Dans les cou­lisses du BED-IN

Le Journal de Quebec - Weekend - - WEEKEND - RA­PHAËL GENDRON-MAR­TIN Le Jour­nal de Mon­tréal ra­phael.gendron-mar­tin @que­be­cor­me­dia.com

En mai 1969, Jacques Bour­don n’avait que 25 ans, et ne tra­vaillait que de­puis un an au Jour­nal de Mon­tréal, lors­qu’il a été envoyé pour pho­to­gra­phier le pas­sage de John Len­non et Yo­ko Ono dans la mé­tro­pole. Cin­quante ans plus tard, le pho­to­graphe re­trai­té re­vient sur le bed-in his­to­rique qui a me­né à l’en­re­gis­tre­ment de Give Peace a Chance.

Le 26 mai 1969, une ru­meur cir­cu­lait à la ra­dio. En pleine guerre du Viêt Nam, et quelques mois après un pre­mier

bed-in à Am­ster­dam, John Len­non et Yo­ko Ono avaient dé­ci­dé de se rendre à Mon­tréal pour un nou­vel évé­ne­ment pa­ci­fique.

L’un des trois pho­to­graphes tra­vaillant à l’époque pour le Jour­nal de Mon­tréal, le jeune Jacques Bour­don par­ta­geait ses cou­ver­tures entre les confé­rences de presse, les meurtres, les ac­ci­dents et le do­maine ar­tis­tique. Ce jour-là, on lui avait de­man­dé de se rendre ra­pi­de­ment à l’aé­ro­port de Dor­val pour y pho­to­gra­phier le cé­lèbre couple.

« Quand j’étais ar­ri­vé, en fin d’après-mi­di, il y avait dé­jà 400 à 500 per­sonnes, re­late-t-il. Ça n’avait été men­tion­né qu’à la ra­dio, quelques heures au­pa­ra­vant. Une chance qu’ils nen l’avaient pas an­non­cé plus tôt! »

En at­ten­dant l’ar­ri­vée du couple, le pho­to­graphe avait re­mar­qué une jeune Do­mi­nique Michel qui ten­tait de se fau­fi­ler à tra­vers la foule. « Les po­li­ciers de e Dor­val ne la connais­saient pas. J’avais réus­si à la faire pas­ser en leur di­sant qu’elle était une grande ve­dette québécoise. » Mi­chèle Ri­chard l’avait re­jointe quelques ins­tants plus tard. AC­CÈS PRI­VI­LÉ­GIÉ À l’époque, se sou­vient M. Bour­don, les mé­dias dis­po­saient de lais­sez-pas­ser r

par­ti­cu­liers qui leur per­met­taient de se rendre sur le tar­mac de l’aé­ro­port, de­vant la porte des avions. C’est ain­si que le pho­to­graphe a pu cap­ter John, Yo­ko et sa fille Kyo­ko de très près, dès leur sor­tie de l’ap­pa­reil.

« Ils étaient ac­com­pa­gnés d’une équipe qui fil­mait, in­dique-t-il. Mais si­non, leur en­tou­rage n’était pas très gros. g »

Après son ar­ri­vée à l’aé­ro­port, le couple est mon­té dans un vé­hi­cule de la Po­lice of Dor­val où on l’a es­cor­té jus­qu’aux li­mites de la ville. « On m’a dit qu’ils ont en­suite pris un taxi pour se rendre jus­qu’à l’hô­tel Reine Eli­za­beth. b »

Dès lors, le pho­to­graphe s’est dé­pê­ché c d’al­ler por­ter au Jour­nal les pho­tos qu’il ve­nait de prendre. « Le plus im­por­tant était de les avoir pour la pu­bli­ca­tion du len­de­main, dit-il. Je ne les ai pas sui­vis s im­mé­dia­te­ment à l’hô­tel. »

COUPLE GÉ­NÉ­REUX

Du­rant leur sé­jour d’une se­maine au Reine Eli­za­beth, Jacques Bour­don s’est ren­du sur place « deux ou trois fois », dit-il. « Si c’était à re­faire, je se­rais res­té là tout le long et je les au­rais sur­veillés our et nuit! Mais à l’époque, on ne sa­vait s pas… »

La por­tée his­to­rique était bien dif­fi­cile f à dé­ce­ler à ce mo­ment-là, men­tionne-t-il. t « Cet évé­ne­ment est de­ve­nu beau­coup plus im­por­tant la jour­née où John Len­non s’est fait as­sas­si­ner [le 8 dé­cembre 1980]. Un grand ar­tiste qui mi­li­tait pour la paix et qui se fait as­sas­si­ner… »

