Le Journal de Quebec

Difficile de trouver des travailleu­rs d’ici fiables

Les agriculteu­rs n’en peuvent plus de l’absentéism­e ou des demandes de travail au noir

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Les travailleu­rs québécois sont peu fiables, ont toujours mal quelque part et veulent trop souvent être payés «en dessous de la table», se plaignent les agriculteu­rs quand ils tentent de les embaucher pour l’été.

«J’ai déjà eu trois personnes dans la même voiture qui se sont présentées à la ferme pour travailler sans déclarer leurs revenus. Un sur l’aide sociale, un sur l’assurance-chômage et l’autre sur la CSST», se souvient Guy Pouliot, propriétai­re de la ferme Onésime Pouliot à l’île d’orléans.

La pénurie de main-d’oeuvre locale est particuliè­rement criante dans les emplois saisonnier­s d’ouvriers agricoles liés à la production maraîchère et à l’horticultu­re.

C’est pourquoi les agriculteu­rs sont obligés de se tourner vers la main-d’oeuvre étrangère, malgré les coûts importants et toute la paperasse administra­tive que leur venue engendre.

«On ne le fait pas par plaisir, on préférait 100 fois donner la job à des Québécois, mais on n’est pas capable de trouver des gens fiables, des gens qui vont rester», insiste Pascal Forest, vice-président de la Fédération québécoise des producteur­s de fruits et légumes de transforma­tion et agriculteu­r à Saint-Jacques-de-montcalm, dans Lanaudière.

Semer, désherber ou récolter sont des tâches difficiles physiqueme­nt en plus d’être effectuées pendant de longues heures et souvent à la chaleur et au soleil. Les travailleu­rs locaux qui ont envie de faire ce genre de métier sont rares.

TROP DUR

«J’en ai vu plusieurs arriver à 7 h le matin, puis repartir à 9 h 30 parce que c’était trop dur. Je sais que c’est difficile comme travail, mais la job doit se faire quand même. J’ai des clients qui attendent, je ne peux pas me retrouver sans travailleu­rs», insiste Alexandre Bastien, de Gazon Bastien à Terrebonne.

Le taux de chômage étant assez bas – 7 % au Québec –, les bons travailleu­rs ont tendance à choisir un emploi moins exigeant.

Les agriculteu­rs se retrouvent donc régulièrem­ent devant des employés qui sont là par obligation ou qui ont des problèmes personnels (consommati­on d’alcool ou de drogues, entre autres), les empêchant de se trouver du travail ailleurs.

«Au lendemain de la paie, j’avais des gens qui rentraient saouls le vendredi matin ou qui fumaient du pot dans le champ. Aucun employeur ne tolérerait ce genre de comporteme­nt. La saison dure cinq mois, je ne peux pas me rattraper plus tard, on ne peut pas développer nos entreprise­s avec des gens comme ça», laisse tomber René Riopel de la ferme les Frères Riopel dans Lanaudière.

«La dernière année que j’ai fait affaire avec des Québécois, je ne sais plus le nombre de grands-mères qui sont mortes durant l’été. C’était toujours les mêmes défaites pour ne pas travailler», ajoute Pascal Forest.

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Guy Pouliot, propriétai­re de la ferme Onésime Pouliot à l’île d’orléans.

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