Ils en fument du bon

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« Par­don, mon­sieur, êtes-vous en train d’ou­vrir une suc­cur­sale de la So­cié­té qué­bé­coise du can­na­bis, vous ?

— Oui. — Eh bien, fer­mez-la tout de suite, vous n’avez pas le droit. — Pour­quoi ? — Parce qu’il y a un cé­gep à trois rues d’ici. — Et alors ? — Et alors, le pot c’est pas bon pour le cer­veau des jeunes.

— Mais il y a un gros dé­pan­neur juste de­vant le cé­gep, qui vend de la bière, des ci­ga­rettes, du vin et des bois­sons éner­gi­santes !

— Ah ! ça, c’est pas la même chose…

— Comment ça, c’est pas la même chose ?

— C’est pas aus­si dan­ge­reux pour la san­té.

— Vous riez de moi ? L’agence de san­té pu­blique du Ca­na­da vient tout juste de pu­blier une étude af­fir­mant que les deux sub­stances les plus dan­ge­reuses pour la san­té des Ca­na­diens sont le ta­bac et l’al­cool, les deux pro­duits qui sont jus­te­ment les plus ven­dus dans les dé­pan­neurs, avec les billets de lo­to !

Si on peut vendre ces pro­duits-là de­vant un cé­gep, une gar­de­rie, un centre de dés­in­toxi­ca­tion ou une école se­con­daire, pour­quoi je ne pour­rais pas vendre du pot, qui est un pro­duit lé­gal ?

— On ne veut pas in­ci­ter les jeunes à en consom­mer…

— Et vous pen­sez que si je dé­mé­nage ma suc­cur­sale à cinq rues d’ici, ils vont ar­rê­ter de fu­mer ? Voyons, ils fu­maient du pot quand c’était illé­gal ! Un cé­gep, c’est une fu­me­rie de pot dé­gui­sée en ins­ti­tu­tion d’en­sei­gne­ment !

— Ça ne fait rien, vous n’avez pas le droit…

— Je peux vous po­ser une ques­tion ? — Oui. — Pour­quoi Jus­tin Tru­deau a lé­ga­li­sé le pot ?

— Pour ar­rê­ter le mar­ché noir et en­le­ver de l’ar­gent dans les poches

La CAQ veut in­ter­dire la vente de pot près des cé­geps…

des ban­dits.

— Et s’il n’y a pas de suc­cur­sale de la SQDC près du cé­gep, où les cé­gé­piens vont ache­ter leur pot, vous pen­sez ? — Au parc en face. — Exac­te­ment ! Vous voyez que ça ne tient pas de­bout, votre af­faire !

— Mais les pu­shers du parc, on ne les lais­se­ra pas faire, on va les ar­rê­ter. — Pour­quoi ? — Ben, parce qu’ils vendent du pot, voyons !

— Mais… le pot est un pro­duit lé­gal !

— Quand c’est l’état qui le vend, oui. Quand c’est Ke­vin qui le vend, c’est illé­gal. C’est comme le cru­ci­fix. Quand ça pend au cou d’un juge, c’est un signe re­li­gieux. Quand c’est ac­cro­ché au mur d’un pa­lais de jus­tice, c’est un ob­jet pa­tri­mo­nial.

Même chose pour un poi­gnard. Si tu es ca­tho­lique, tu ne peux pas al­ler à l’école avec un ca­nif. Mais si tu es sikh, tu peux. Parce que ton poi­gnard n’est plus un poi­gnard, mais un signe re­li­gieux. — Je ne com­prends plus rien… — Ve­nez au dé­pan­neur avec moi, on va s’ache­ter une p’tite bière et je vais tout vous ex­pli­quer… »

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