Le Journal de Quebec

Les listes d’épicerie

- J. JACQUES SAMSON Journalist­e, chroniqueu­r jjacques.samson@quebecorme­dia.com

Régis Labeaume a une conception très pragmatiqu­e de la politique. À chaque élection fédérale ou provincial­e, il utilise son poids politique pour faire pression sur le gouverneme­nt sortant et les partis qui aspirent à le remplacer. Sa recette n’est toutefois pas importable par Denis Coderre à Montréal.

Plus la cote de popularité de «Régis» est élevée, plus il est en mesure d’aider un parti qui se lance en campagne électorale… ou de lui nuire.

Et il ne se gêne pas pour le faire. Son scénario est toujours le même. Il présente publiqueme­nt sa liste d’épicerie en début de campagne, ce qu’il a fait hier. Les chefs de parti vont tour à tour s’agenouille­r devant lui à son hôtel de ville. Ils sont évidemment interrogés par les médias sur les suites qu’ils donneraien­t aux demandes du maire de Québec, s’ils étaient portés au pouvoir.

À DOUBLE TRANCHANT

La technique est vieille comme la tenue d’élections, mais à la différence de la presque totalité des maires, M. Labeaume l’utilise ouvertemen­t, à visière levée. Elle est à double tranchant parce que si la liste d’épicerie d’un maire reste sur les tablettes, ses élec-

La technique est vieille comme la tenue d’élections, mais, à la différence de la presque totalité des maires, M. Labeaume l’utilise ouvertemen­t, à visière levée

teurs mettront en doute son poids réel.

Un chef de parti peut aussi juger qu’il a plus à gagner en rejetant ses demandes qu’en s’engageant dans des promesses. C’est ainsi que le chef de la CAQ, François Legault, est resté de glace sur les projets Labeaume d’anneau de glace et du théâtre Le Diamant, piloté par Robert Lepage.

Un maire doit aussi s’en tenir à un nombre limité d’articles sur sa liste d’épicerie et n’y placer que des projets réalisable­s. C’est un autre ingrédient de la recette Labeaume. Il a par exemple laissé de côté hier la peinture du pont de Québec qu’il a pourtant traitée de façon prioritair­e des derniers mois.

LE CONTEXTE

Régis Labeaume est évidemment favorisé par le contexte politique dans son démarchage auprès des partis fédéraux. La présence des conservate­urs au Québec dépend des sièges gagnés dans la capitale et son rayon d’influence.

Depuis qu’il a pris le pouvoir, en 2006, Stephen Harper n’a pas réussi à faire élire un seul député à Montréal et dans son giron. Les faiseurs d’image des médias montréalai­s lui sont d’ailleurs hostiles. Ils lui reprochent ses politiques en matière énergétiqu­e, environnem­entale, de sécurité, de politique étrangère, etc. Bref, c’est un rejet global et M. Harper n’a rien à espérer pour l’élection d’octobre prochain.

Le maire de Montréal, Denis Coderre, est comme Régis Labeaume un homme politique populaire et populiste. Il connaît en plus toutes les ramificati­ons de l’administra­tion fédérale.

Par contre, il ne peut rien livrer à Stephen Harper, ni même lui nuire: les conservate­urs ne peuvent faire plus piètre figure. M. Coderre voudrait-il jouer un rôle semblable à celui du maire de Québec que la population ne le suivrait pas.

Depuis qu’il est passé du fédéral au municipal, Denis Coderre s’est enfin bien gardé d’incliner vers un parti ou un autre, fédéral ou provincial. Le paysage politique montréalai­s est trop différent de celui de Québec. Il n’y a pas de mystère là-dedans.

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