LE PRO­JET B­TARD DES BEATLES

Deux mois après avoir lan­cé le my­thique al­bum blanc, les Beatles ef­fec­tuaient un rare faux pas avec Yel­low Sub­ma­rine. Un disque que Gilles Va­li­quette, spé­cia­liste et ama­teur du qua­tuor bri­tan­nique, qua­li­fie de pro­jet « bâ­tard ».

Le Journal de Quebec - Weekend - - MUSIQUE - YVES LE­CLERC Le Jour­nal de Qué­bec yves.le­[email protected]­be­cor­me­dia.com

La trame so­nore du film d’ani­ma­tion, qui fête ses 50 ans, est le disque des Beatles qui a eu le moins de ré­édi­tions au Ca­na­da.

« Ce qui dé­montre le manque d’in­té­rêt en­vers Yel­low Sub­ma­rine. La ma­jo­ri­té des ama­teurs des Beatles n’ont pas ache­té ce disque à l’époque », a in­di­qué Gilles Va­li­quette, lors d’un en­tre­tien.

Un disque sur le­quel on re­trouve quatre nou­velles chan­sons, deux qui avaient été lan­cées quelques an­nées plus tôt et sept pièces ins­tru­men­tales com­po­sées par le réa­li­sa­teur George Mar­tin.

Lan­cé le 13 jan­vier 1969, le dixième al­bum stu­dio des Beatles contient les titres Yel­low Sub­ma­rine et All You Need is Love, qui exis­taient dé­jà, les nou­velles chan­sons On­ly a Nor­thern Song, All To­ge­ther Now, It’s All Too much et Hey Bull­dog et sept pièces ins­tru­men­tales com­po­sées par le réa­li­sa­teur George Mar­tin.

PRES­SION EXER­CÉE

Yel­low Sub­ma­rine est le der­nier ja­lon d’un contrat de trois films avec la so­cié­té Uni­ted Ar­tists.

Après A Hard Day’s Night et Help!, les membres des Beatles avaient peu d’in­té­rêt pour un autre film.

« Ce pro­jet est ar­ri­vé en 1966, à un mo­ment où les Beatles avaient dé­ci­dé de ne plus faire de tour­née et où le groupe était sur le point d’im­plo­ser. Ils ont pris des va­cances et pro­fi­té un peu de leur ar­gent, dont ils com­men­çaient à voir la cou­leur. Ils avaient la tête ailleurs et ils ont re­fu­sé les dif­fé­rents scé­na­rios pro­po­sés », a re­la­té Gilles Va­li­quette.

Uni­ted Ar­tists, qui met­tait de plus en plus de pres­sion, a eu l’idée de sug­gé­rer que la com­pa­gnie King Fea­tures Syn­di­cate, qui avait fait une sé­rie de des­sins ani­més sur les Beatles, réa­lise ce troi­sième film. King Fea­tures Syn­di­cate sou­hai­tait aus­si faire un film en des­sins ani­més avec les Beatles. « Les Beatles haïs­saient cette émis­sion et ils n’ont ja­mais vrai­ment mon­tré d’in­té­rêt pour ce pro­jet. La pres­sion exer­cée par Uni­ted Ar­tists a ame­né la réa­li­sa­tion du film d’ani­ma­tion Yel­low Sub­ma­rine, qui a été lan­cé, à Londres, en juillet 1968 », a in­di­qué l’au­teur, com­po­si­teur et in­ter­prète. King Fea­tures Syn­di­cate a exi­gé une courte pré­sence des Beatles dans le film et l’écri­ture de quatre nou­velles chan­sons. Les titres sé­lec­tion­nés pro­viennent des séances d’en­re­gis­tre­ment des al­bums Sgt. Pep­per’s Lo­ne­ly Hearts Club Band et Ma­gi­cal Mys­te­ry Tour. « Ce sont des pièces qui n’avaient pas été re­te­nues pour ces disques, parce qu’elles n’étaient pas as­sez bonnes, et que les Beatles gar­daient en ré­serve pour le film », a fait re­mar­quer Gilles Va­li­quette.

DES RE­GRETS

Lorsque les membres des Beatles ont vu le film Yel­low Sub­ma­rine, ils ont été agréa­ble­ment sur­pris et ils ont re­gret­té de ne pas avoir été plus ac­tifs dans le pro­ces­sus de créa­tion.

« Ils re­gret­taient aus­si de ne pas avoir fait les propres voix de leurs per­son­nages que l’on re­trouve dans le film », a men­tion­né Gilles Va­li­quette.

George Har­ri­son, John Len­non, Paul McCart­ney et Rin­go Starr vou­laient faire un maxi-45 tours avec les six chan­sons de ce pro­jet, mais ce pro­duit se ven­dait moins. Ce qui ex­plique la pré­sence des pièces ins­tru­men­tales de George Mar­tin sur la face B de cet al­bum.

La com­pa­gnie de disques s’at­ten­dait à vendre beau­coup d’exem­plaires de

Yel­low Sub­ma­rine. Ce qui n’a pas été le cas.

« Les col­lec­tion­neurs ont de la dif­fi­cul­té à trou­ver un vi­nyle par­fait de cet al­bum. La grande ma­jo­ri­té a un trou per­cé dans la po­chette et a été ven­due au ra­bais », ex­plique Gilles Va­li­quette.

Cette pra­tique était uti­li­sée sur les al­bums qui n’avaient pas été ven­dus à une date don­née et qui de­vaient être ven­dus en ré­duc­tion.

Huit mois plus tard, les Beatles al­laient re­trou­ver le droit che­min avec Ab­bey Road, consi­dé­ré comme un des chefs-d’oeuvre de la for­ma­tion bri­tan­nique.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.