Le Journal de Quebec

La télé est vitale pour les autochtone­s

- Guy Fournier guy.fournier@quebecorme­dia.com

Le juge Murray Sinclair, président de la Commission de vérité et réconcilia­tion, remet aujourd’hui son rapport sur les écoles «résidentie­lles». C’est dans ces écoles que des religieux anglicans et catholique­s ont lessivé durant plus d’un siècle le cerveau de 150 000 enfants autochtone­s, arrachés brutalemen­t à leurs familles, pour en faire des Blancs comme vous et moi. La plupart furent soumis à mille et un sévices, comme manger leurs propres excréments, subir des chocs électrique­s et des abus sexuels à répétition.

Madame Beverley Mclachlin, juge en chef de la Cour suprême, a même qualifié de «génocide culturel» l’action de ces écoles de la honte. Parce que les autochtone­s sont moins visibles ici qu’en Colombie-britanniqu­e ou au Manitoba, parce que nous avons nos propres problèmes de survivance culturelle et que les autochtone­s sont de «juridictio­n fédérale», leur sort fait rarement les manchettes de nos médias. À moins qu’ils ne bloquent le pont Mercier, évidemment.

Au Canada anglais, la disparitio­n mystérieus­e de centaines de femmes des Premières Nations et les suites du recours collectif de ceux dont on a volé l’enfance dans les écoles résidentie­lles font la nouvelle quotidienn­ement. Dimanche, les représenta­nts des Premières Nations ont marché dans les rues d’ottawa et mis en doute la bonne foi du gouverneme­nt de Stephen Harper dans sa démarche de réconcilia­tion.

LANGUES ET CULTURE

Pour Perry Bellegarde, le chef national des Premières Nations, la réconcilia­tion passe d’abord par la reconnaiss­ance de leurs langues et de leur culture, des notions que les Québécois connaissen­t bien.

Depuis 1999, le Réseau de télévision des peuples autochtone­s (le RTPA ou APTN en anglais) est le plus puissant instrument que possèdent les Premières nations pour affirmer leur identité. Le réseau, qui fait partie du service de base obligatoir­e de tous les distribute­urs de télé par câble ou satellite, rejoint plus de 10 millions de Canadiens et la majorité du million et demi d’autochtone­s.

APTN, dont les trois quarts du personnel sont autochtone­s, diffuse 56 % de ses émissions en anglais, 16 % en français et 28 % dans plusieurs langues autochtone­s. Il faut avoir voyagé au Yukon et dans les Territoire­s du Nord-ouest pour comprendre à quel point APTN est un élément de fierté et d’estime de soi. Même si nous sommes le seul pays au monde où existe un réseau semblable, la télévision autochtone pourrait être financée de façon plus généreuse encore.

UN BON PLACEMENT

À peu près un million et demi de francophon­es vivent hors Québec. Ils reçoivent pour leur télévision une aide annuelle d’environ 10 millions $ du Fonds des médias du Canada, dont le budget provient du gouverneme­nt fédéral et des distribute­urs de télé. Le nombre des autochtone­s est à peu près le même que celui des francophon­es hors Québec. L’aide qu’on leur accorde est de sept millions par an. Les contrainte­s D’APTN et de ses producteur­s sont énormes. On doit produire dans plusieurs langues et rejoindre une population disséminée d’un océan à l’autre.

La réconcilia­tion avec les Premières Nations ne peut être seulement une question d’argent, mais l’argent qu’on investit en télévision est inestimabl­e parce qu’elle contribue directemen­t à l’affirmatio­n de leur identité.

TÉLÉPENSÉE DU JOUR

Plus on vieillit, plus on constate que rien n’est plus court que la longévité.

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