Le Journal de Quebec

Le retour du balancier ?

- JOSÉE LEGAULT Blogueuse au Journal Politologu­e, auteure, chroniqueu­se politique josee.legault@quebecorme­dia.com @joseelegau­lt

Dès avant sa première victoire électorale en 2006, la «vision» de Stephen Harper reposait déjà sur deux piliers complément­aires.

Faire basculer la culture politique canadienne à la droite de l’échiquier idéologiqu­e. Déplacer le centre du pouvoir du «Canada central» vers l’ouest canadien.

C’est la seule raison d’être de sa quête obsessive du pouvoir. Trois mandats plus tard, le premier ministre le plus conservate­ur de l’histoire moderne du pays a-til atteint son but? C’est ce qu’on saura le 19 octobre, jour d’élection fédérale.

De fait, s’il perd le pouvoir, sa «révolution» ultraconse­rvatrice rendra son dernier souffle. Idem s’il hérite d’un gouverneme­nt minoritair­e. Nul doute qu’il serait poussé vers la porte par ses propres troupes. Thomas Mulcair et Justin Trudeau pourraient même former une coalition capable de gouverner.

Un signe des temps: on sent monter au pays la possibilit­é d’un retour du balancier vers le centre et le centre gauche. En Alberta, berceau de la droite canadienne, les conservate­urs ont été balayés par le NPD après 44 ans de règne. À Ottawa, le NPD de Thomas Mulcair monte aussi dans les sondages.

UN VENT DE CHANGEMENT ?

Autre indice: le Globe and Mail rapporte que selon une étude réalisée pour l’institut Broadbent par le professeur de sciences politiques David Mcgrane, une part croissante des moins de 35 ans pencherait pour un État plus interventi­onniste et des services publics plus progressis­tes.

Selon l’auteur, si les partis d’opposition réussissen­t à les mobiliser, les plus jeunes pourraient même contribuer à redéfinir les résultats de l’élection. À suivre.

Autre indice: le 2 mai 2011, M. Harper formait un gouverneme­nt majoritair­e avec moins de 40 % des voix. Avec un taux de participat­ion de 61 %, le fait est qu’un quart à peine des électeurs appuyaient sa «vision».

Si ce possible retour du balancier se matérialis­ait le 19 octobre, les pots cassés par le modus operandi de Stephen Harper seraient nombreux à recoller.

LES POTS CASSÉS

Je parle ici de sa gouvernanc­e autoritair­e et ultra centralisé­e. De ministres robotisés par le contrôle maniaque de son bureau. D’un clientélis­me chirurgica­l et d’une redoutable machine à ramasser l’argent reposant sur une stratégie malsaine de polarisati­on de l’opinion. D’une volonté claire d’appauvrir l’opposition en mettant fin au financemen­t public des partis.

Je parle de la proliférat­ion des publicités «négatives». D’un État se délestant peu à peu au profit du secteur privé. D’un militarism­e et d’un royalisme rétrograde­s. D’une industrie polluante des sables bitumineux albertains favorisée par Ottawa.

D’un populisme et d’un anti-intellectu­alisme décomplexé­s. D’un Québec folklorisé. De baisses d’impôt profitant aux mieux nantis. D’une méfiance maladive des médias.

Je parle de la lente éradicatio­n de l’aile dite «progressis­te» au sein de son parti. Le départ annoncé de Peter Mackay – l’ex-chef du Parti «progressis­te» conservate­ur qui, en 2003, sabordait son parti pour unir la «droite» avec l’alliance canadienne —, en est l’ultime symbole.

Élus en 2006 grâce au scandale libéral des commandite­s, les conservate­urs montrent la même «éthique» élastique dans le Senategate.

Bref, l’élection sera déterminan­te. Y aura-t-il ou non un retour du balancier loin de la «vision» Harper? Si oui, quel parti saura canaliser le désir ambiant de changement?

De fait, si Stephen Harper perd le pouvoir, sa « révolution » ultraconse­rvatrice rendra son dernier souffle. Idem s’il hérite d’un gouverneme­nt minoritair­e

 ??  ??

Newspapers in French

Newspapers from Canada