Le « Ma­ga­bom­ber », symp­tôme d’un cli­mat po­li­tique ex­plo­sif

Le Journal de Quebec - - MONDE -

L’af­faire des co­lis ex­plo­sifs des­ti­nés à des op­po­sants de Do­nald Trump sug­gère qu’il y a quelque chose qui cloche sé­rieu­se­ment chez nos amis ri­cains.

On a dé­jà sur­nom­mé le res­pon­sable de ces en­vois le « MA­Ga­bom­ber », en ré­fé­rence au tris­te­ment cé­lèbre « Una­bom­ber » et aux ini­tiales du slo­gan Make Ame­ri­ca Great Again.

Il s’agit sans doute d’un in­di­vi­du iso­lé et dé­ran­gé, mais l’af­faire illustre à quel point le cli­mat po­li­tique amé­ri­cain s’est dé­té­rio­ré à l’ère de Trump.

CHOIX DE CIBLES ÉLOQUENT

Ce qui frappe de prime abord est que les des­ti­na­taires de ces bombes ar­ti­sa­nales étaient un vé­ri­table Who’s Who des en­ne­mis vi­li­pen­dés par Do­nald Trump et dé­non­cés par l’ex­trême droite comme res­pon­sables d’un grand « com­plot glo­ba­liste ».

Évi­dem­ment, on a ci­blé Hilla­ry Clin­ton, que les par­ti­sans de Trump conti­nuent à vou­loir mettre en cage. Les autres per­sonnes vi­sées in­cluent no­tam­ment Ba­rack Oba­ma, que Trump a long­temps ac­cu­sé d’être un pré­sident illé­gi­time, et l’an­cien chef de la CIA, John Bren­nan, fi­gure em­blé­ma­tique du « Deep State ».

On a aus­si vi­sé CNN, que Trump iden­ti­fie quo­ti­dien­ne­ment comme « l’en­ne­mi du peuple » par ex­cel­lence, et George So­ros, le mil­liar­daire juif qui est in­va­ria­ble­ment au coeur de tous les com­plots glo­ba­listes ima­gi­nés par la droite fê­lée.

ÇA SONNE FAUX

Le pré­sident Trump s’est em­pres­sé de dé­non­cer cette sé­rie d’at­ten­tats aus­si spec­ta­cu­laires que ra­tés, en di­sant que « la vio­lence po­li­tique, de quelque na­ture qu’elle soit, n’a pas sa place dans les États-unis d’amé­rique ».

Mal­heu­reu­se­ment, cette dé­non­cia­tion sonne faux. N’était-ce pas Do­nald Trump qui, en 2016, pro­met­tait de rem­bour­ser les frais d’avo­cat de ses par­ti­sans qui ta­bas­se­raient des ma­ni­fes­tants in­op­por­tuns ?

N’est-ce pas lui qui ap­plau­dit quand ses par­ti­sans scandent « Lock Her Up » à l’en­droit d’hilla­ry Clin­ton ou de l’en­ne­mi du jour ? N’est-ce pas lui qui fait échos aux pires per­son­nages de l’his­toire en trai­tant les mé­dias qui ne lui sont pas in­féo­dés d’en­ne­mis du peuple ? N’est-ce pas lui qui fé­li­ci­tait ré­cem­ment le re­pré­sen­tant ré­pu­bli­cain du Mon­ta­na Greg Gian­forte d’avoir bru­ta­le­ment agres­sé un jour­na­liste à la veille de son élec­tion ?

N’est-ce pas Do­nald Trump qui a fait pla­ner des me­naces de vio­lence en cas de vic­toire dé­mo­crate aux élec­tions de mi-man­dat, tout en in­vi­tant d’avance ses mi­li­tants à re­je­ter la lé­gi­ti­mi­té des ré­sul­tats élec­to­raux si ceux-ci lui sont dé­fa­vo­rables ?

CLI­MAT TOXIQUE

Bien sûr, on ne sait pas qui a en­voyé ces en­gins ex­plo­sifs ni pour­quoi. Les ru­meurs les plus sau­gre­nues cir­culent, y com­pris l’in­évi­table théo­rie du com­plot se­lon la­quelle les dé­mo­crates se­raient eux-mêmes res­pon­sables, ou en­core – pour­quoi pas ? – George So­ros.

Les en­quêtes trou­ve­ront peu­têtre le res­pon­sable, qui se­ra pro­ba­ble­ment un plouc sans en­ver­gure. Pour le mo­ment, cet in­ci­dent ré­vèle un cli­mat po­li­tique mal­sain où la vio­lence ou la me­nace de vio­lence n’est ja­mais bien loin.

Il se­rait fa­cile de condam­ner éga­le­ment les deux cô­tés, mais il est clair que la res­pon­sa­bi­li­té de ce cli­mat in­combe sur­tout à l’ac­tuel pré­sident et à la vague de res­sen­ti­ment qui l’a por­té au pou­voir.

PIERRE MAR­TIN @Pmar­tin_u­dem

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