CES REN­CONTRES QUI CHANGENT NOTRE DES­TIN

Le Journal de Quebec - Weekend - - LIVRES - MA­RIE-FRANCE BORNAIS

Alors qu’il sur­mon­tait trois deuils consé­cu­tifs dans sa propre fa­mille, l’écri­vain et jour­na­liste amé­ri­cain Mitch Al­bom s’est à nou­veau ques­tion­né sur l’im­pact qu’ont les ren­contres sur le des­tin de tout un cha­cun pour écrire une suite à son best-sel­ler Les cinq per­sonnes que j’ai ren­con­trées là-haut, L’autre per­sonne que j’ai ren­con­trée là-haut.

Ed­die, un vé­té­ran de guerre de­ve­nu mé­ca­ni­cien dans un parc d’at­trac­tions, est mort en sau­vant la vie d’une pe­tite fille, An­nie.

Elle gran­dit en lut­tant pour trou­ver un équi­libre dans la vie, sent qu’elle est mar­quée par quelque chose, mais n’ar­rive pas à trou­ver ce que c’est.

Quand elle re­trouve Pau­lo, son amour d’en­fance, elle pense que le bon­heur l’at­tend, en­fin. Mais à la suite d’un ter­rible ac­ci­dent, elle-même en­tame son voyage vers l’au-de­là.

Elle y re­trouve Ed­die, l’une des cinq per­sonnes, jus­te­ment, qui vont lui mon­trer à quel point sa vie a comp­té.

Mitch Al­bom dé­montre une grande em­pa­thie, une cu­rio­si­té pour la condi­tion hu­maine, et une grande com­pas­sion à tra­vers ce nou­veau ro­man. Il s’est sen­ti prêt à l’écrire alors qu’il vi­vait une pé­riode de deuil.

« Je n’ai ja­mais pla­ni­fié d’écrire une suite à ce livre. Quand je l’ai ter­mi­né, je le trou­vais complet. Après la sor­tie du livre, j’ai réa­li­sé à quel point il était de­ve­nu le livre pré­fé­ré de beau­coup de gens, à tra­vers le monde. Ce sont mes lec­teurs qui m’ont de­man­dé ce qui était ar­ri­vé à la pe­tite fille dont je par­lais dans ce livre — ils me di­saient que je ne pouvais pas lais­ser une his­toire comme celle-là sans conclusion. »

LEC­TEURS CU­RIEUX

Ses lec­teurs étaient très cu­rieux, ajoute-t-il. « Au dé­but, je pro­po­sais aux gens d’uti­li­ser leur ima­gi­na­tion. Mais au cours des der­nières an­nées, j’ai vé­cu plu­sieurs deuils : j’ai per­du mon père et ma mère, puis notre fille, adop­tée dans un or­phe­li­nat que je par­raine en Haï­ti. »

Plu­sieurs ques­tions exis­ten­tielles ont alors re­fait sur­face. « Je me de­man­dais ce qui ar­ri­vait après notre mort, où étaient ces per­sonnes. J’ai re­pen­sé aux livres que j’avais écrits et il m’est ap­pa­ru, tout na­tu­rel­le­ment, que bien des choses qu’An­nie ap­prend, dans ce livre, sont des su­jets sur les­quels je me suis pen­ché, et qui sont liés à ces deuils que j’ai tra­ver­sés. » Re­tour­ner dans les émo­tions de perte, de deuil, de mort n’a pas été fa­cile, mais a eu un ef­fet po­si­tif. « J’ai réa­li­sé que l’écri­ture avait eu un ef­fet ca­thar­tique très puis­sant sur moi. J’ai ex­pri­mé mes pen­sées. C’était très ré­con­for­tant, en fait. »

SON ONCLE

L’his­toire d’An­nie lui a été ins­pi­rée par un de ses oncles, Ed­die, dé­cé­dé à l’âge de 83 ans. Il n’a pas sau­vé la vie d’une pe­tite fille dans un parc d’at­trac­tions, mais lui a per­mis de créer le per­son­nage d’Ed­die, l’une des cinq per­sonnes ren­con­trées là-haut.

« Il a lui aus­si été de ser­vice pen­dant la Pre­mière Guerre mon­diale. Il m’a ra­con­té son ex­pé­rience de mort im­mi­nente pen­dant une opé­ra­tion à coeur ou­vert : il flot­tait au-des­sus de son corps et voyait tous les mé­de­cins s’af­fai­rer, puis il a vu tous les gens de sa pa­ren­té qui étaient dé­cé­dés, et qui l’at­ten­daient au bout du lit. Il n’est pas mort, mais son témoignage m’est res­té en tête. »

IN­TER­AC­TION AVEC LES GENS

Mitch Al­bom s’est de­man­dé si ces gens qui l’at­ten­daient « de l’autre côté » étaient tous pa­rents... ou s’il n’y avait pas aus­si des gens avec qui on a pu vivre une toute pe­tite in­ter­ac­tion, dans notre vie, mais qui a pro­duit quand même beau­coup de con­sé­quences.

« Notre vie a pu être chan­gée par des gens dont on ne se sou­vient même pas. »

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