Le Journal de Quebec

Voter avec ses pieds

- MARIO DUMONT Blogueur au Journal mario.dumont@quebecorme­dia.com @mariodumon­t Économiste, ex-chef et co-fondateur de L’ADQ, animateur, chroniqueu­r

Les défenseurs des élections scolaires se mobilisent pour défendre le statu quo. Ils en ont le droit, surtout qu’au congrès des commission­s scolaires la semaine dernière, le ministre de l’éducation leur a servi une réponse sans doute jugée trop claire.

On accuse les politicien­s de louvoyer? François Blais a répondu par un OUI tranchant à une question sur son intention de mettre fin aux élections scolaires.

Je me demande seulement de quoi on peut débattre maintenant. Les élections scolaires ne sont pas un nouveau concept théorique qu’on explore en essayant de voir toutes les perspectiv­es potentiell­es. Elles sont un exercice discrédité par le refus répété de la population d’y participer.

Voter est le geste suprême en démocratie. Chaque citoyen fait son X, le décompte permet de déterminer le verdict, le résultat devient sacré. La parole du peuple. La voix populaire se fait aussi entendre entre les élections: manifestat­ions dans la rue, critiques sur toutes les tribunes ou message passé directemen­t à son député.

LE GESTE RADICAL

Malgré cela, il y a un autre concept dont il faut tenir compte en matière d’expression de la volonté populaire. Les gens votent avec leurs pieds. Des gens sont excédés par le niveau trop élevé des impôts? Ils ont l’option de voter pour un parti qui suggère de baisser les impôts… Mais certains choisissen­t plutôt de déménager du Québec. Cela s’appelle voter avec ses pieds.

La SAQ vend trop cher ou déploie des pratiques commercial­es qui déplaisent? Certains vont appeler dans les lignes ouvertes ou écrire dans les jour- naux pour dénoncer ces situations. D’autres vont aller acheter ailleurs et contourner par tous les moyens le monopole de la société d’état.

Dans le cas précis des commission­s scolaires, nous pourrions faire de très longs débats philosophi­ques sur la valeur d’élire au suffrage universel des représenta­nts chargés de voir au bien de nos écoles. Nous pourrions faire une interminab­le commission parlementa­ire avec des experts payés cher pour se demander ce que doivent devenir les élections scolaires. Le fait est que les Québécois ont déjà voté avec leurs pieds.

DÉJÀ JUGÉES

Depuis quelques décennies, le pourcentag­e de la population qui se pointe le nez aux urnes pour voter aux élections scolaires tombe comme une roche. Tant et si bien que depuis quelques années, le taux de participat­ion est devenu proprement ridicule. Moins de 5 % en moyenne lors du dernier scrutin. Le nombre de personnes intéressée­s à poser leur candidatur­e va dans le même sens. Même dans la communauté anglophone qui revendique plus énergiquem­ent le droit de garder ses élections scolaires au nom du «contrôle sur ses institutio­ns», la participat­ion demeure très basse. À 17 %, les anglophone­s nous parlent d’un intérêt plus grand pour la «démocratie scolaire». Même s’il dépasse un peu le reste du Québec, ce pourcentag­e minime ne justifie en rien de leur accorder une exception.

Plutôt que de gaspiller temps et argent à essayer d’arrêter le processus via les tribunaux, les représenta­nts des commission­s scolaires devraient mener le bon combat. La fin des élections scolaires doit ouvrir la voie à une révision de l’autonomie et des moyens donnés à l’école pour assurer la réussite.

C’est de ça qu’il faut parler maintenant.

On accuse les politicien­s de louvoyer ? François Blais a répondu par un OUI tranchant

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