­ci­sion un as­cen­seur an­tique.

Dee­pak est sur le point d’ac­com­plir le rêve de sa vie : par­cou­rir dans son as­cen­seur 20 000 km à la ver­ti­cale. Mais l’arrivée de son énig­ma­tique ne­veu de Bom­bay, San­ji, va quelque peu bous­cu­ler ses plans. Et aus­si ceux de la belle Ch­loé, une co­mé­dienne char­mante qui se dé­place en fau­teuil rou­lant.

« Ce dont j’ai eu en­vie, c’est d’écrire un ro­man qui amène le lec­teur à ren­con­trer non seule­ment la dif­fé­rence des autres, mais sa propre dif­fé­rence », pré­cise l’écri­vain, en en­tre­vue. « Si les autres n’étaient pas dif­fé­rents de nous, notre propre dif­fé­rence n’exis­te­rait pas. Le fil rouge de l’his­toire est cette phrase de San­ji qui dit : j’ima­gine un monde où les gens s’écou­te­raient au lieu de s’in­vec­ti­ver. »

DER­RIÈRE LA FA­ÇADE

Marc Le­vy sou­hai­tait in­vi­ter les lec­teurs à al­ler au-de­là des ap­pa­rences, et à dé­cou­vrir les vies ex­tra­or­di­naires de gens très or­di­naires. Une pro­me­nade dans les rues de New York l’a ins­pi­ré. « Un jour, je mar­chais dans les rues, je re­gar­dais les im­meubles, les fe­nêtres, et je voyais des gens qui s’en­gouf­fraient dans un im­meuble et j’ima­gi­nais ce théâtre de la vie. Qu’est-ce qui se passe der­rière cette fa­çade ? »

« J’ai pris la li­ber­té de la plume de l’écri­vain, et j’ai pris le lec­teur par la main. On a tra­ver­sé la fa­çade et on est en­trés dans la vie de cet im­meuble. »

Le 12, 5e Ave­nue existe vrai­ment, mais l’im­meuble dont il s’est ins­pi­ré, il l’a gar­dé confidentiel pour évi­ter que les tou­ristes se mettent à dé­fi­ler dans le hall pour al­ler voir le vieil as­cen­seur.

Il a éga­le­ment ren­con­tré un lif­tier, pour qu’il lui parle de sa vie, de son mé­tier. « Ces gens font des mé­tiers d’une très grande hu­mi­li­té, mais ce sont des pas­seurs. La connaissance de ces gens sur ceux qui montent dans leur as­cen­seur est tel­le­ment su­pé­rieure à celle de ceux qui, jus­te­ment, montent dans leur as­cen­seur. »

Tout le ro­man tourne au­tour de ça, ajoute-t-il. « Dee­pak le dit : être lif­tier est bien plus qu’un mé­tier, c’est un sa­cer­doce. Comme être concierge à Pa­ris ou chauf­feur de bus. Il y a une quan­ti­té de mé­tiers où on est au ser­vice des autres, et qui sont des mé­tiers que la so­cié­té ne va­lo­rise pas de fa­çon extraordinaire, alors qu’ils sont cru­ciaux dans le lien so­cial. »

AU-DE­LÀ DES CLI­CHÉS

Marc Le­vy vou­lait sur­prendre par les faux-sem­blants. « Le fait que San­ji et Dee­pak soient In­diens, ce n’était pas pour faire un cli­ché sur l’Inde. San­ji se dé­fend de tous ces cli­chés : au tra­vers de ses dif­fé­rences, ses res­sen­tis sont comme les nôtres. Ce qui est in­té­res­sant, c’est de faire ou­blier qu’il est In­dien, comme ce qui m’in­té­res­sait, c’était de réus­sir à faire ou­blier que Ch­loé est en chaise rou­lante. »

UNE FILLE COMME ELLE Marc Le­vy, Illus­tra­tions de Pauline Lé­vèque. Édi­tions Ro­bert Laf­font/Ver­si­lio, 376 pages.

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