Quand Do­nald Trump s’écrase de­vant les princes saou­diens

Le Journal de Quebec - - MONDE - PIERRE MAR­TIN @Pmar­tin_u­dem

Dans l’af­faire de la dis­pa­ri­tion du jour­na­liste Ja­mal Khashoggi, la réac­tion du pré­sident Trump en dit long sur ses liens avec les princes saou­diens et son ap­proche de la po­li­tique étran­gère.

Le 2 oc­tobre der­nier, le jour­na­liste du Wa­shing­ton Post ori­gi­naire d’ara­bie saou­dite est en­tré dans le con­su­lat saou­dien à Is­tan­bul. Il n’en est ja­mais res­sor­ti.

Tous les faits connus dans cette af­faire portent à croire que Khashoggi a été bru­ta­le­ment exé­cu­té par une quin­zaine d’agents saou­diens qui ont fait l’al­ler-re­tour de Riyad sous cou­vert di­plo­ma­tique, y com­pris un mé­de­cin lé­giste proche de la fa­mille royale, spé­cia­liste du dé­pe­çage des ca­davres.

« MBS » IM­PLI­QUÉ

Se­lon toute vrai­sem­blance, l’at­ten­tat a été com­man­dé par le prince Mo­ham­med ben Sal­mane. Force mon­tante du ré­gime, « MBS » jouit d’une ré­pu­ta­tion sur­faite de ré­for­ma­teur et il était ré­gu­liè­re­ment cri­ti­qué par Khashoggi.

Évi­dem­ment, le royaume nie toute im­pli­ca­tion dans cette dis­pa­ri­tion, mais ces dé­men­tis ne convainquent per­sonne, car même le pré­sident Trump a évo­qué à la suite d’une conver­sa­tion avec le roi Sal­mane que Khashoggi se­rait peut-être la vic­time d’un in­ter­ro­ga­toire « vi­gou­reux » qui au­rait mal tour­né… un in­ter­ro­ga­toire avec une scie à dé­cou­per les os.

RÉ­PONSE MOLLE

Ce qui est beau­coup moins vi­gou­reux, c’est la ré­ponse de l’ad­mi­nis­tra­tion Trump à ce qui a tout l’air d’un as­sas­si­nat com­man­dé. Le pré­sident et ses proches semblent prêts à tout pour évi­ter de cri­ti­quer les Saou­diens.

L’in­sis­tance du pré­sident Trump à ac­cré­di­ter les dé­men­tis du roi Sal­mane rap­pelle son ac­cep­ta­tion des dé­men­tis de Vla­di­mir Poutine sur son in­gé­rence élec­to­rale. Comme les pré­su­més agres­seurs sexuels, les di­ri­geants to­ta­li­taires semblent trou­ver grâce à ses yeux s’ils dé­mentent avec vi­gueur les ac­cu­sa­tions por­tées contre eux.

Plus l’af­faire avance, plus il de­vient clair que Trump lais­se­ra le ré­gime saou­dien s’en ti­rer sans consé­quences sé­rieuses.

TOUT S’ACHÈTE

Quand on le ques­tionne sur d’éven­tuelles sanc­tions, Do­nald Trump ré­torque que les ventes d’armes à l’ara­bie saou­dite rap­portent des mil­liards aux États-unis.

Le pro­blème, ce n’est pas qu’il exa­gère sys­té­ma­ti­que­ment ces ventes, mais plu­tôt qu’il soit si ou­ver­te­ment prêt à mon­nayer les va­leurs fon­da­men­tales qui de­vraient gui­der la po­li­tique étran­gère de son pays.

On sa­vait dé­jà que le pré­sident amé­ri­cain se moque des normes in­ter­na­tio­nales. Cette af­faire le rap­pelle de fa­çon spec­ta­cu­laire.

De plus, comme Do­nald Trump et son gendre Ja­red Ku­sh­ner ont fait des sommes co­los­sales en s’abreu­vant à la fon­taine des pé­tro­dol­lars saou­diens, il y a lieu de s’in­ter­ro­ger sur les mo­tifs de leur re­fus de condam­ner le ré­gime saou­dien.

Tout ça me rap­pelle l’his­toire d’un homme qui avait pro­mis un mil­lion de dol­lars à une femme pour cou­cher avec elle. Le soir ve­nu, il lui offre plu­tôt 100 dol­lars. « Je ne suis pas ce genre de femme », s’of­fusque-t-elle. « Je sais quel genre de femme vous êtes », lui ré­pond-il, fai­sant al­lu­sion au plus vieux mé­tier du monde, « je ne fais que né­go­cier le prix ».

Ma­ni­fes­te­ment, le deuxième plus vieux mé­tier du monde n’est pas sans liens avec le pre­mier.

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