Vers une nou­velle apo­ca­lypse ?

Le Journal de Quebec - - ACTUALITÉS - JO­SEPH FACAL jo­[email protected]­be­cor­me­dia.com

Le 100e an­ni­ver­saire de l’ar­mis­tice est un bon mo­ment pour mé­di­ter sur la di­rec­tion qu’em­prunte notre monde.

Le pré­sident de la France, Em­ma­nuel Ma­cron, dé­cla­rait ré­cem­ment :

« Je suis frap­pé par la res­sem­blance entre le mo­ment que nous vi­vons et ce­lui de l’entre-deux­guerres. Dans une Eu­rope qui est di­vi­sée par les peurs, le re­pli na­tio­na­liste, les consé­quences de la crise éco­no­mique, on voit presque mé­tho­di­que­ment se ré­ar­ti­cu­ler tout ce qui a ryth­mé la vie de l’eu­rope de l’après-pre­mière Guerre mon­diale à la crise de 1929. »

Le pro­pos a sou­le­vé un vif dé­bat : a-t-il rai­son, a-t-il tort, jus­qu’à quel point et, sur­tout, quoi faire ?

COM­PA­RAI­SON

Les dif­fé­rences entre cette époque et au­jourd’hui sautent aux yeux.

Trump ou Sal­vi­ni ne sont ni Hit­ler ni Mus­so­li­ni : ils sont in­cultes et gros­siers, mais ne sont por­teurs d’au­cune idéo­lo­gie d’ex­pan­sion ter­ri­to­riale par les armes.

Dans les an­nées 1930, les chô­meurs se comp­taient par di­zaines de mil­lions. Au­jourd’hui, on trouve du tra­vail si on le veut vrai­ment.

Le trai­té de Ver­sailles de 1919, in­juste et re­van­chard, hu­mi­lia et en­ra­gea l’al­le­magne. Rien de tel au­jourd’hui.

L’an­ti­sé­mi­tisme existe en­core, re­lève la tête, mais n’est pas aus­si ou­ver­te­ment mi­li­tant que dans les an­nées 1930.

Les ten­sions cau­sées au­jourd’hui par l’im­mi­gra­tion n’étaient pas un en­jeu à cette époque.

Par contre, au­jourd’hui comme ja­dis, la classe po­li­tique tra­di­tion­nelle est bous­cu­lée par de nou­velles forces plus dures.

En 1932, l’au­tri­chien Ste­fan Zweig écri­vait :

« Dans toutes les na­tions ou presque se ma­ni­festent les mêmes phé­no­mènes de forte et brusque ir­ri­ta­bi­li­té mal­gré une grande las­si­tude mo­rale, un manque d’op­ti­misme, une mé­fiance prête à s’éveiller en toute oc­ca­sion, et la ner­vo­si­té, l’hu­meur cha­grine qui ré­sulte du sen­ti­ment d’in­sé­cu­ri­té. […] On ajoute foi aux mau­vaises nou­velles plus fa­ci­le­ment qu’à celles qui rendent es­poir, et les in­di­vi­dus au­tant que les États, plus qu’à d’autres époques du pas­sé, semblent prêts à se haïr. »

Avouons que ces lignes au­raient pu être écrites au­jourd’hui.

Alors, que faire ? S’il y avait des so­lu­tions simples, on les au­rait trou­vées.

La pire chose à faire est ce que MM. Ma­cron et Tru­deau font à temps plein : in­ca­pables de pen­ser un monde com­plexe, ils le re­pré­sentent en noir et blanc.

In­ca­pables de pen­ser un monde com­plexe, ils le re­pré­sentent en noir et blanc.

CONDESCENDANCE

D’un cô­té, les bons, ceux qui pensent comme eux : mul­ti­cul­tu­ra­listes, cos­mo­po­lites, condes­cen­dants, riches, donc ca­pables de ne prendre que les bons cô­tés du monde ac­tuel.

De l’autre cô­té, les mau­vais, les « fer­més », les « ré­ac­tion­naires » : les gens at­ta­chés à leurs tra­di­tions, leur mode de vie, leurs va­leurs, leur sé­cu­ri­té, ac­cueillants tant qu’ils se sentent res­pec­tés.

Ceux-là ne mé­ritent que le mé­pris, la désap­pro­ba­tion, les le­çons de mo­rale et les re­lec­tures tron­quées du pas­sé.

Ex­cé­dés, ils se tournent alors vers des lea­ders qui pro­mettent de faire table rase et de dis­tri­buer des coups de pied au cul.

Le pas­sé et le pré­sent ont sur­tout ce­la en com­mun : on ré­colte ce que l’on sème.

Em­ma­nuel Ma­cron

Jus­tin Tru­deau

Do­nald Trump

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