Da­vid De­shar­nais sa­voure sa nou­velle vie

Mer­ci à la belle-mère de Max !

Le Journal de Quebec - - LA UNE - RÉ­JEAN TREM­BLAY

BALASHIKHA | Da­vid De­shar­nais trime dur pen­dant les exer­cices. Et il trime tout aus­si dur pen­dant les matchs de l’avan­gard. Il n’est pas en­tiè­re­ment sa­tis­fait de son ren­de­ment, mais il ne se fla­gelle pas sur la place pu­blique. Il se dé­fonce à chaque pré­sence sur la glace et s’il ne score pas aus­si sou­vent qu’il le vou­drait, il ne met ja­mais son équipe dans le pé­trin par de la né­gli­gence.

« Je ne suis pas en­core ca­pable de trou­ver le beat par­fait. Le jeu est très ra­pide dans la KHL, mais il y a moins de tic-tac-tocs, on garde plus long­temps la ron­delle », ex­plique-t-il.

C’est à peu près ce que no­tait son coach Bob Hart­ley la veille.

On a ja­sé un brin dans le ves­tiaire à Balashikha, puis on s’est ins­tal­lés dans la salle à man­ger de l’hô­tel où étaient at­ta­blés les joueurs avant le match.

Ç’a pris un gros quart d’heure avant que De­shar­nais ne se laisse al­ler un peu dans l’en­tre­vue. Il en a même sou­ri.

« C’est ter­rible. On a tel­le­ment été dres­sé à ne pas par­ler, à ne rien dire de com­pro­met­tant qu’on en vient à tou­jours se cen­su­rer », dit-il avec un air un peu gê­né.

Il fai­sait al­lu­sion à ses an­nées avec le Ca­na­dien, où les joueurs ne se sentent pas le droit de dire ce qu’ils pensent.

À Balashikha, De­shar­nais est tel­le­ment bien dans sa peau qu’il re­lâche un peu sa garde. Il ne veut sur­tout pas dé­plaire au Ca­na­dien, mais il ne peut s’em­pê­cher de ré­pé­ter à plu­sieurs re­prises qu’il se donne en­fin le droit de sa­vou­rer sa nou­velle vie, de sa­vou­rer son bon­heur de jouer au ho­ckey et de ne pas être coin­cé dans des si­tua­tions in­te­nables.

MAR­CHÉ D’EX­TRÊMES

Il ré­sume sa vie à Mon­tréal et New York par quelques phrases qui veulent en dire beau­coup.

« Ce sont des mar­chés où les high sont in­croya­ble­ment hauts, mais les down ter­ri­ble­ment bas. Il faut être ca­pable de vivre ces ex­trêmes si on veut ap­pré­cier sa vie avec l’équipe », dit-il.

Toutes ces an­nées, à part quelques belles sai­sons de rêve avec le Ca­na­dien, De­shar­nais les a pas­sées à sur­vivre. De­puis qu’il s’est ins­tal­lé à Mos­cou avec Isa­belle, sa femme, et Vic­tor, son fils de 15 mois, il sa­voure. Il sa­voure le ho­ckey et il sa­voure la vie en Rus­sie.

« On vit dans un édi­fice fa­bu­leux. À quelques sta­tions de mé­tro de la Place Rouge et du Krem­lin. C’est un en­droit ex­tra­or­di­naire avec une épi­ce­rie fine, des gar­de­ries, des gyms, des salles. C’est la belle-mère de Max Pa­cio­ret­ty qui nous a dé­ni­ché ce pa­ra­dis », ra­conte De­shar­nais… en rou­gis­sant presque.

Pa­cio­ret­ty est ma­rié à une an­cienne joueuse de ten­nis russe et sa belle-mère vit tou­jours à Mos­cou. Di­sons que la mis­sion a été bien rem­plie. On va voir ça de­main de toute fa­çon.

ÇA DÉ­PASSE LES AT­TENTES

À l’ori­gine, De­shar­nais avait si­gné un contrat avec le Lo­ko­mo­tiv de Ja­ro­slav. Mais les choses ont mal tour­né.

« J’étais seul. Pen­dant le camp d’en­traî­ne­ment, le coach me fai­sait jouer à l’aile, je n’avais pas as­sez de glace. Le 24 août, on a dis­cu­té avec mon agent. Le Ja­ro­slav a ra­che­té mon contrat et en même temps, Bob Hart­ley a dé­ci­dé de m’at­ti­rer à Om­sk. Les deux équipes se sont en­ten­dues et je me suis re­trou­vé pour deux jours à Om­sk avant de ve­nir m’ins­tal­ler à Mos­cou. De­puis, c’est une autre vie », de ra­con­ter De­shar­nais. Au­tre­ment dit, y a rien de pa­reil ? « Je di­rais pas ça. Oui… et non », ré­pond-il en ré­flé­chis­sant lon­gue­ment.

« Le ho­ckey, c’est pa­reil. Dans le sens qu’on a droit à la rou­tine du ho­ckey. Les matchs, les voyages, les ho­raires, la ca­ma­ra­de­rie. C’est du bon ho­ckey dans une bonne am­biance », dit-il.

Puis, il ajoute : « Pour le reste, c’est bien plus que ce qu’on at­ten­dait. Plus que ce qu’on es­pé­rait. Il y a l’ap­par­te­ment. Et nous avons un chauf­feur à notre dis­po­si­tion. Et puis, on est chanceux. On est à Mos­cou dans les meilleures condi­tions avec une équipe so­lide. Prends avant-hier, Isa­belle souf­frait d’un ongle in­car­né. Na­ta­sha, notre in­ter­prète, l’a ac­com­pa­gnée chez un mé­de­cin. L’opé­ra­tion s’est faite tout de suite. Pas de niai­sage. On est heu­reux, la ville est fa­bu­leuse, les gens sont gen­tils. Je sa­voure vrai­ment le mo­ment pré­sent. C’est pas tou­jours fa­cile à faire dans la vie, mais là, c’est vrai, je sa­voure », dit-il en ho­chant la tête pour ap­puyer ses pro­pos.

ÇA VA VITE

En soi­rée, dans un match un peu désor­ga­ni­sé, Da­vid De­shar­nais a ob­te­nu une passe sur le but vain­queur de l’avan­gard en pro­lon­ga­tion.

En pre­mière pé­riode, une de ses passes, comme celles qu’il fai­sait à Pa­cio­ret­ty avec le Ca­na­dien, a créé une belle chance de mar­quer. Il n’a ja­mais été dans le trouble et a joué du bon ho­ckey.

Il n’y avait qu’en­vi­ron 4000 spec­ta­teurs. Et on a sen­ti dans l’édi­fice qu’on n’a pas en­core eu le temps de dé­co­rer aux cou­leurs de l’avan­gard qu’on avait de­vant soi une équipe en exil.

Ce n’est pas une ques­tion d’at­mo­sphère ou d’am­biance dans le buil­ding, c’est une ques­tion de murs trop nus.

Mais sur la glace, ce n’est pas des af­faires des joueurs. Ni de Bob Hart­ley.

Eux autres, ils ont ga­gné la game.

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