Il bat­tait des Noirs et des ho­mo­sexuels

Un ex-néo­na­zi ra­conte son par­cours à la ca­mé­ra

Le Journal de Quebec - - ACTUALITÉS - BRI­GITTE NOËL ET MATT JOYCEY

Un ex-néo­na­zi qué­bé­cois de 53 ans ré­cem­ment sor­ti de pri­son avoue avoir bat­tu des Noirs et des ho­mo­sexuels uni­que­ment parce qu’il avait des pré­ju­gés en­vers eux.

Les deux jeunes hommes noirs n’avaient ab­so­lu­ment rien à se re­pro­cher, si­non d’avoir eu le mal­heur de croi­ser la route de Pierre et sa gang de skin­heads.

« Ils ont été bat­tus pour une seule et unique rai­son, parce qu’ils étaient noirs », ad­met, en­core ron­gé de re­mords, le Mon­tréa­lais, qui a ac­cep­té de re­vi­si­ter d’obs­curs pans de son an­cienne vie lors d’une en­tre­vue ex­clu­sive avec l’équipe nu­mé­rique de notre Bu­reau d’en­quête.

C’était alors le dé­but des an­nées 1990, et de pe­tites cel­lules d’ex­trême droite se­maient la ter­reur à Mon­tréal. Un re­por­tage de La Presse en 1993 avait même re­cen­sé les pires évé­ne­ments de l’an­née at­tri­bués aux mou­ve­ments su­pré­ma­cistes : meurtre d’un homme ho­mo­sexuel, at­taques contre les mi­no­ri­tés vi­sibles, graf­fi­tis na­zis et pro­fa­na­tion de sy­na­gogues.

Bien qu’il dise ne pas être au cou­rant de meurtres, Pierre – qui a de­man­dé qu’on s’en tienne à son pré­nom – a de vifs sou­ve­nirs de cette époque. Avec ses chums aux crânes ra­sés et aux ha­bits or­nés de sigles hit­lé­riens, il car­bu­rait à la ter­reur.

Un mode de vie qui l’a me­né en pri­son, où, après des dé­cen­nies de dé­ten­tion, l’homme de 53 ans se dit ré­ha­bi­li­té et te­naillé par d’im­menses re­grets.

En se confiant, il sou­haite que son ré­cit serve de mise en garde à qui­conque se­rait ten­té de lais­ser ses pré­ju­gés dic­ter sa vie.

Pierre ra­conte qu’il n’avait au­cune al­lé­geance ra­ciste. Se liant d’ami­tié avec un skin, il s’est plon­gé dans l’idéo­lo­gie néo­na­zie. « C’était des jeunes rock and roll qui vou­laient bras­ser, qui vou­laient s’iden­ti­fier à une race pure » dit-il.

TER­RAIN DE CHASSE

Dans cet uni­vers ra­di­cal, la vio­lence est un pas­sage obli­gé. « La pre­mière fois que j’ai frap­pé un homme noir, c’était un gars de mon âge, et je ne com­pre­nais pas pour­quoi je fai­sais ça. Au­jourd’hui, ce que je com­prends, c’est que je l’ai fait pour me faire ac­cep­ter par ceux que je consi­dé­rais [comme] mes frères. »

Le groupe pas­sait aus­si beau­coup de temps à ar­pen­ter le Vil­lage, un quar­tier consi­dé­ré comme un ter­rain de chasse. « On cou­rait après les ho­mo­sexuels. Pour nous, ils af­fai­blis­saient notre race, donc on les pu­nis­sait par la vio­lence. »

Plus tard, Pierre se re­trouve en pri­son, pour un vol et non pour ses crimes hai­neux.

Au contact d’autres dé­te­nus, et après avoir été pris à par­tie à cause de ses convic­tions, il se dé­fait de ses idéo­lo­gies ra­cistes, un pro­ces­sus qui at­teint son apo­gée lors du séisme de 2010 en Haï­ti. Les images du ca­ta­clysme, qui a fait 300 000 morts et au­tant de bles­sés, le marquent pro­fon­dé­ment.

Li­bé­ré de­puis mai der­nier, Pierre col­la­bore main­te­nant avec le Centre de pré­ven­tion de la ra­di­ca­li­sa­tion me­nant à la vio­lence. Son par­cours est d’ailleurs mis en scène dans le court mé­trage J’avais tort réa­li­sé par un groupe de cé­gé­piens en col­la­bo­ra­tion avec le Centre.

Pierre, 53 ans, re­con­naît avoir bat­tu des Noirs et des ho­mo­sexuels au cours de son pas­sé néo­na­zi. Il sou­haite main­te­nant mettre en garde contre la ra­di­ca­li­sa­tion. En mor­taise, un de ses ta­touages.

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