ET SI VOS JOURS ÉTAIENT COMP­TÉS ?

Le Journal de Quebec - Weekend - - LIVRES - MA­RIE-FRANCE BORNAIS Le Jour­nal de Qué­bec

Loin d’être mièvre et po­si­tif à ou­trance, le nou­veau ro­man d’Eva Woods, 100 jours pour être heu­reux, ra­conte la ren­contre à la fois triste et drôle, mé­lan­co­lique et sau­gre­nue d’An­nie et Pol­ly. Les drames, cha­cune de leur cô­té, unissent ces deux femmes au ca­rac­tère bien dif­fé­rent. An­nie peine à tra­ver­ser un deuil, tan­dis que Pol­ly, at­teinte d’un can­cer, s’éver­tue à trou­ver de la joie et de la beau­té dans la vie quo­ti­dienne.

Eva Woods connaît un suc­cès in­ter­na­tio­nal avec ce ro­man, d’abord pu­blié en An­gle­terre. Avec une fi­nesse re­mar­quable et un sens de l’hu­mour hors du com­mun, cette jeune écri­vaine en­traîne les lec­teurs dans la course au bon­heur de Pol­ly et la gué­ri­son d’An­nie, entre le rire et les larmes.

An­nie vit comme un fan­tôme, sans but ni joie, de­puis qu’un drame a bri­sé sa vie, deux an­nées au­pa­ra­vant. Entre son bou­lot dé­pri­mant et son ap­par­te­ment en dé­cré­pi­tude, elle peine à trou­ver un sens à sa vie.

Pol­ly, une femme rayon­nante et ex­cen­trique, a dé­ci­dé de re­le­ver le dé­fi de « cent jours pour être heu­reux » même si elle sait qu’au bout de trois mois, c’est la fin pour elle. La tu­meur qui se dé­ve­loppe en elle ne se ré­sor­be­ra pas et elle est condam­née. Mal­gré ce­la, elle en­traîne An­nie, qu’elle ren­contre à l’hô­pi­tal, dans cette quête de pe­tits bon­heurs quo­ti­diens.

LA GRA­TI­TUDE

Ce qui rend le ro­man d’Eva Woods si spé­cial, c’est sa voix, tra­gi-co­mique, unique et ima­gée, le mes­sage qui sous-tend le livre, et sa grande ac­ces­si­bi­li­té.

En en­tre­vue, elle ex­plique sa dé­marche. « Je vou­lais écrire sur l’in­dus­trie du bon­heur. Sur cette idée de faire des listes de gra­ti­tude et des dé­fis pour avoir 100 jours heu­reux. Je me de­man­dais si ces gestes fai­saient vrai­ment une dif­fé­rence dans la vie des gens, spé­cia­le­ment si vous tra­ver­siez une épreuve par­ti­cu­liè­re­ment dif­fi­cile. »

Elle s’est ins­pi­rée de son propre vé­cu. « J’ai fait face au can­cer quand j’étais plus jeune. J’ai dû me faire opé­rer et j’ai été ma­lade pen­dant six mois. Je ne suis pas comme le per­son­nage du ro­man, mais j’ai tra­ver­sé quelques épreuves », dit-elle.

Elle se trouve plus près du per­son­nage d’An­nie. « Je peux être pes­si­miste, c’est cer­tain. J’ai es­sayé des trucs, comme les listes de gra­ti­tude et les af­fir­ma­tions. Ça aide. Mais je tra­verse des phases où je suis plus op­ti­miste et d’autres où je me sens plus né­ga­tive. » émer­ger dans son ima­gi­na­tion. « Je sa­vais qu’elle al­lait être très co­lo­rée, mais que son po­si­ti­visme al­lait être comme une lame à deux tran­chants. Oui, elle fait de son mieux pour être heu­reuse, mais c’est aus­si ty­pique des tu­meurs au cer­veau de faire perdre ses in­hi­bi­tions. »

An­nie de­vait être « en co­lère et fa­ti­guée de la vie », dit-elle. « Elle porte les vê­te­ments les plus laids qu’elle peut trou­ver et ne se brosse pas les che­veux. Je suis plu­tôt comme elle.

« Ce que j’es­saie d’ex­pli­quer dans le livre, c’est que c’est par­fois cor­rect de ne pas être heu­reux. Il y a une dif­fé­rence entre la tris­tesse et la dé­pres­sion. Si quelque chose de triste vous ar­rive, c’est OK d’être triste. C’est une ré­ac­tion nor­male. On n’a pas à pré­tendre qu’on est heu­reux : ça peut être plus dom­ma­geable qu’autre chose. » Eva Woods est née en Ir­lande et vit main­te­nant à Londres. Le livre a été pu­blié dans plu­sieurs pays et elle re­çoit beau­coup de té­moi­gnages tou­chants de la part de ses lec­teurs.

EVA WOODS - 100 JOURS POUR ÊTRE HEU­REUX

100 JOURS POUR ÊTRE HEU­REUX Eva Woods Édi­tions du Cherche-Mi­di 556 pages

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