Jacques Bour­don était im­pres­sion­né de pho­to­gra­phier un Beatle, même si Len­non n’était pas son idole. « Dans le temps, mon idole était John­ny Hal­ly­day. Il faut dire que je ne com­prends pas beau­coup l’an­glais. »

À cha­cune de ses vi­sites dans la suite 1742 du Reine Eli­za­beth, le pho­to­graphe a pu consta­ter à quel point John et Yo­ko étaient gé­né­reux avec les gens qui ve­naient leur par­ler. « Ils ont été im­pec­cables du dé­but à la fin, de ce que j’ai vu. Ils par­laient à tout le monde, tant aux jour­na­listes qu’aux per­sonnes du pu­blic. Il y a des gens qui ar­ri­vaient avec beau­coup de dessins. John pre­nait le temps avec chaque per­sonne qui l’ap­pro­chait. Ça m’avait mar­qué. »

À LA BONNE FRANQUETTE

Vers la fin de la se­maine, après s’être fait plu­sieurs con­tacts sur place, Jacques Bour­don a re­çu un ap­pel. « On m’a dit de ve­nir ra­pi­de­ment au Reine Eli­za­beth, car ils s’ap­prê­taient à en­re­gis­trer quelque chose. »

À son ar­ri­vée, la suite était rem­plie d’une cin­quan­taine de per­sonnes. « Il y avait très peu de mé­dias. C’était beau­coup plus des gens du pu­blic », dit-il.

Le pro­duc­teur mont­réa­lais An­dré Per­ry, qui tra­vaillait pour Le Stu­dio, à Mo­rin-Heights, avait été dé­pê­ché sur place avec son équipe pour y cap­ter l’en­re­gis­tre­ment de ce qui al­lait de­ve­nir Give Peace a Chance.

« John avait col­lé les paroles de la chan­son sur le mur pour que les gens suivent, se sou­vient M. Bour­don. Il s’était le­vé de­bout sur le lit et avait don­né ses ins­truc­tions. Il pre­nait ça à coeur. Pour lui, ce n’était pas un par­ty. C’était im­por­tant. Il vou­lait créer quelque chose. »

Mal­gré tout, le pho­to­graphe re­con­naît que l’en­re­gis­tre­ment avait un peu des al­lures de « bric-à-brac » et il était loin de pen­ser que la pièce au­rait une ré­so­nance aus­si pla­né­taire.

« C’était vrai­ment fait à la bonne franquette. Ils ont re­com­men­cé et re­com­men­cé la chan­son toute la soi­rée. »

PAS­SER À L’HIS­TOIRE

Même s’il était dans la pièce au mo­ment de l’en­re­gis­tre­ment, Jacques Bour­don n’a pas sou­hai­té joindre sa voix au mor­ceau. « Je suis quel­qu’un de ti­mide ! Et dans ma tête, j’étais juste là pour al­ler cher­cher de bonnes pho­tos. »

« J’étais ex­trê­me­ment loin de pen­ser que ce se­raient des pho­tos qui pas­se­raient à l’his­toire. J’ai été 42 ans au

Jour­nal et les pho­tos dont on m’a le plus sou­vent par­lé sont celles du bed‑in. Elles avaient pour­tant été fa­ciles à prendre. »

Avec le re­cul des an­nées, Jacques Bour­don au­rait tra­vaillé dif­fé­rem­ment, si c’était à re­faire. « Il y a bien des pho­tos que je n’avais pas faites à l’époque et que je fe­rais au­jourd’hui. Et j’ai en­ten­du dire qu’ils avaient pas mal je­té tout ce qui était dans la chambre quand ils avaient fait le ménage par la suite. Avoir su, j’au­rais pris tout ce que j’au­rais pu ra­mas­ser. J’au­rais même fouillé dans les vi­danges (rires)! »

Âgé de 75 ans au­jourd’hui, Jacques Bour­don se re­mé­more en­core avec plai­sir les sou­ve­nirs du bed-in de 1969 qu’il a eu la chance de pho­to­gra­phier.

Plu­sieurs cen­taines de per­sonnes at­tendent l’ar­ri­vée de John Len­non et Yo­ko Ono à l’aé­ro­port de Dor­val.

Yo­ko et John sortent de l’avion, ac­com­pa­gnés de la pe­tite Kyo­ko, fille de Yo­ko.

John et Yo­ko bé­né­fi­cient d’une es­corte po­li­cière pour quit­ter l’aé­ro­port.

Un gros at­trou­pe­ment se forme à l’ex­té­rieur, les cu­rieux es­pé­rant aper­ce­voir le cé­lèbre couple.

Mi­chèle Ri­chard et Do­mi­nique Michel s’étaient ren­dues à l’aé­ro­port dans l’es­poir d’y aper­ce­voirJohn Len­non.

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