Vive les hommes blancs de 55 ans !

Le Journal de Quebec - - OPINIONS - CA­THE­RINE DO­RION,

Mathieu Bock-cô­té lais­sait en­tendre hier que je veux en fi­nir avec les hommes blancs de 55 ans. Ben oui chose. J’ob­sède là-des­sus jour après jour. (C’est de l’iro­nie.)

Je di­sais à RDI la se­maine pas­sée que, dans l’idée de QS, les gens qui écri­ront la Cons­ti­tu­tion d’un Québec in­dé­pen­dant de­vront res­sem­bler au peuple pour qui cette loi se­ra écrite. Pas comme ceux qui ont écrit la loi consti­tu­tion­nelle de 1867,« une gang de mon­sieurs de 55 ans », comme je di­sais à la télé. Au­cune femme, à peu près pas de jeunes, per­sonne des classes plus mo­destes, au­cun Au­toch­tone, et une mi­no­ri­té de canadiens-fran­çais alors que nous re­pré­sen­tions une très grosse pro­por­tion des ha­bi­tants du Ca­na­da à cette époque. Il faut re­gar­der Le temps des bouf­fons, de Fa­lar­deau, pour avoir une idée de la crowd…

Mais MBC fait la victime et crie au loup : elle veut en fi­nir avec nous ! S’au­to­pro­cla­mant porte-pa­role des hommes blancs de 55 ans, MBC an­goisse à l’idée que ce groupe perde sa sur re­pré­sen­ta­ti­vi­té par rap­port aux autres dans les lieux de dé­ci­sion.

Ça me fait pen­ser à l’époque où les an­glos-qué­bé­cois des an­nées 70 criaient au scan­dale et/ou es­sayaient de faire pi­tié parce qu’on al­lait pas­ser la loi 101. Alors qu’on vou­lait juste que le fran­çais puisse oc­cu­per dans l’es­pace pu­blic la place qui était vé­ri­ta­ble­ment la sienne dans la réa­li­té de la vie qué­bé­coise. Com­bien de fois des an­glo­phones ont-ils « aver­ti » leur com­mu­nau­té que Re­né Lé­vesque vou­lait les faire dis­pa­raître de la carte du Québec ? Alors que c’était pas ça pan­toute. La preuve, ils sont tou­jours là et ils se portent bien.

J’ai dit à RDI un fait très ba­nal. Comme MBC le dit sou­vent : C’est quoi, on ne peut plus rien dire ? Ça va faire, le dis­cours vic­ti­maire. Ça va faire, la hargne et le res­sen­ti­ment toxique. Est-ce qu’on pour­rait ar­rê­ter de se lan­cer de la bouette les uns les autres ? Bor­del, j’étais en train de par­ler à la télé d’un pro­jet de pays pour les Qué­bé­cois dans lequel notre culture pour­rait se dé­ployer et s’ex­pri­mer po­li­ti­que­ment. Est-ce qu’on peut créer des liens entre nous, tels que nous sommes, Qué­bé­cois des di­verses gé­né­ra­tions, ré­gions du Québec, sexes, ori­gines ? Parce que c’est pré­ci­sé­ment ça, la culture. Ce sont les liens entre nous.

Fait que vive les hommes blancs de 55 ans, les femmes au­toch­tones de 25 ans, les filles de Baie-co­meau, les Qué­bé­cois d’ori­gine sal­va­do­rienne, les ados de Char­les­bourg, le monde de Mon­tréal-nord, les pauvres du quar­tier Saint-roch, bref, vive le Québec d’au­jourd’hui. Ce Québec-là, tel qu’il est, je le sou­haite libre, plus que ja­mais, et le plus lar­ge­ment pos­sible.

Il est temps d’ar­rê­ter de chia­ler, de mettre les mains à la pâte et de créer un pays qui nous res­semble.

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