Le Journal de Quebec

HARRY POTTER... sans J.K. Rowling

- ÉLIZABETH MÉNARD

Il y a longtemps que les fans d’harry Potter espéraient du nouveau matériel à se mettre sous la dent. Harry Potter et l’enfant maudit n’est toutefois pas le sauveur annoncé. Ce scénario d’une pièce de théâtre inspirée de l’univers créé par J.K. Rowling, présenté comme le huitième tome de la saga, laissera les amoureux du jeune magicien sur leur faim.

Disons-le d’entrée de jeu, Harry Potter et l’enfant maudit n’est pas un huitième tome, quoi qu’en dise la maison d’édition qui est allée jusqu’à écrire «La huitième histoire, 19 ans plus tard» sur la quatrième de couverture. Il s’agit du scénario d’une pièce de théâtre qui fait présenteme­nt un tabac à Londres, écrite par Jack Thorne, d’après une idée de J.K. Rowling.

L’histoire débute là où s’est terminé le septième et ultime roman de Rowling: à la gare 9 3/4, 19 ans après la Bataille de Poudlard qui a mené à la chute de Voldemort.

Harry Potter accompagne son plus jeune fils, Albus Severus Potter, alors qu’il s’apprête à monter à bord du Poudlard Express pour sa première année à l’école des sorciers.

La relation entre le père et le fils est tendue. Albus souffre de vivre dans l’ombre de son héros de père. Rapidement, il se lie d’amitié avec Scorpius Malefoy, fils de Drago Malefoy, tout aussi célèbre que Potter, pour des raisons moins glorieuses. Les deux garçons ont bien des points en commun, mais une rumeur voulant que Scorpius soit en fait le fils du Seigneur des Ténèbres tracasse Harry.

RETOUR DANS LE TEMPS

Un soir d’été, Albus surprend une conversati­on entre son père et Amos Diggory, père de Cédric Diggory, décédé de la main de Voldemort lors du Tournoi des trois sorciers (tome IV). Le vieil homme, qui a eu vent que Potter aurait mis la main sur un Retourneur de temps, le supplie de retourner en arrière pour sauver son fils. Harry refuse catégoriqu­ement, bien au courant des conséquenc­es que peut entraîner un retour dans le temps.

Albus, toutefois, pour une raison qu’on s’explique mal, devient obsédé par cette idée de sauver Diggory et ses tentatives provoquero­nt, on s’en doute, un chaos inimaginab­le.

Parallèlem­ent, la cicatrice de Harry recommence à lui faire mal et ses rêves où Voldemort lui parle en Fourchelan­g ne laissent rien présager de bon.

Le livre prend donc la forme d’un scénario plutôt que celle d’un roman.

Et c’est d’abord là que le bât blesse. Les didascalie­s ne suffisent pas à faire passer l’émotion, sauf en de rares moments. On ne comprend pas toujours les motivation­s des personnage­s et on peine à s’attacher à eux.

ABSENCE REMARQUÉE

La plume délicieuse­ment pincesans-rire de J.K. Rowling brille par son absence. Les descriptio­ns détaillées de ce monde créé de toutes pièces, parsemées de clins d’oeil et de sourires en coin, qui ont fait de cette épopée héroïque un succès planétaire, manquent cruellemen­t.

L’auteur a su récupérer les thèmes de prédilecti­on de Rowling: le courage, l’amitié, l’amour et surtout les choix déchirants que l’un doit faire pour que le bien commun prévale. La finale crève-coeur ne laissera personne indifféren­t.

Mais le tout déborde de bons sentiments, au point où c’est agaçant.

La lecture de Harry Potter et l’enfant maudit nous laisse une impression aigre-douce en bouche. L’immense joie de retrouver les trois amis qui ont peuplé nos nuits blanches d’adolescenc­e n’est pas assez grande pour pallier l’absence de la plume magique qui leur a donné vie.

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