Louise Deschâtelets

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De­vrais-je al­ler vivre avec elle ou non?

J’ai fait la ren­contre d’une jeune di­vor­cée, mère d’une ma­gni­fique pe­tite fille de deux ans et j’en suis tom­bé amou­reux au point de son­ger sé­rieu­se­ment à vendre mon condo pour al­ler vivre avec elle. Mais la connais­sance main­te­nant un peu plus ap­pro­fon­die que j’ai d’elle, après quelques vi­sites à son do­mi­cile, a sou­le­vé en moi une crainte que je vou­drais vous par­ta­ger.

Je suis un cé­li­ba­taire de 30 ans très or­don­né qui tra­vaille aux heures nor­males et qui adore faire la cui­sine. Elle tra­vaille dans le do­maine ar­tis­tique, fait des heures ir­ré­gu­lières et est très désor­don­née. À la lu­mière de cette brève des­crip­tion, vous al­lez cer­tai­ne­ment dé­duire, comme moi, que les contraires s’at­tirent.

La pre­mière fois que je suis al­lé chez elle pour pas­ser la nuit, j’ai re­mar­qué, par exemple, que la vais­selle était em­pi­lée dans la cui­sine, et qu’une mon­tagne de linge sale trô­nait sur le cou­vercle de la la­veuse. Mais je me suis dit que ce­la n’était pas grave, puisque j’aime faire le mé­nage et que je re­met­trais fa­ci­le­ment de l’ordre dans cette mai­son.

Ma prin­ci­pale crainte vient de la dé­cou­verte que j’ai faite, la se­maine der­nière, quand je gar­dais sa pe­tite alors que mon amour tra­vaillait jus­qu’à tard dans la nuit. La pe­tite vou­lant re­gar­der une vi­déo sur l’or­di­na­teur de sa ma­man, nous sommes des­cen­dus au bu­reau de cette der­nière.

Et c’est là que j’ai dé­cou­vert une pile de fac­tures dues, de près de 25 cm de hau­teur ! Plu­sieurs en­ve­loppes n’avaient même pas été dé­ca­che­tées. Une fois la pe­tite en­dor­mie, je suis al­lé je­ter un coup d’oeil d’un peu plus près sur la fa­meuse pile. J’en suis de­ve­nu blême. Les deux cartes de cré­dit de ma­dame étaient non seule­ment pla­fon­nées et en re­tard de paie­ment, mais on me­na­çait de sai­sir tous ses biens.

Évi­dem­ment, je lui ai de­man­dé des ex­pli­ca­tions dès son re­tour. Elle m’a ré­pon­du qu’elle ne vou­lait pas m’en par­ler pour le mo­ment puis­qu’elle n’avait pas eu le temps de s’en oc­cu­per, mais qu’elle ré­gle­rait le tout dans un proche ave­nir. Quand je lui ai de­man­dé si elle avait les fonds né­ces­saires pour payer le tout, elle m’a avoué que non, mais qu’elle trou­ve­rait bien un moyen de s’en sor­tir.

Sur ce, je lui ai dit que je ne com­pre­nais pas qu’elle soit em­bour­bée à ce point fi­nan­ciè­re­ment, vu qu’elle avait un em­ploi payant et ré­gu­lier. Elle a ré­pli­qué ne rien com­prendre à l’ar­gent et, en deux mots, m’a avoué faire des achats com­pul­sifs quand elle vou­lait dé­com­pres­ser du tra­vail érein­tant qu’elle fai­sait.

Je suis très in­quiet de ça. J’ai tou­jours veillé à ce que mes fi­nances soient saines et je ne veux pas me re­trou­ver avec quel­qu’un qui va nous mettre en faillite. Mais, en même temps, je ne veux pas la quit­ter parce que je l’aime. Pen­sez-vous que c’est une ma­la­die qui se soigne ? Un amou­reux ben em­bê­té

Vous avez rai­son d’être em­bê­té. On le se­rait à moins. Il est évident qu’une per­sonne af­fec­tée par le syn­drome de l’achat com­pul­sif ait un pro­blème de com­por­te­ment qui né­ces­site une thé­ra­pie. Et il en existe qui peuvent être dis­pen­sées par des psy­cho­logues ou des psy­cho­thé­ra­peutes spé­cia­li­sés en la ma­tière.

Mais ce­la ne se fait pas du re­vers de la main, sans mettre en pé­ril une re­la­tion de couple. Il fau­drait d’abord que cette per­sonne ac­cepte sa condi­tion et se sou­mette en­suite à la thé­ra­pie. Comme amorce à une re­la­tion de couple, c’est pour le moins pé­rilleux.

Et la dé­cou­verte des rai­sons plus ou moins cons­cientes qui sous-tendent son pro­blème va af­fec­ter cette per­sonne en pro­fon­deur. Se­riez-vous prêt à par­ta­ger ce dif­fi­cile pas­sage avec elle ? Comme un couple, c’est au­tant une re­la­tion amou­reuse qu’une re­la­tion fi­nan­cière, toutes deux ba­sées sur une confiance mu­tuelle, je vous en­join­drais à y ré­flé­chir à deux fois avant de vous en­ga­ger sans qu’elle vous ait don­né des preuves tan­gibles de sa vo­lon­té de chan­ger.

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