LES CONTRAIRES S’AT­TIRENT

Le Journal de Quebec - Weekend - - TÉLÉ D’HIVER 2019 - MARC-AN­DRÉ LEMIEUX Le Jour­nal de Mon­tréal marc-andre.lemieux @que­be­cor­me­dia.com

La re­la­tion pro­fes­sion­nelle du tan­dem d’ac­teurs a tou­te­fois dé­mar­ré len­te­ment. « Quand on s’est ren­con­trés, on était ti­mides, confie Ma­cha Gre­non au Jour­nal. On était un peu gê­nés et po­gnés l’un en face de l’autre. »

Dé­si­rant tout mettre en oeuvre pour chasser leur ti­mi­di­té et li­vrer une per­for­mance de qua­li­té, Ma­cha Gre­non et Pa­trick Huard ont en­ga­gé une con­ver­sa­tion à coeur ou­vert pour bri­ser la glace. Cette stra­té­gie a fonc­tion­né et ra­pi­de­ment, les bar­rières sont tom­bées.

« Pa­trick et moi, on avait un rap­port très clean et très franc, ex­plique la co­mé­dienne. Ça fa­ci­lite les choses pour s’aban­don­ner. Ça per­met de ren­trer dans la bulle de l’autre plus fa­ci­le­ment. Peut-être que plus jeune, c’était des zones un peu plus mê­lantes, mais à 50 ans, c’est simple. Au­jourd’hui, je trouve mon plai­sir loin des rap­ports de sé­duc­tion. Quand les autres le sentent, ça crée des zones d’aban­don im­mense. Tout le monde se sent safe. »

THRIL­LER JU­DI­CIAIRE

Thril­ler en 10 épi­sodes du Club illi­co écrit par Jacques Dia­mant ( Toute la vé­ri­té) et réa­li­sé par Louis Cho­quette ( 19‑Two, Mi­ra­dor), Les ho­no­rables ra­conte la quête de jus­tice de deux ex­con­joints, qui dé­cident de ven­ger leur fille, quand son pré­su­mé meur­trier est ac­quit­té en cour cri­mi­nelle. Ce ver­dict in­at­ten­du les en­traî­ne­ra – avec leurs deux autres en­fants, cam­pés par My­lène Ma­ckay et Oli­vier Ger­vais-Cour­chesne – dans une spi­rale aus­si in­fer­nale que dan­ge­reuse.

« C’est plein de re­bon­dis­se­ments, sou­ligne Pa­trick Huard. C’est une sé­rie en mon­tagnes russes. Les gens vont être sur­pris jus­qu’au der­nier épi­sode. »

MÉ­THODES DIF­FÉ­RENTES

La chi­mie a opé­ré entre Ma­cha Gre­non et Pa­trick Huard. De­vant l’ob­jec­tif et der­rière l’ob­jec­tif. Et pour­tant, les mé­thodes de tra­vail des deux têtes d’af­fiche dif­fèrent tel­le­ment qu’on au­rait presque pu s’at­tendre au contraire.

En quoi leurs ap­proches s’op­posent-elles ? Ré­su­mons les choses ain­si : contrai­re­ment à Pa­trick Huard, quand Ma­cha Gre­non en­tame le tour­nage d’une sé­rie ou d’un long mé­trage, elle connaît toutes ses ré­pliques par coeur. Le pre­mier qua­li­fie d’ailleurs sa par­te­naire de « pre­mière de classe », une ex­pres­sion qu’il uti­lise éga­le­ment pour dé­crire My­lène Ma­ckay, qui in­carne Ali­cia, la fille aî­née du couple.

Ma­cha Gre­non ex­plique qu’elle adopte cette tech­nique pour mieux gé­rer son an­xié­té. « Si on fai­sait un film amé­ri­cain et qu’on tour­nait 3 ou 4 scènes par jour, j’abor­de­rais peut-être les choses dif­fé­rem­ment, mais quand je vois qu’on doit tour­ner une dou­zaine de scènes par jour, mon ré­flexe, c’est d’être ul­tra pré­pa­rée », sou­ligne Ma­cha Gre­non.

Quant à Pa­trick Huard, sa mé­thode se­rait beau­coup plus « abs­traite ».

« Je n’apprends pas mes textes, dé­voile le co­mé­dien. Je connais les en­jeux de chaque scène, mais pas les mots. Les pre­mières jour­nées, ça peut être per­tur­bant. Si t’as be­soin de constam­ment ré­pé­ter ton texte, ce n’est pas moi qu’il te faut. Mais si t’as be­soin d’être im­pré­gné de l’es­prit d’une scène, je suis ton homme. Pour moi, c’est l’émo­tion d’abord. Quand j’ar­rive pour jouer, les mots viennent tout seuls. Pour moi, ça sonne na­tu­rel. »

Cette fa­çon de faire au­rait en­ri­chi la per­for­mance de Ma­cha Gre­non. C’est du moins ce qu’af­firme la prin­ci­pale in­té­res­sée.

« Est-ce que c’était dé­sta­bi­li­sant? Oui et non. Parce que Pa­trick, c’est un au­teur. Ses ins­tincts sont justes. Il com­prend le sens de chaque scène. Il m’ame­nait dans une zone plus vis­cé­rale. Ça don­nait une autre cou­leur à Lu­cie, une femme ha­bi­tuel­le­ment très cé­ré­brale. Ça per­met­tait de mon­trer son cô­té femme, son cô­té vul­né­rable... Il ap­por­tait quelque chose de très pa­ter­nel et mâle al­pha. Et moi, je m’abreu­vais de tout ça. »

ES­PRIT DE FA­MILLE

Puis­qu’ils in­car­naient d’an­ciens amants au riche pas­sé, le cou­rant de­vait ab­so­lu­ment pas­ser entre Ma­cha Gre­non et Pa­trick Huard. Leurs per­son­nages avaient beau être sé­pa­rés de­puis quelques an­nées, leur connexion de­vait trans­pa­raître, comme celle avec leurs autres en­fants.

Pour re­créer cet es­prit de fa­mille à l’écran, Pa­trick Huard s’est ef­for­cé de tis­ser des liens avec cha­cun des ac­teurs entre les prises.

« Il fal­lait se connaître, s’ap­pré­cier et s’ai­mer, in­siste le co­mé­dien. Et l’am­biance d’un tour­nage, c’est im­por­tant. Quand tu fais de longues jour­nées. Quand tu tournes 15, 16, 17 pages par jour, quand le ca­dran sonne le ma­tin, c’est le fun quand t’as hâte d’al­ler tra­vailler. Ça aide à pas­ser à tra­vers des se­maines de fous. »

Le réa­li­sa­teur des Ho­no­rables, Louis Cho­quette a éga­le­ment contri­bué à ins­tau­rer les condi­tions ga­gnantes, sou­tiennent Ma­cha Gre­non et Pa­trick Huard.

« Règle gé­né­rale, si ton chef d’or­chestre sait où il s’en va, quelle his­toire il veut ra­con­ter et dans quelle to­na­li­té, ça s’en­ligne très ra­pi­de­ment. »

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