Une grande per­for­mance

La dé­tresse et l’en­chan­te­ment est un hom­mage qui per­met de dé­cou­vrir l’uni­vers de Ga­brielle Roy

Le Journal de Quebec - - PSYCHO / LECOURRIER - YVES LE­CLERC

Après Jack Ro­bi­taille qui livre une im­mense per­for­mance dans la pièce The Dra­gon­fly of Chi­cou­ti­mi, c’est au tour de Ma­rie-thé­rèse For­tin de faire de même dans La dé­tresse et l’en­chan­te­ment.

À l’af­fiche au Tri­dent jus­qu’au 1er dé­cembre, La dé­tresse et l’en­chan­te­ment est une adap­ta­tion théâ­trale de l’au­to­bio­gra­phie de Ga­brielle Roy pu­bliée en 1984.

La co­mé­dienne, qui a long­temps vé­cu à Qué­bec et qui a di­ri­gé le Tri­dent du­rant sept ans, sou­hai­tait mon­ter ce spec­tacle de­puis une tren­taine d’an­nées.

La fin de la sé­rie té­lé­vi­sée Mé­moires vives lui a per­mis de re­trou­ver ce pro­jet qu’elle avait re­mi­sé dans un ti­roir, de le com­plé­ter et de le faire vivre avec la com­pli­ci­té du met­teur en scène Oli­vier Ke­meid.

EN­FANCE

La dé­tresse et l’en­chan­te­ment ra­conte l’en­fance de la ro­man­cière fran­co-ca­na­dienne à Saint-bo­ni­face au Ma­ni­to­ba, ses an­nées d’en­sei­gnante, ses sé­jours à Londres et en France pour étu­dier l’art dra­ma­tique et son re­tour à Mon­tréal, au mo­ment où la Pre­mière Guerre mon­diale se pré­pare.

De sa dif­fi­cul­té à trou­ver sa place dans un mi­lieu où l’an­glais est do­mi­nant jus­qu’au mo­ment où la jeune femme qui ai­mait Sha­kes­peare a trou­vé sa voie dans l’écri­ture. C’est à Mon­tréal qu’elle écri­ra son pre­mier ro­man, Bon­heur d’oc­ca­sion.

Seule sur les planches, Ma­rie-thé­rèse For­tin met en ve­dette les mots et le cô­té lit­té­raire que l’on trouve dans les livres de la ro­man­cière dé­cé­dée à l’âge de 74 ans, et re­pro­duit cer­tains épi­sodes de sa vie.

MO­MENTS FORTS

Ces mo­ments, où elle mo­di­fie sa voix et se glisse dans la peau de cer­tains per­son­nages, sont de pe­tits bi­joux.

Il faut la voir jouer cette scène où elle ra­conte l’ar­ri­vée dif­fi­cile du jeune Vin­cen­to dans la classe de Ga­brielle Roy, les dia­logues avec sa mère et sa ren­contre hi­la­rante avec le di­rec­teur du théâtre de Dul­lin en France. Des mo­ments où les ac­cents et les si­tua­tions sont sa­vou­reux.

Cette dy­na­mique entre des dia­logues qui sont très vi­vants et le cô­té plus lit­té­raire de l’au­teure fran­co-ca­na­dienne est une des forces de cette pièce.

Ma­rie-thé­rèse For­tin évo­lue dans un dé­cor consti­tué de roches et si­mu­lant le bord d’une ri­vière ou d’un plan d’eau. Un dé­cor ac­ci­den­té à tra­vers le­quel la co­mé­dienne se dé­place avec agi­li­té.

La dé­tresse et l’en­chan­te­ment est un voyage fort réus­si dans l’uni­vers de Ga­brielle Roy. Un voyage pour la re­trou­ver, la dé­cou­vrir et sur­tout, comme l’a pré­ci­sé la co­mé­dienne à la fin de la pièce, ne pas l’ou­blier.

Un voyage me­né avec hu­mour, vé­ra­ci­té, sen­si­bi­li­té et li­vré par une Ma­rie-thé­rèse For­tin, qui, alors qu’elle était une jeune co­mé­dienne en de­ve­nir, a été im­pré­gnée par les écrits, le réa­lisme et les rêves de li­ber­té de cette femme.

La co­mé­dienne Ma­rie-thé­rèse For­tin pro­pose, avec La dé­tresse et l’en­chan­te­ment, un bel al­liage entre les mots et la vie de Ga­brielle Roy. PHO­TO COURTOISIE STÉ­PHANE BOUR­GEOIS

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