LE PE­TIT BON­HEUR DE PAS­CALE PI­CARD

Quatre ans et de­mi et un en­fant plus tard, Pas­cale Pi­card re­vient dans des teintes de gris. Pour son qua­trième al­bum, l’ar­tiste de Qué­bec plonge dans la mé­lan­co­lie comme ja­mais elle n’avait osé le faire au­pa­ra­vant. Et ça la comble de joie.

Le Journal de Quebec - Weekend - - MUSIQUE - CÉ­DRIC BÉLANGER Le Jour­nal de Qué­bec ce­dric.be­lan­ger @que­be­cor­me­dia.com The Beau­ty We’ve Found, de Pas­cale Pi­card, en vente le 12 oc­tobre. En con­cert le 14 fé­vrier 2019 au ca­ba­ret Lion d’Or de Mon­tréal et le 12 avril 2019 à la salle Oc­tave-Cré­ma­zie du Gr

De­hors, le ciel est me­na­çant et le temps au­tom­nal frappe ma­ni­fes­te­ment à nos portes. Mais dans le ca­fé de Li­moi­lou où elle nous a don­né ren­dez-vous, Pas­cale Pi­card semble tout sauf dé­pri­mée. Même si The Beau­ty We’ve Found, qu’elle offre au monde cette fin de se­maine, contient plus que sa part de chan­sons tristes, elle ne cesse de sou­rire en par­lant de son nou­veau bé­bé mu­si­cal. « Je ca­pote », s’em­porte-t-elle, à un mo­ment don­né, après avoir lon­gue­ment dis­sé­qué son nou­veau disque. « C’est vrai­ment la pre­mière fois que je me per­mets d’al­ler dans cette di­rec­tion. Je suis une ma­niaque de chan­sons tristes, mais peut-être que j’avais peur avant », confie cette fan avouée de la mé­lan­co­lie de Bright Eyes et Nine Inch Nails. Pour bien mar­quer le coup, Pas­cale Pi­card, qui a rom­pu avec son groupe pour se lan­cer en so­lo, n’y va pas par quatre che­mins. Dès les pre­mières se­condes de l’al­bum, les ac­cords de pia­no cha­grin de Walt­zing Di­sap­point­ments an­noncent ses nou­velles cou­leurs. « Ce n’est pas pour rien que c’est la pre­mière. Ça a l’air d’une toune de dé­pres­sion post-par­tum », dit en écla­tant de rire la ma­man de la pe­tite Léo­nie. PIA­NO ET GRAT­TON Le pia­no. Ça aus­si c’est nou­veau pour Pas­cale. « J’en avais un pe­tit peu sur le pre­mier disque, mais là, j’ai presque tout com­po­sé au pia­no. C’est pos­si­ble­ment l’ins­tru­ment qui m’a per­mis d’être plus triste. » Pour me­ner tous ces chan­ge­ments à bon port, elle a fait ap­pel aux ser­vices d’An­toine Grat­ton à la réa­li­sa­tion. « J’ai as­sis­té à En di­rect de l’uni­vers le soir de Pa­trice Mi­chaud. An­toine fai­sait une chan­son et ce fut comme une épi­pha­nie. J’étais cer­taine que c’était lui. Et ça n’a ja­mais été aus­si simple de faire un al­bum. C’est un gé­nie. C’est presque frus­trant de tra­vailler avec lui. Il peut écrire une par­ti­tion de qua­tuor à cordes sur le coin de la table en bu­vant son ca­fé. » LE FRAN­ÇAIS FI­NA­LE­MENT

La mé­lan­co­lie, le pia­no, Grat­ton à la console, vous croyez que c’en est fi­ni des nou­veau­tés ? Dé­trom­pez-vous. Pour la pre­mière fois de sa car­rière, Pas­cale Pi­card a écrit, en­re­gis­tré et mis sur al­bum une chan­son en fran­çais. Elle s’in­ti­tule La tempête et se veut la con­sé­quence di­recte de sa par­ti­ci­pa­tion à un ate­lier d’écri­ture à Ta­dous­sac, en 2015, et aux Fran­co­fo­lies.

« Ça m’a dé­blo­quée, avoue celle qui a tou­jours chan­té en an­glais. Avant j’at­ten­dais d’avoir un grand mal de vivre, je ne sa­vais pas comment trou­ver l’ins­pi­ra­tion. »

L’exer­cice n’a pas été simple. Comme l’a consta­té Pas­cale Pi­card, l’an­glais et le fran­çais sont « deux ma­té­riaux dif­fé­rents ». « J’ai l’im­pres­sion d’être à la ma­ter­nelle en fran­çais et au se­con­daire en an­glais. »

La tempête, dit-elle, est née à la suite du dé­cès de sa belle-mère. « Je le sa­vais que j’avais quelque chose dont j’al­lais être fière. » LA LI­BER­TÉ PAR-DES­SUS TOUT Dix ans après le suc­cès ful­gu­rant de l’al­bum

Me, My­self and Us et du simple Gate 22, Pas­cale Pi­card est heu­reuse d’avoir du­ré. Qu’im­porte si ses al­bums sui­vants, A Let­ter To No One et All

Things Pass, n’ont pas connu le même suc­cès que ce­lui qui s’était écou­lé à 300 000 exem­plaires et lui avait per­mis de faire la pre­mière par­tie de Paul McCart­ney, sur les plaines d’Abra­ham.

« Il y a eu des mo­ments plus dif­fi­ciles et des mo­ments heu­reux qui n’étaient pas pro­por­tion­nels au suc­cès que j’avais. Il y a des mo­ments où je ven­dais moins de disques, mais où j’étais beau­coup plus heu­reuse », ana­lyse celle qui ché­rit par-des­sus tout sa li­ber­té ar­tis­tique.

« Je ne fe­rais rien dif­fé­rem­ment. J’ai trou­vé ça dif­fi­cile de re­ve­nir avec mon deuxième al­bum et de me po­gner avec ma mai­son de disques. Ils avaient fait tra­vailler un com­po­si­teur en France qui me re­jouait Gate 22 à la gui­tare sur d’autres ac­cords en me di­sant : si tu fais un texte là-des­sus, ça va être un hit, on va sor­tir l’al­bum. Tant qu’à ça, je vais la com­po­ser moi-même et conser­ver les droits d’au­teur. Mais je ne vou­lais pas faire ça. Tu ne veux pas re­faire la même toune tout le temps. »

« Ça m’a coû­té cher de m’obs­ti­ner, pour­suit-elle. Ça m’a coû­té mon contrat de disques. Mais quand j’écoute A Let­ter To No One, je le trouve en­core su­per bon. »

Et ça, ça n’a rien de triste.

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