POUR MAR­TIN DUBREUIL

On l’a sou­vent vu dans des rôles de mé­chant ou de cin­glé qui ne lui res­semblent pas vrai­ment. Mais en in­car­nant le poète mar­gi­nal Yves Bois­vert dans le film À tous ceux qui ne me lisent pas, l’ac­teur Mar­tin Dubreuil a hé­ri­té d’un per­son­nage fas­ci­nant et c

Le Journal de Quebec - Weekend - - CINÉMA - MAXIME DE­MERS Le Jour­nal de Mon­tréal maxime.de­mers @que­be­cor­me­dia.com

De son propre aveu, Mar­tin Dubreuil connais­sait peu de choses du poète Yves Bois­vert avant de re­ce­voir le scénario du film À tous ceux qui ne me lisent pas, pre­mier long mé­trage du réa­li­sa­teur Yan Gi­roux. S’il n’était d’abord pas tout à fait convain­cu qu’il était la bonne per­sonne pour jouer à l’écran ce poète mé­con­nu dé­cé­dé il y a six ans, l’ac­teur de 46 ans a tout de suite chan­gé d’idée en li­sant le scénario.

« Je me suis re­con­nu au bout dans ce per­son­nage, lance Mar­tin Dubreuil en en­tre­vue au Jour­nal. Les gens qui me connaissent m’ont aus­si dit : on di­rait que c’est toi. Per­son­nel­le­ment, j’ai sou­vent joué des mé­chants et je suis un peu tan­né de ça. Mais Yves, pour moi, c’est une vraie fi­gure de hé­ros.

« En li­sant sur lui, j’ai dé­cou­vert qu’on avait plu­sieurs points en com­mun. Il avait un cô­té punk, il se te­nait dans les bars. Il était fron­deur, sans com­pro­mis, pu­riste. En tant qu’ar­tiste, j’ai tou­jours es­sayé d’al­ler au bout de mes idées, d’avoir des prin­cipes et de tra­vailler sans faire de com­pro­mis. Yves Bois­vert, il fai­sait ce­la à fond. C’est un bon gars, mais en même temps il est rough, ins­pi­rant, cha­ris­ma­tique, ef­fron­té, tout croche et il n’a pas d’argent. J’ai vé­cu comme ça une bonne par­tie de ma vie, jus­qu’à ce que je tombe amou­reux à 39 ans et que je dé­cide de fon­der une fa­mille. »

UN AR­TISTE INS­PI­RANT

Dé­cé­dé en 2012 à l’âge de 62 ans, Yves Bois­vert a consa­cré toute sa vie à la poé­sie, mais n’a ja­mais été re­con­nu. Il a pu­blié plu­sieurs re­cueils de poé­sie, dont le plus cé­lèbre, Les

Chaouins, en 1997. Ins­pi­ré li­bre­ment de sa vie, À tous

ceux qui ne me lisent pas suit donc le per­son­nage d’Yves (Dubreuil), un poète mar­gi­nal et fron­deur qui n’ac­cepte de faire au­cun com­pro­mis dans son art, quitte à vivre dans la pau­vre­té. Sa ren­contre avec Dyane (Cé­line Bon­nier) et le fils de celle-ci, Marc (Hen­ri Pi­card), l’in­ci­te­ra à réfléchir à ses choix de vie.

Le scé­na­riste et réa­li­sa­teur Yan Gi­roux a bien connu Yves Bois­vert quand il était plus jeune. Comme le per­son­nage de Marc dans le film, sa ren­contre avec le poète a eu une im­por­tance ma­jeure dans sa vie ar­tis­tique.

« J’ai connu Yves quand j’étais ado­les­cent et que j’écri­vais des poèmes, re­late Yan Gi­roux. Je m’étais fait une blonde et sa mère sor­tait avec Yves à l’époque. En al­lant chez la mère de ma blonde, j’ai dé­cou­vert un monde com­plè­te­ment dif­fé­rent du mien : un ap­par­te­ment avec oeuvres d’art confron­tantes au mur, des livres par­tout, des notes ma­nus­crites sur la table. C’était un es­pace ro­man­tique très ins­pi­rant pour moi et ça m’a don­né en­vie d’écrire en­core plus. Yves m’a sou­te­nu par la suite. Il a lu mon pre­mier re­cueil de poé­sie et m’a sug­gé­ré où l’en­voyer. En­suite, j’ai to­ta­le­ment per­du contact avec lui. Mais il est res­té pré­sent comme un mo­dèle d’in­té­gri­té et d’ar­tiste qui n’a pas fait de com­pro­mis. »

Yan Gi­roux ne cache pas qu’il s’est don­né beau­coup de li­ber­tés pour l’écri­ture d’À tous ceux qui ne me

lisent pas. Il in­siste sur le fait que son film est une fic­tion et non une bio­gra­phie d’Yves Bois­vert :

« On prend Yves comme un ar­ché­type de ces gens qui donnent leur vie à une cause, ex­plique le ci­néaste. On a cha­cun une vi­sion de ce qu’on vou­drait que notre vie soit et on fait des choix qui nous rap­prochent ou nous éloignent de nos rêves. J’es­père que le film va bras­ser un peu ça. Ce n’est pas un film pour convaincre les gens de de­ve­nir poètes. Mais il va peut-être in­ci­ter cer­taines per­sonnes à se re­con­nec­ter avec leur cô­té ar­tis­tique. »

Le film À tous ceux qui ne me lisent pas a pris l’af­fiche hier.

Mar­tin Dubreuil se glisse dans la peau du poète mé­con­nu Yves Bois­vert dans le film À tous ceux qui ne me lisent pas.

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