LA PAS­SION RENOUVELÉE D’ARIANE MOF­FATT

Le Journal de Quebec - Weekend - - WEEKEND - BRU­NO LAPOINTE Le Jour­nal de Mon­tréal bru­no.lapointe@que­be­cor­me­dia.com

L’ins­pi­ra­tion peut ar­ri­ver à tout mo­ment… même dans les moins bons. Par­lez-en à Ariane Mof­fatt. C’est dans la tour­mente qu’est né Pe­tites mains pré­cieuses, son sixième al­bum. L’écri­ture au­ra alors été une « bouée » pour la chan­teuse du­rant l’hos­pi­ta­li­sa­tion de son fils Georges, né pré­ma­tu­ré­ment à l’été 2017. « Je sa­vais que la créa­tion pou­vait être une aide, une sou­pape pour ex­pri­mer comment je me sens », confie-t-elle.

« Mon bé­bé n’était pas si pré­ma­tu­ré que ça; il n’a pas été entre la vie et la mort. Mais ça m’a sha­kée en ta­ba­rouette », souffle Ariane Mof­fatt.

Bé­bé va mieux. Ma­man aus­si. Ren­con­trée dans son stu­dio d’en­re­gis­tre­ment, en plein coeur du Mile-End, la chan­teuse dit s’être ra­pi­de­ment, et com­plè­te­ment, re­mise. Quand à bé­bé Georges, il ne garde au­cune sé­quelle : le bam­bin est au­jourd’hui en pleine san­té. La frousse n’est donc of­fi­ciel­le­ment qu’un sou­ve­nir loin­tain. Mais à l’époque, elle a été bien réelle.

Alors qu’elle était en­ceinte de 34 se­maines, les mé­de­cins ont dé­tec­té chez Ariane Mof­fatt une pré-éclamp­sie grave, soit une hausse de pres­sion sou­daine et in­quié­tante sur­ve­nant en fin de gros­sesse. La seule so­lu­tion : pro­vo­quer l’ac­cou­che­ment.

La conva­les­cence au­ra été de courte du­rée pour la chan­teuse, mais son fils a alors dû être hos­pi­ta­li­sé quelques se­maines en rai­son de « pe­tites com­pli­ca­tions pul­mo­naires ». Et à cha­cune de ses vi­sites à l’hô­pi­tal, la chan­teuse grif­fon­nait dans un ca­le­pin les idées qui lui ve­naient à l’es­prit.

UN RE­TOUR AUX SOURCES

Le plan de dé­part n’était pas for­cé­ment de don­ner le pre­mier coup de ma­ni­velle à son sixième al­bum. En fait, elle pré­voyait pro­fi­ter de son congé de ma­ter­ni­té pour re­prendre le mi­cro. Mais Ariane Mof­fatt s’est lais­sé em­por­ter par l’ins­pi­ra­tion qui, en fin de compte, lui au­ra été sal­va­trice dans ce mo­ment de vul­né­ra­bi­li­té, en plus de tein­ter ces nou­velles chan­sons d’une sin­cé­ri­té à fleur de peau.

« Ça a don­né une cer­taine ivresse, une es­pèce de sens à cette ar­ri­vée-là. Quelque part, ça a été une forme de gué­ri­son et de re­nais­sance par rap­port à ce que j’ai vé­cu, qui a été as­sez trau­ma­ti­sant pour moi », confie Ariane Mof­fatt.

« J’ai en quelque sorte l’im­pres­sion de faire un re­tour à Aqua­naute, mon pre­mier al­bum. Peut-être pas dans le son, mais dans la vul­né­ra­bi­li­té, dans l’état de me sen­tir sans dé­fense. La nais­sance de Georges m’a ra­me­née dans cet état-là et m’a per­mis d’écrire sans filtre », ajoute-t-elle.

POP, FOLK ET DIS­CO

Mais même si Pe­tites mains pré­cieuses a été créé du­rant cette pé­riode plus dif­fi­cile, il n’en est pas pour au­tant glauque ni si­nistre. Ça, Ariane Mof­fatt le sou­ligne ra­pi­de­ment en en­tre­vue. En plus des rythmes élec­tros qu’on lui connaît, elle est al­lée pui­ser dans les an­nées 1970 et 1990 pour y em­prun­ter des so­no­ri­tés pop, funk, soul et même quelques airs dis­co.

« J’ai écrit Du souffle pour deux, la chan­son qui ouvre l’al­bum, en pen­sant beau­coup au soul Al Green et Bill Wi­thers. J’avais en­vie d’al­ler cher­cher quelque chose de cha­leu­reux, d’or­ga­nique, de sen­suel », ex­pli­quet-elle.

« Dans d’autres chan­sons, il y a des beats qui sont ins­pi­rés de ceux de Mi­chael Jack­son. J’aime la pop et je l’ai dé­cou­verte dans les an­nées 1990. C’était une ère de pop franche avec Mi­chael Jack­son, Ma­don­na, Pau­la Ab­dul... », ajoute-t-elle.

LES DOUTES S’ÉVANOUISSENT

En plus d’agir comme sou­pape pour tra­ver­ser une pé­riode dif­fi­cile, Pe­tites

mains pré­cieuses au­ra per­mis à Ariane Mof­fatt de se ré­ité­rer à elle-même sa pas­sion conti­nue pour le mé­tier. Car des doutes, la chan­teuse en a eu. Ré­gu­liè­re­ment, même.

« Je n’ai ja­mais dou­té du fait que j’aime la mu­sique. Mais ce que ça coûte de re­dé­mar­rer un pro­ces­sus de créa­tion avec tous les doutes, les in­cer­ti­tudes et l’aban­don… C’est beau­coup d’éner­gie dé­ployée. Chaque fois, je me pose des ques­tions à sa­voir si j’ai en­vie de re­pas­ser par là et re­vivre toute cette vul­né­ra­bi­li­té », confie-t-elle.

« Mais l’ivresse des pre­mières trou­vailles, c’est tel­le­ment gri­sant. Ça m’a don­né toute l’éner­gie né­ces­saire pour re­par­tir la mac­hine », ajoute-t-elle. L’al­bum Pe­tites mains pré­cieuses se­ra sur le mar­ché à comp­ter de ven­dre­di. Ariane Mof­fatt se­ra en spec­tacle au MTELUS de Mon­tréal le 22 fé­vrier et à l’Im­pé­rial de Qué­bec le 22 mars. Pour toutes les dates : aria­ne­mof­fatt.com

PHO­TO JOCELYN MI­CHEL, LECONSULAT.CA

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