Lise Ravary

Le Journal de Quebec - - ACTUALITÉS - LISE RAVARY Blo­gueuse au Jour­nal Com­mu­ni­ca­trice, jour­na­liste et chro­ni­queuse lise.ravary@que­be­cor­me­dia.com @li­se­ra­va­ry

Pour vous, j’ai vou­lu tes­ter les com­merces de la So­cié­té qué­bé­coise du can­na­bis.

L’oc­ca­sion s’est pré­sen­tée quand un ami – oui, un ami – m’a de­man­dé de lui ache­ter quelques grammes de pot gou­ver­ne­men­tal lors d’une vi­site à Mon­tréal.

(Vous avez l’air cho­qués. C’est lé­gal, non ?)

Lé­gal, oui, mais est-ce mo­ral ? Si je me fie à ma pre­mière ex­pé­rience client à la SQDC, pas aux yeux du gou­ver­ne­ment. L’état s’ima­gine qu’en créant des lieux de vente moches, in­con­for­tables, dé­co­rés dans des tons de beige pu­ni­tion, avec des ac­cents de vert ins­ti­tu­tion­nel, sous des éclai­rages de salles d’in­ter­ro­ga­toires, les gens consom­me­ront moins.

Je m’en fous, le pot ne m’in­té­resse pas. Je n’aime pas les buzz qui brouillent les ondes du cer­veau. Mais je n’aime pas le pu­ri­ta­nisme d’état, in­va­ria­ble­ment hy­po­crite.

SOUS LA PLUIE

Jeu­di, je suis à Mon­tréal pour ma chro­nique chez Ma­rio Du­mont, à QUB Ra­dio. Mais avant, c’est l’ar­rêt à la suc­cur­sale de la SQDC sur le bou­le­vard de l’aca­die. Je suis ar­ri­vée à 14 h 35.

Il pleu­vait. En­vi­ron 70 per­sonnes at­ten­daient de­hors, des hommes âgés de 20 à 30 ans, plu­sieurs d’ori­gine magh­ré­bine. Que fai­saient-ils tous là, en plein après-mi­di, sur se­maine ? Pour­quoi ne sont-ils pas oc­cu­pés à bâ­tir leur vie ?

Est-ce là le mi­roir de l’échec des gar­çons au Qué­bec ?

J’ai aus­si vu deux jeunes filles et une dame âgée, avec une mar­chette, en quête de sou­la­ge­ment. On voyait qu’elle était pauvre. Or, c’est cher à la SQDC. Deux pe­tits conte­nants de fleurs sé­chées et un va­po­ri­sa­teur m’ont coû­té 157,60 $

LA TRAN­SACTION

J’ai at­ten­du 35 mi­nutes sous la pluie froide avant que l’agent de sé­cu­ri­té ne nous fasse en­trer par pe­tits groupes dans « l’an­ti­chambre » du ma­ga­sin. Mi­sère, tout est laid à ar­rê­ter le sang. C’est vou­lu. Un écran passe et re­passe des aver­tis­se­ments san­té et mo­dé­ra­tion. Des dé­pliants sur les comp­toirs vantent la mo­dé­ra­tion.

Pas de fiches re­cettes de brow­nies, ici. Ou le livre de cui­sine au can­na­bis de Jean Sou­lard.

La ma­ri­jua­na est ré­pu­tée pour les fous rires qu’elle dé­clenche, mais un Mar­tien qui dé­bar­que­rait dans une bou­tique de la SQDC se croi­rait au quar­tier gé­né­ral du MICAP, le mou­ve­ment in­ter­na­tio­nal consa­cré à l’abo­li­tion du plai­sir.

Nous avan­çons vers le saint des saints, la salle de vente avec son grand comp­toir et ses pan­neaux ex­pli­ca­tifs. Tiens, per­sonne n’est car­té avant d’y pé­né­trer.

C’est la Com­mis­sion des li­queurs d’au­tre­fois : la mar­chan­dise est ran­gée der­rière le comp­toir, dans des ca­siers. Les em­bal­lages sont neutres. La moi­tié des ta­blettes sont vides.

Le point fort ? Les jeunes ven­deurs al­lu­més qui semblent s’y connaître.

Je suis re­par­tie vers 15 h 40, un mi­nable pe­tit sac en pa­pier brun à la main.

Tout pour nous faire sen­tir hon­teux d’avoir mis de l’ar­gent dans les coffres de l’état.

Rap­pe­lons que les pu­shers pri­vés livrent à la mai­son, ne font pas de dis­cours sur votre san­té, coûtent moins cher et ne manquent ja­mais d’in­ven­taire.

Ça ne sent pas le pot à la SQDC, ça pue la mo­rale.

P.S. Mon ami dit que le stock est bon. C’est ce qui compte.

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