Des ci­toyens de se­conde zone ? ? ?

Le Journal de Quebec - - ACTUALITÉS -

Le débat des chefs en an­glais de lun­di n’au­rait ja­mais dû avoir lieu. Sa simple te­nue in­va­li­dait le prin­cipe qui veut que le fran­çais soit notre langue com­mune.

Nous pen­sions de­ve­nir un pays fran­çais. Nous re­de­ve­nons plu­tôt une pro­vince bi­lingue.

DÉBAT

Mais je l’ai quand même écou­té pour voir com­ment les chefs s’adres­saient à la com­mu­nau­té an­glo­phone. Ils avaient l’air d’un qua­tuor de co­lo­ni­sés sor­tant leur an­glais du di­manche, ou alors s’ex­cu­sant de ba­ra­goui­ner la langue des do­mi­nants.

Le moment fort de la soi­rée, ce­la a été quand Phi­lippe Couillard s’est pi­teu­se­ment re­pen­ti d’avoir vo­té la mo­tion condam­nant le bon­jour-hi à l’as­sem­blée na­tio­nale, comme s’il s’ex­cu­sait à ses maîtres et ju­rait qu’il ne les dé­fie­rait plus. C’est dans un moment comme ce­lui-là qu’on com­prend à qui obéit le PLQ.

Mais là où la coupe a dé­bor­dé, c’est quand une des deux ani­ma­trices, avec des tré­mo­los dans la voix, a pré­sen­té les An­glos comme des ci­toyens de se­conde zone au Qué­bec. Quoi ?! Il y a des li­mites à rire du monde.

Les An­glos, hier en­core, do­mi­naient le Qué­bec à la ma­nière d’une mi­no­ri­té co­lo­niale convain­cue de la lé­gi­ti­mi­té de ses pri­vi­lèges.

Et s’ils ont dû s’adap­ter à la loi 101, c’est sim­ple­ment parce qu’ils de­vaient te­nir compte d’un nou­veau rap­port de force com­man­dé par le na­tio­na­lisme de la Ré­vo­lu­tion tran­quille, au­cu­ne­ment parce qu’ils ac­cep­taient d’évo­luer dans une so­cié­té fon­da­men­ta­le­ment fran­co­phone.

Re­di­sons-le : ja­mais les droits des an­glo­phones n’ont été me­na­cés, et ils conservent de nom­breux pri­vi­lèges. Qu’on pense seule­ment à leurs ins­ti­tu­tions sur­fi­nan­cées par l’état qué­bé­cois. Plus en­core, ils de­meurent la ma­jo­ri­té po­li­tique à tra­vers leur ap­par­te­nance au Ca­na­da an­glais, qui contrôle le gou­ver­ne­ment fé­dé­ral.

D’ailleurs, main­te­nant que l’in­dé­pen­dance est re­por­tée à une date in­dé­fi­nie, leurs an­ciens ré­flexes se ré­ac­tivent et ils cherchent à res­tau­rer leurs pri­vi­lèges. Pa­ra­doxa­le­ment, ils le font en se pré­sen­tant comme une mi­no­ri­té per­sé­cu­tée !

Ce débat en an­glais n’était pas un grand moment dé­mo­cra­tique, mais l’ex­pres­sion d’un rap­port de force à l’avan­tage des an­glo­phones les plus ra­di­caux qui ac­ceptent de moins en moins la pri­mau­té du fran­çais et veulent remettre le fran­çais et l’an­glais sur le même pied.

En fait, il faut bien le dire, ce sont les Qué­bé­cois fran­co­phones qui de­viennent peu à peu étran­gers dans leur propre pays. Nous de­vons tou­jours nous jus­ti­fier d’exis­ter. On pré­sente comme une pen­sée in­dé­cente le simple fait de vou­loir as­su­rer le poids dé­mo­gra­phique de la ma­jo­ri­té fran­co­phone.

On laisse croire que la maî­trise mi­ni­male des flux mi­gra­toires re­lève de l’in­to­lé­rance. « Ra­cisme sys­té­mique », « dis­cri­mi­na­tion », « in­to­lé­rance » : ces mots servent à faire notre pro­cès.

Vou­loir que le Qué­bec reste le Qué­bec, c’est-à-dire un pays de langue fran­çaise et de cul­ture qué­bé­coise, semble mo­ra­le­ment ir­re­ce­vable et po­li­ti­que­ment ré­ac­tion­naire.

IN­TO­LÉ­RANCE

Nous, Qué­bé­cois fran­co­phones, n’avons pas de pays, nous sommes trai­tés comme une po­pu­la­tion ré­si­duelle dans le Ca­na­da mul­ti­cul­tu­ra­liste et lorsque nous pro­tes­tons contre ce­la, on nous ac­cuse de su­pré­ma­cisme eth­nique.

Et pour­tant, on par­vient à nous faire croire que nous sommes un groupe in­to­lé­rant à domp­ter. C’est fort de ca­fé.

Ce débat n’au­rait pas dû avoir lieu.

ma­thieu.bock-cote @que­be­cor­me­dia.com MA­THIEU BOCK-CÔ­TÉ

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