Le Qué­bec « open for bu­si­ness »

Le Journal de Quebec - - OPINIONS - MA­RIO DU­MONT Blo­gueur au Jour­nal Éco­no­miste, ani­ma­teur et chro­ni­queur ma­rio.du­mont @que­be­cor­me­dia.com @ma­rio­du­mont

J’adore en­tendre Fran­çois Le­gault se pré­sen­ter à Bos­ton ou ailleurs et pas­ser le mes­sage que le Qué­bec est ou­vert aux af­faires, ou­vert à ac­cueillir des in­ves­tis­seurs. Je suis cer­tain de la sin­cé­ri­té de ce pre­mier mi­nistre is­su du monde en­tre­pre­neu­rial lors­qu’il lance ce mes­sage. Ce­pen­dant, pour que ce mes­sage porte ses fruits, il faut que ce­la soit vrai.

Les for­mules po­si­tives pour­ront cap­ter l’in­té­rêt des in­ves­tis­seurs po­ten­tiels, les ame­ner à consi­dé­rer le Qué­bec comme un lieu po­ten­tiel où im­plan­ter de nou­velles ac­ti­vi­tés. Ce­pen­dant, il fau­drait être do­pé pour pen­ser que de grandes dé­ci­sions d’in­ves­tis­se­ment se prennent sans uti­li­ser la cal­cu­la­trice.

EST-CE LA RÉA­LI­TÉ ?

Re­gar­dé froi­de­ment et fac­tuel­le­ment, le Qué­bec est-il « open for bu­si­ness », c’est-à-dire ou­vert à faire des af­faires ? Le Qué­bec dé­tient cer­tai­ne­ment des atouts. Notre éco­no­mie est mo­derne et nous nous sommes do­tés de cer­tains grands ou­tils éco­no­miques qui peuvent faire la dif­fé­rence.

Ce­pen­dant, le Qué­bec de­meure une ju­ri­dic­tion où les en­tre­prises font face à une lourde ré­gle­men­ta­tion et à une struc­ture de taxa­tion éle­vée. Même nos pro­prié­taires d’en­tre­prises lo­caux se de­mandent par­fois si leur gou­verne- ment veut vrai­ment les lais­ser faire des af­faires au Qué­bec.

On en­tend sou­vent que dé­mar­rer une en­tre­prise au Qué­bec re­quiert plus de per­mis qui sont plus longs à ob­te­nir et qui coûtent plus cher. Tout ce­la pour payer plus d’im­pôt qu’ailleurs si ja­mais vous vi­vez une réus­site.

Notre Code du tra­vail penche comme la tour de Pise en fa­veur des or­ga­ni­sa­tions syn­di­cales. Le Qué­bec pré­sente d’ailleurs de loin le plus haut taux de syn­di­ca­li­sa­tion au Ca­na­da. Une ex­cel­lente chose, di­ront cer­tains. Cer­tai­ne­ment pas un atout pour at­ti­rer des in­ves­tis­se­ments.

Le dos­sier des res­sources na­tu­relles n’est pas re­lui­sant. Les freins au dé­ve­lop­pe­ment au Qué­bec se mul­ti­plient. Notre gou­ver­ne­ment ne tient même pas pa­role. On se lance dans des pro­jets pour re­cu­ler l’an­née sui­vante, comme ce fut le cas avec An­ti­cos­ti.

Des en­tre­prises dé­pensent de l’argent pour ob­te­nir un per­mis en sui­vant les pro­ces­sus ré­gle­men­taires et en­vi­ron­ne­men­taux, et se font dire en­suite que le gou­ver­ne­ment a chan­gé d’idée : ce per­mis ne vaut plus rien. Cer­taines en­tre­prises fi­nissent par avoir re­cours aux tri­bu­naux pour faire va­loir leur droit et être com­pen­sées.

IN­VES­TIS­SE­MENTS RE­QUIS

Pour­tant, le Qué­bec a dra­ma­ti­que­ment be­soin d’in­ves­tis­se­ments pri­vés. Re­pré­sen­tant près du quart de l’éco­no­mie ca­na­dienne, le Qué­bec peine à al­ler cher­cher 15 % des in­ves­tis­se­ments pri­vés non ré­si­den­tiels.

Ce manque cruel d’in­ves­tis­se­ments consti­tue pro­ba­ble­ment la pre­mière ex­pli­ca­tion à l’ap­pau­vris­se­ment du Qué­bec. Ce sont les in­ves­tis­se­ments pri­vés dans les équi­pe­ments, la tech­no­lo­gie ou les bâ­ti­ments des en­tre­prises qui sont ga­rants de la pros­pé­ri­té fu­ture. Pas de tels in­ves­tis­se­ments au­jourd’hui, peu de pros­pé­ri­té de­main.

Nous en avons eu un exemple pa­tent cette se­maine des consé­quences d’un manque d’in­ves­tis­se­ment. L’usine de Si­co qui vient de fer­mer était désuète. Le trans­fert des ac­ti­vi­tés de­vient alors la so­lu­tion évi­dente et les em­plois s’en­volent.

Mon­sieur Le­gault a rai­son de pas­ser son mes­sage. Il fau­dra avoir le cou­rage d’opé­rer les ré­formes pour que ce soit vrai.

Fran­çois Le­gault – qu’on voit ici au­près du gou­ver­neur du Mas­sa­chu­setts, Char­lie Ba­ker – passe le mes­sage que le Qué­bec est ou­vert aux af­faires du­rant ses mis­sions éco­no­miques. Mais est-ce vrai ?

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