En quête de sens

Le Journal de Quebec - - ACTUALITÉS - JO­SÉE LE­GAULT jo­see.le­gault @que­be­cor­me­dia.com

La cam­pagne élec­to­rale actuelle est le par­fait re­flet d’une so­cié­té en quête de sens. Fi­ni les grands pro­jets. La ques­tion na­tio­nale crou­pit dans l’in­dif­fé­rence. Le fé­dé­ra­lisme et le centre droit triomphent. Tout par­ti­cu­liè­re­ment chez les 18-34 ans.

Le sou­ve­rai­nisme n’est plus qu’un loin­tain sou­ve­nir. Pas éton­nant. Une gé­né­ra­tion en­tière a gran­di dans un vide post-ré­fé­ren­daire si­dé­ral. Un grand trou noir créé par le si­lence com­bi­né du PLQ et du PQ sur la ques­tion na­tio­nale.

Se pro­je­ter dans l’ave­nir, col­lec­ti­ve­ment, est de­ve­nu rin­gard. L’in­di­vi­dua­lisme règne. Idem pour l’ob­ses­sion du dé­fi­cit zé­ro. De­puis deux dé­cen­nies, la po­li­tique comp­table a rem­pla­cé les dé­bats d’idées. On ne cherche plus des gou­ver­nants. On veut des ges­tion­naires.

L’his­toire et la culture ne sont d’in­té­rêt que lors­qu’elles ne sont pas celles du Québec. Même la langue fran­çaise peut re­cu­ler en paix. L’im­por­tant est d’être full bi­lingue.

PARQUER LE MONDE

Le gou­ver­ne­ment « parque » les vieux et les han­di­ca­pés sans se sou­cier de leur qua­li­té de vie. Et l’en­vi­ron­ne­ment ? Les pauvres mi­nistres qui en ont la charge sont ré­duits par leur pre­mier mi­nistre au rang peu en­viable de plantes vertes.

L’école ? Si­lence ra­dio sur la vam­pi­ri­sa­tion du sys­tème pu­blic par le pri­vé gras­se­ment sub­ven­tion­né. Ce der­nier pro­fite trop bien aux élites et à la classe moyenne dite su­pé­rieure — un beau bassin de votes. Le Con­seil su­pé­rieur de l’édu­ca­tion sonne pour­tant l’alarme : notre sys­tème sco­laire est de­ve­nu le plus in­éga­li­taire au Ca­na­da. Mais qui veut l’en­tendre ?

Les mil­liards, NOS mil­liards, pleuvent néan­moins en pro­messes. Les par­tis rivalisent de mi­cro­me­sures des­ti­nées à un élec­to­rat sau­cis­son­né comme au­tant de clien­tèles en at­tente des spé­ciaux de la se­maine chez Cost­co.

Plu­sieurs de ces pro­po­si­tions sont certes avan­cées de bonne foi.

La plu­part des can­di­dats à l’élec­tion ont le coeur à la bonne place. Après tout, qui peut être contre des lunchs four­nis à l’école ou des lunettes payées en par­tie par l’état ? Pour bien des fa­milles, ces pro­blèmes sont réels. N’em­pêche que ce qu’on nous sert re­lève plus de la ges­tion que de la gou­verne.

LES VRAIS CYNIQUES

Le plus gê­nant est ce­ci. Au pou­voir de­puis 15 ans presque sans ar­rêt, le gou­ver­ne­ment de l’aus­té­ri­té, crai­gnant de perdre l’élec­tion, fait main­te­nant sem­blant de s’intéresser à l’édu­ca­tion et la san­té. Et après, on di­ra des ci­toyens que ce sont eux, les cyniques…

D’où l’élé­ment le plus bi­zar­roïde de la cam­pagne : un par­ti po­li­tique osant de­man­der l’in­con­ce­vable aux Qué­bé­cois. Soit un cin­quième man­dat au pou­voir en l’es­pace de 15 ans. Rien de moins. Maurice Du­ples­sis, sor­tez de ce corps.

Le dan­ger qu’une telle pers­pec­tive pose à la dé­mo­cra­tie qué­bé­coise est pour­tant évident. Pour n’im­porte quel par­ti, c’est beau­coup trop de pou­voir pen­dant beau­coup trop long­temps.

D’où le vent de « chan­ge­ment ». Mais quel chan­ge­ment ? C’est ce qu’on sau­ra après le 1er oc­tobre. Pour la suite, mal­gré l’état cou­rant des lieux, l’es­poir d’éven­tuels jours meilleurs pour le Québec reste néan­moins en­tier. Il le faut bien. Il en va de la pé­ren­ni­té de la seule nation que nous avons vrai­ment.

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