« Je me sens CHEZ MOI au Qué­bec »

Qua­li­fier Yama Laurent de per­sonne ti­mide re­lève de l’eu­phé­misme. Qui­conque a dé­jà croi­sé sa route peut en at­tes­ter. À l’aube de lan­cer son pre­mier al­bum, la jeune femme de 28 ans conti­nue d’ap­prendre à na­vi­guer dans la sphère pu­blique où elle a été pro­pu

Le Journal de Quebec - Weekend - - NEWS - BRU­NO LA­POINTE Le Jour­nal de Mon­tréal bru­no.la­pointe @que­be­cor­me­dia.com L’al­bum de Yama Laurent se­ra sur le marché le ven­dre­di 3 mai. La chan­teuse offrira éga­le­ment une pres­ta­tion à l’oc­ca­sion de la fi­nale de La Voix, deux jours plus tard.

« C’est une vie com­plè­te­ment dif­fé­rente que j’ai au­jourd’hui, confie la chan­teuse en en­tre­vue au Jour­nal. Je ne peux plus pas­ser in­aper­çue; je ne fais qu’al­ler au dé­pan­neur ou mar­cher dans la rue et les ma­dames me de­mandent de chan­ter pour elles (rires). Ça m’a pris du temps à m’ha­bi­tuer à tout ça. Mais ça va bien main­te­nant. Les Qué­bé­cois sont super gen­tils. Je sens qu’ils veulent que je sois bien chez eux. Et je le suis. Je me sens chez moi au Qué­bec. »

La musique re­pré­sente le meilleur moyen de faire sor­tir Yama Laurent de sa co­quille. En séance pho­to, c’est lors­qu’elle se met à pous­ser la note sur un fris­son­nant Fee­ling Good, li­vré a capella de sur­croît, qu’elle émerge. On re­con­naît alors celle qui a sé­duit le Qué­bec, sa terre d’adop­tion, à La Voix l’an der­nier.

DES­TI­NÉE À LA MÉ­DE­CINE

De­puis cette vic­toire, le tour­billon a été étour­dis­sant pour cette chan­teuse d’ori­gine haï­tienne qui a vu s’ou­vrir de­vant elle des ave­nues jadis in­soup­çon­nées. Car la musique n’avait ja­mais été une op­tion de car­rière pour Yama Laurent. Jus­qu’à tout ré­cem­ment, elle se des­ti­nait à une car­rière en mé­de­cine, dic­tée par l’ef­froyable séisme qui avait ra­va­gé sa terre na­tale en 2010.

« Après le trem­ble­ment de terre en Haï­ti, il man­quait tel­le­ment de soins pour les gens qui étaient bles­sés. C’était très dif­fi­cile, il y a eu tel­le­ment de bles­sés et de morts. J’avais en­vie de faire quelque chose pour les ai­der. Je ne pouvais pas res­ter sans rien faire », ex­plique-t-elle.

Ses études l’ont donc me­née à l’uni­ver­si­té de San­tia­go, en Ré­pu­blique do­mi­ni­caine. Et c’est là-bas, au cours de soi­rées entre amis, qu’elle a dé­cou­vert pour la pre­mière fois sa si­gna­ture vo­cale si sin­gu­lière. D’abord en sla­mant, puis en chantant. Eh non ! Yama Laurent n’avait ja­mais chan­té, ne se­rait-ce que dans l’in­ti­mi­té de son foyer, avant ce mo­ment !

« J’écou­tais tout le temps de la musique parce que mon père rap­por­tait des disques à la mai­son. Mais je n’avais ja­mais es­sayé de re­pro­duire ce que j’en­ten­dais. Ja­mais. À l’uni­ver­si­té, j’écri­vais des poèmes et mes amis m’ont dit que je de­vrais es­sayer de les chan­ter. Et quand je l’ai fait pour la pre­mière fois, ils m’ont dit que c’était plu­tôt bien, alors j’ai conti­nué », se sou­vient-elle en riant.

De­puis, son par­cours mu­si­cal – jon­ché de concours vo­caux aux États-Unis, puis au Ca­na­da – a été cou­ron­né de suc­cès. Seule ombre au tableau, un sou­ci de vi­sa est ve­nu l’in­quié­ter l’hi­ver der­nier. Sa de­mande d’asile ayant été re­fu­sée, la chan­teuse a alors fait une de­mande d’asile hu­ma­ni­taire afin d’évi­ter l’ex­pul­sion vers son pays d’ori­gine. À ce su­jet, Yama Laurent se veut ras­su­rante. « Tout va bien main­te­nant », sou­tient-elle. Du côté de Mu­si­cor, la mai­son de disques avec la­quelle la chan­teuse est sous contrat, on nous pré­cise que l’exa­men de son dos­sier suit son cours nor­mal.

LE TEXTE D’ABORD

Le rêve qu’elle réa­lise au­jourd’hui en lan­çant un pre­mier al­bum en est un ré­cent. Mais il n’est pas pour au­tant moins pré­cieux pour Yama Laurent. La chan­teuse a pas­sé au peigne fin une large sé­lec­tion de chan­sons avant de choisir les re­lec­tures qu’elle offrira fi­na­le­ment sur ce disque at­ten­du dans les bacs le 3 mai.

Son choix s’est ar­rê­té, entre autres, sur des mor­ceaux em­prun­tés aux ré­per­toires de Cé­line Dion, La­ra Fa­bian, Are­tha Frank­lin, Pa­tri­cia Kaas et Fo­rei­gner.

Hor­mis quelques ex­cep­tions, la grande ma­jo­ri­té lui était jusque là inconnue (Yama Laurent a dé­bar­qué au Qué­bec en 2017 avec une connais­sance alors par­ti­cu­liè­re­ment ru­di­men­taire de la culture lo­cale). Elle a donc eu le loi­sir de jeter un re­gard neuf et de faire sa sé­lec­tion sans a prio­ri, ju­geant cha­cune des chan­sons pour ce qu’elle est réel­le­ment.

« J’ai regardé le texte d’abord. De quoi il parle ? Est-ce que c’est une his­toire que je peux par­ta­ger avec les gens? Il faut que le mes­sage me plaise et qu’il soit po­si­tif. La mé­lo­die et tout, c’est im­por­tant aus­si. Mais ça vient après », in­dique-t-elle.

Deux pièces originales com­plé­te­ront l’al­bum, soit Un peu de nous, écrite pour elle par Ga­rou l’an der­nier, et Chan­ter est ma cou­leur, une créa­tion de Di­dier Go­le­ma­nas (John­ny Hal­ly­day, Isabelle Bou­lay) et Rick Allison (La­ra Fa­bian).

PHO­TO JO­CE­LYN MI­CHEL, LECONSULAT.CA ILLUSTRATI­ON JO­HAN­NA REY­NAUD

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