« MON RO­MAN LE PLUS ABOU­TI »

Le Journal de Quebec - Weekend - - LIVRES - DA­VID RIENDEAU Col­la­bo­ra­tion spé­ciale

Après avoir sa­cri­fié sa vie fa­mi­liale et sen­ti­men­tale pour la réus­site pro­fes­sion­nelle, est-il en­core pos­sible de trou­ver l’amour ? Na­tha­lie Roy ex­plore cette dé­li­cate ques­tion dans

Turbulence­s du coeur, un ro­man qui met en scène un avo­cat am­bi­tieux hap­pé par la crise de la qua­ran­taine.

Pour son dixième ro­man, l’au­teure de la po­pu­laire sé­rie La vie épi­cée de

Char­lotte La­vigne a vou­lu sor­tir de sa zone de confort en pro­po­sant pour la pre­mière fois un personnage prin­ci­pal mas­cu­lin. « J’avais be­soin d’un dé­fi en créant un hé­ros qui était très dif­fé­rent de moi, ex­plique-t-elle. Je me suis ren­du compte que j’étais ca­pable d’al­ler beau­coup plus loin dans le ré­cit que je ne le croyais. À mes yeux, c’est mon ro­man le plus abou­ti. » Turbulence­s du coeur plonge le lec­teur dans le quo­ti­dien étour­dis­sant de Louis-Phi­lippe Rous­seau, un avo­cat spé­cia­li­sé en li­tiges com­mer­ciaux de 39 ans. Plai­deur re­dou­table et tra­vailleur achar­né, il a gra­vi les éche­lons pour de­ve­nir as­so­cié dans un ca­bi­net pres­ti­gieux de Mon­tréal. Entre deux causes, il col­lec­tionne les conquêtes avec de jeunes femmes qu’il cherche à im­pres­sion­ner avec ses vê­te­ments grif­fés, son luxueux pen­thouse au centre-ville ou son yacht en Flo­ride.

Cette opu­lence cache tou­te­fois une réa­li­té moins re­lui­sante. Père ab­sent, sa re­la­tion avec sa fille de 15 ans est au plus mal, tan­dis que sa mère se dé­sole de le voir me­ner une vie si dis­so­lue. En­fin, au mo­ment même où son ca­bi­net en exige plus de lui, il se rend compte que son as­cen­sion pro­fes­sion­nelle s’est faite au prix de nom­breuses in­jus­tices. La ren­contre d’une femme loin de ses stan­dards ha­bi­tuels, mais si at­ti­rante, va com­plè­te­ment le bou­le­ver­ser. « Le personnage de Louis-Phi­lippe se dé­fi­nit avant tout par son tra­vail, dé­crit la ro­man­cière. Il gagne beau­coup d’ar­gent, mais sa conscience le rat­trape, car il n’a pas tou­jours dé­fen­du des causes justes. Il com­prend qu’il s’est lais­sé em­bar­quer dans le tour­billon de la per­for­mance. »

RÔLE DE COM­PO­SI­TION

Na­tha­lie Roy confesse s’être beau­coup amu­sée à prê­ter sa plume à un homme. « Ce fut un dé­fi in­tense, mais ac­com­pli dans le plai­sir. Pour ce ro­man, je cher­chais un pro­ta­go­niste qui avait de la pres­tance, mais moins exu­bé­rant que mes héroïnes pré­cé­dentes. Louis-Phi­lippe n’ouvre pas son coeur fa­ci­le­ment. En même temps, c’est un homme d’ac­tion. L’écri­ture de­vait re­flé­ter son tem­pé­ra­ment avec des mots qui vont droit au but. J’ai dû adap­ter mon écri­ture en consé­quence », ajoute l’au­teure qui a me­né plu­sieurs en­tre­vues avec des hommes et qui a lu abon­dam­ment sur la crise de la qua­ran­taine.

En at­ten­dant une suite à Turbulence­s du coeur, à pa­raître à l’au­tomne 2019, la ro­man­cière partage son temps entre la scé­na­ri­sa­tion de do­cu­men­taires et la ren­contre de ses lec­trices, un lien qu’elle juge es­sen­tiel.

« Il y a beau­coup plus d’au­teurs dans ce genre qu’à mes dé­buts [2011] et les gens lisent moins qu’au­pa­ra­vant. Il faut se dis­tin­guer si on veut conti­nuer à avoir du suc­cès, d’où l’im­por­tance d’en­tre­te­nir un lien avec mon pu­blic, que ce soit dans les sa­lons de livre ou sur les réseaux so­ciaux. Si une lec­trice achète ton ro­man 25-30 $ et prend le temps de le lire, c’est la moindre des choses de ré­pondre à son mes­sage. »

TURBULENCE­S DU COEUR Na­tha­lie Roy Libre Ex­pres­sion 304 pages

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