D’UN EX­TRÊME À L’AUTRE

Le Journal de Quebec - Weekend - - TÉLÉVISION - MARC-AN­DRÉ LE­MIEUX Le Jour­nal de Mon­tréal marc-andre.le­mieux @que­be­cor­me­dia.com

Après avoir pas­sé la ma­jeure par­tie de 2018 à na­vi­guer en eaux troubles et hau­te­ment dra­ma­tiques dans La meute et Uni­té 9, Ca­the­rine-Anne Tou­pin ter­mine son an­née dans un tout autre état d’es­prit : en re­mon­tant le temps dans un épi­sode spé­cial de Noël de Boo­me­rang. En­tre­vue avec une ac­trice et dra­ma­turge qui voyage d’un ex­trême à l’autre. Voyez-vous votre rôle dans Boo­me­rang comme une sorte de sou­pape?

Tous les rôles sont des formes de sou­pape, mais dif­fé­rentes. La meute, pour moi, c’est quelque chose de pro­fon­dé­ment in­time et connec­té. C’est une pa­role que j’avais en­vie de trans­mettre… et que je fais avec bon­heur et in­ten­si­té chaque soir au théâtre. Uni­té 9, c’est le fun to­tal d’ex­plo­rer des zones tel­le­ment ca­po­tées et weird. Et Boo­me­rang, c’est la lé­gè­re­té, le plai­sir de tra­vailler avec une équipe que j’adore. Ce n’est pas parce qu’on joue une co­mé­die que c’est plus agréable. C’est juste un trip dif­fé­rent.

D’où est ve­nue l’idée de pré­sen­ter un épi­sode de Noël?

Les au­teurs, les pro­duc­teurs, les ac­teurs… On s’est dit : « Ça se­rait le fun que les gens connaissen­t la ge­nèse des per­son­nages. » Ce se­rait le fun de voir com­ment Ka­rine et Pa­trick (An­toine Ber­trand) ont fait connais­sance, Ri­chard (Émile Proulx-Clou­tier) et Sté­pha­nie (Ma­ga­lie Lé­pine-Blon­deau) en amour, Pierre (Marc Mes­sier) et Mo­nique (Ma­rie-Thé­rèse For­tin) avant les sou­cis fi­nan­ciers... Aux États-Unis, ils font sou­vent ce genre d’épi­sodes. Sur­tout les sit­coms. L’épi­sode de Friends dans le­quel ils re­viennent en ar­rière au bal de fi­nis­sants, c’est l’un de mes pré­fé­rés!

Comme ac­trice, c’était com­ment d’ex­plo­rer le pas­sé d’un per­son­nage que vous connais­sez aus­si bien?

As­sez tri­pant ! Pour An­toine et moi, c’était tout un dé­fi de don­ner l’im­pres­sion qu’on n’avait au­cune connexion. Quand on tour­nait la pre­mière ren­contre de Ka­rine et Pa­trick à l’épi­ce­rie, le réa­li­sa­teur nous di­sait tou­jours: « On di­rait que ça fait 10 ans que vous êtes en­semble ! » Il fal­lait constam­ment se dire : « Faut pas que j’te re­garde, faut pas avoir de chi­mie… »

Dans Uni­té 9, après des an­nées à me­ner un ré­gime de ter­reur à Liet­te­ville, Shan­dy s’est fi­na­le­ment sui­ci­dée cet au­tomne. Au­riez-vous sou­hai­té que votre per­son­nage connaisse une fin heu­reuse?

Non. Je trouve que (l’au­teure) Da­nielle Trot­tier est al­lée au bon en­droit. C’était la seule op­tion. Plu­sieurs per­son­nages d’Uni­té 9 ont trou­vé le moyen de s’en sor­tir. C’est beau. Ça fait du bien. Mais en réa­li­té, ce n’est pas tout le monde qui trouve une forme de ré­demp­tion. Un per­son­nage comme Shan­dy, qui avait brû­lé tous les ponts der­rière elle, qui s’était iso­lée, qui n’avait plus rien à perdre parce qu’elle n’avait plus rien… Elle pou­vait seule­ment se noyer dans cette vie qu’elle s’était créée. Dans une sé­rie d’une aus­si grande vé­ri­té et pro­fon­deur, c’était quelque chose d’im­por­tant à mon­trer, je crois.

Avec un peu de re­cul, quelle place oc­cupe Shan­dy dans votre par­cours?

C’est mon plus grand dé­fi d’ac­trice. Ce sont aus­si mes plus grands mo­ments d’aban­don. Jean-Phi­lippe [Du­val, le réa­li­sa­teur d’Uni­té 9] me di­sait sou­vent: « C’est fou ! On di­rait que tu entres en transe. » Et c’était vrai. J’avais par­fois l’im­pres­sion d’ou­blier com­plè­te­ment que j’étais une co­mé­dienne en tour­nage, ce qui est rare. Uni­té 9, c’est aus­si l’un des en­droits où j’ai sen­ti que tout le monde me sou­te­nait. Parce que je rem­pla­çais une autre ac­trice [Su­zanne Clé­ment a quit­té la sé­rie et Shan­dy après une sai­son], j’ai tou­jours sen­ti qu’on m’ap­pré­ciait et qu’on m’en­cou­ra­geait. Ça m’a don­né la per­mis­sion de com­plè­te­ment m’aban­don­ner dans ce rôle d’une ex­trême vio­lence et d’une grande noir­ceur.

De nom­breuses sup­plé­men­taires de votre pièce, La meute, ont été an­non­cées pour 2019. Bien qu’on parle d’une tra­gé­die « ul­tra vio­lente » dans la­quelle vous in­car­nez une femme qui com­met des gestes in­ac­cep­tables, est-ce un beau ca­deau de Noël à of­frir?

Oui! (rires) Quand on l’a jouée en jan­vier et fé­vrier der­niers, plu­sieurs spec­ta­teurs nous ont dit que c’était quelque chose qu’ils s’étaient of­fert pour Noël. Un spec­tacle vi­vant, c’est tou­jours un beau ca­deau. Oui, c’est une pièce dra­ma­tique, mais elle com­prend énor­mé­ment d’hu­mour. Du­rant la pièce, il y a des mo­ments qui font qua­si­ment au théâtre d’été tel­le­ment ça rit! C’est une pièce com­plexe qui va dans toutes sortes de sens.

TVA pré­sente Boo­me­rang : Noël chez les Ber­nier, le di­manche 9 dé­cembre à 19 h.

Ca­the­rine-Anne Tou­pin dans Boo­me­rang: Noël chez les Ber­nier

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.