Le fon­da­teur pige dans la caisse pour un condo à Mia­mi

Ber­nard Pou­lin soup­çon­né d’avoir sor­ti près de 900 000 $ de l’en­tre­prise en dif­fi­cul­té

Le Journal de Quebec - - ARGENT - SYLVAIN LAROCQUE

Dé­jà ac­cu­sé de fraude, l’homme d’af­faires mont­réa­lais Ber­nard Pou­lin est soup­çon­né d’avoir re­ti­ré près de 900000 $ de son en­tre­prise, le Groupe SM In­ter­na­tio­nal (SMI), entre autres pour se louer un condo à Mia­mi. La firme lutte main­te­nant pour sa sur­vie.

« Il y a des élé­ments de preuve clairs in­di­quant que Pou­lin a re­çu des paie­ments [de SMI] to­ta­li­sant près de 900 000 $ au cours des six der­niers mois, alors que le groupe était en sé­rieuses dif­fi­cul­tés fi­nan­cières », peut-on lire dans un do­cu­ment dé­po­sé la se­maine der­nière en Cour su­pé­rieure par les prê­teurs Ala­ris Royal­ty et IPBF.

« Ces paie­ments ont été faits à Pou­lin en plus de son sa­laire et sont liés à des dé­penses im­payées de 2017 et de 2018, y com­pris la lo­ca­tion d’un condo à Mia­mi », ajoutent les deux créan­ciers, à qui SMI doit 120 M$. Cer­tains paie­ments pro­ve­naient car­ré­ment d’un compte gar­dé se­cret.

Si ces al­lé­ga­tions sont vraies, Ber­nard Pou­lin a tou­ché un sa­laire de SMI, même s’il ne fai­sait plus par­tie de la di­rec­tion de l’en­tre­prise de­puis l’au­tomne der­nier. L’au­to­ri­té des mar­chés fi­nan­ciers (AMF) se penche sur SMI de­puis l’ar­res­ta­tion de Pou­lin, en sep­tembre 2017.

RÉ­OR­GA­NI­SA­TION

SMI « a ré­or­ga­ni­sé sa struc­ture de prise de dé­ci­sions à la de­mande de L’AMF afin d’ob­te­nir l’ac­cré­di­ta­tion pour ob­te­nir des contrats pu­blics pen­dant trois ans. Entre autres choses, Ber­nard Pou­lin, fon­da­teur du groupe, a été re­ti­ré de la di­rec­tion », dit l’en­tre­prise dans un do­cu­ment ju­ri­dique.

« Ce dos­sier est tou­jours en analyse », in­dique Sylvain Thé­berge de L’AMF.

Entre-temps, SMI est tou­jours à l’oeuvre sur des chan­tiers pu­blics. L’en­tre­prise est ac­tuel­le­ment res­pon­sable du contrôle des ma­té­riaux pour les nou­veaux pad­docks du cir­cuit Gilles-villeneuve et de la sur­veillance de tra­vaux de voi­rie à Québec.

« La Ville sur­veille­ra de près l’exé­cu­tion des contrats afin de s’as­su­rer que l’entre- prise res­pecte ses obli­ga­tions », fait sa­voir Da­vid O’brien de la Ville de Québec.

PERTES DE 100 M$

À l’oeuvre chez SMI de­puis l’an der­nier, De­loitte es­time que les fi­nances de la firme sont en désordre de­puis au moins trois ans. Le ca­bi­net a vu des « pro­blèmes sé­rieux » quant au res­pect de cer­taines normes comp­tables. Ré­sul­tat : SMI n’a pas dé­po­sé d’états fi­nan­ciers vé­ri­fiés de­puis 2015.

Se­lon De­loitte, SMI a per­du plus de 100 M$ de­puis le dé­but de 2015, soit l’équi­valent de ses re­ve­nus an­nuels. Sont en cause « cer­tains contrats gé­né­rant des pertes en rai­son de bas ta­rifs né­go­ciés, de budgets non res­pec­tés et de la faible pro­duc­ti­vi­té de cer­tains em­ployés », énu­mère-t-on.

La dé­con­fi­ture de SMI a de quoi in­quié­ter ses sa­la­riés, puisque des li­cen­cie­ments se pro­filent main­te­nant que l’en­tre­prise s’est pla­cée sous la pro­tec­tion de ses créan­ciers.

En vente de­puis jan­vier, SMI n’a pour l’ins­tant re­çu qu’une seule offre d’achat, pré­sen­tée par la firme mon­tréa­laise In­ves­tis­se­ments Thorn­hill, contrô­lée par Fran­çois Gau­dreau.

PHO­TO D’AR­CHIVES, AGENCE QMI

L’homme d’af­faires Ber­nard Pou­lin, qui n’est plus à la di­rec­tion de Groupe SM In­ter­na­tio­nal de­puis son ar­res­ta­tion, à l’au­tomne der­nier, au­rait tou­ché un sa­laire de la part de l’en­tre­prise qui éprouve de sé­rieuses dif­fi­cul­tés fi­nan­cières.

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