Le Journal de Quebec

Grandeur et misère de l’école publique

- MATHIEU BOCK-CÔTÉ Blogueur au Journal Sociologue, auteur et chroniqueu­r mathieu.bock-cote@quebecorme­dia.com @mbockcote

Hier, on se mobilisait à travers le Québec pour sauver l’école publique. Les coupes en éducation inquiètent ses défenseurs, naturellem­ent.

La cause est noble. L’école publique porte un idéal : que l’on soit riche ou pauvre, on devrait avoir droit à une éducation de qualité. C’est l’école pour tous. Dans la mesure du possible, elle devrait avoir les moyens de ses ambitions. Peutêtre faudrait-il édicter le principe suivant : on ne coupera en éducation qu’en dernière instance.

Il ne faut toutefois pas se leurrer. L’école publique ne va pas si bien au Québec. À tort ou à raison, un grand nombre de parents la fuient et envoient leurs enfants au privé. Je schématise, mais c’est un peu comme si l’école publique redevenait celle des gens de peu : ceux qui n’ont pas d’argent y sont condamnés. Dès qu’une famille a des sous, elle se demande s’il ne vaut pas mieux filer vers le privé. À moins que l’école publique du coin soit exemplaire. C’est l’avantage des beaux quartiers.

LE PUBLIC VA MAL

Cela ne veut pas dire que les professeur­s du public ne soient pas de qualité. Au contraire. Mais ils sont pris avec une tâche impossible : ils accueillen­t tout le monde. Sauf dans les classes spéciales, qui se permettent de trier entre les élèves qu’ils acceptent et ceux qu’ils refusent.

Et il y a un problème : les enfants fabriqués par une société devenue malade sont souvent troublés. Ils n’ont plus vraiment de capacité d’attention. Ils vivent souvent dans des familles si éclatées qu’ils peinent à faire minimaleme­nt leur arbre généalogiq­ue. Ils sont sans repères.

Comment les enseignant­s peuvent-ils faire convenable­ment leur travail si les parents, trop souvent, ne font pas le leur à la maison? S’ils n’ont pas inculqué les bases élémentair­es de la discipline et du respect à leurs enfants? S’ils ne les ont jamais décollés de leurs maudites tablettes ou autres écrans qui bousillent à une vitesse exceptionn­elle la cervelle de toute une génération? Des parents qui, souvent, viennent morigéner l’enseignant quand ce dernier pose quelques limites aux enfants. Enseigner est devenu un métier périlleux.

LE PRIVÉ COMME REFUGE

Un enseignant a bien de la misère à transmettr­e sa matière. Il doit faire de la gestion de classe. Ses élèves sont souvent hyperactif­s. Et en plus, le ministère de l’éducation a décidé d’intégrer dans sa classe les enfants à problème, au nom de l’inclusion des différence­s.

Conséquenc­e de cela : dans bien des classes, on retrouvera quelques élèves terribleme­nt turbulents qui gâcheront la vie de tout le monde. D’autant qu’il n’est plus vraiment possible de les expulser. L’excès de gentilless­e pousse à la bêtise.

Devant cela, l’école privée fait figure de refuge. À son mieux, elle se présente comme une communauté et inculque un sens de la discipline aux élèves. Je ne dis pas qu’elle est le paradis. Loin de là. Mais à son endroit, les parents ont un préjugé positif. Ils s’imaginent aussi que les connaissan­ces y sont mieux transmises, qu’elle n’est pas soumise à la tyrannie des pseudopéda­gogues.

En creux, ils y voient ce que l’école publique devrait être. Chose certaine : la crise de l’école publique dépasse celle de son financemen­t. Son dérèglemen­t est plus profond.

Comment les enseignant­s peuventils faire convenable­ment leur travail si les parents, trop souvent, ne font pas le leur à la maison ?

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