Si­gnez pour To­my

Le Journal de Quebec - - OPINIONS - CLAUDE VILLENEUVE Di­rec­teur Opi­nions claude. ville neuve @que­be­cor­me­dia.com @vclaude

To­my-ri­chard Le­boeuf Mc­gre­gor est un pe­tit homme blond de 32 ans. C’est un cy­cliste avide, friand de voyages et de po­li­tique.

Sur sa page Fa­ce­book, des di­zaines de pho­tos en té­moignent, le mon­trant ici à Du­brov­nik et là comme can­di­dat en cam­pagne. On peut aus­si y lire une ci­ta­tion de Wins­ton Chur­chill : « La réus­site n’est pas fi­nale, l’échec n’est pas fa­tal. C’est le cou­rage de conti­nuer qui compte. »

En ef­fet, To­my est at­teint de fi­brose kys­tique (FK), une ma­la­die qui ne l’a plus ra­len­ti de­puis qu’il a été gref­fé des deux pou­mons, au seuil de la mort, il y a cinq ans. Il est au­jourd’hui di­rec­teur gé­né­ral de l’or­ga­nisme Vivre avec la fi­brose kys­tique.

Ça, c’était avant, en fait. Parce qu’au mo­ment où je vous écris, To­my est aux soins pal­lia­tifs, en­tou­ré de ses proches qui se pressent de le cou­vrir d’amour avant que la vie ne le quitte.

IM­PLI­CA­TION PAS­SION­NÉE

De­puis sa greffe, les choses al­laient bien pour To­my. Un amou­reux, un tas d’amis et une im­pli­ca­tion pas­sion­née dans les causes de sa vie : l’in­dé­pen­dance du Qué­bec et le don d’or­ganes.

Il fal­lait voir son éner­gie à al­ler vi­si­ter les gens qui, comme lui, com­po­saient avec la FK ou at­ten­daient une greffe. On au­rait ju­ré qu’il connais­sait in­di­vi­duel­le­ment toutes les per­sonnes at­teintes et qu’il veillait sur le confort et le mo­ral de cha­cune d’entre elles.

Ses pas por­taient d’au­tant que ses jambes étaient courtes et sa voix ne ré­son­nait que da­van­tage d’avoir man­qué de souffle.

Il y a un mois, To­my s’est ren­du à Den­ver pour un congrès lié à son tra­vail. Un ma­tin, on l’a trou­vé in­cons­cient. Hos­pi­ta­li­sé au Co­lo­ra­do, puis ra­pa­trié au Qué­bec, on a soup­çon­né que son co­ma était lié au dia­bète, une ma­la­die qui vient par­fois avec la FK.

De­puis, la fa­mille de To­my et ses amis se re­laient à son che­vet. Un groupe Fa­ce­book a été créé et compte près de 500 per­sonnes qui viennent prendre de ses nou­velles, par­ta­ger leurs prières, évo­quer des sou­ve­nirs, lui par­ler.

TRIS­TESSE ET SÉ­RÉ­NI­TÉ

Beau­coup de gens avaient hâte que To­my se ré­veille.

Jeu­di, hé­las, les mé­de­cins qui soignent To­my ont ren­con­tré son chum et son frère. Ils ont ex­pli­qué qu’après avoir éva­lué toutes les causes de co­ma en­vi­sa­geables, comme une in­fec­tion ou une autre com­pli­ca­tion liée à la FK, ils concluaient qu’il ne se ré­veille­rait plus et qu’il va­lait mieux in­ter­rompre les soins.

C’est ain­si que, dans la tris­tesse et la sé­ré­ni­té, les proches de To­my veillent leur homme dans une at­tente qui ne de­vait du­rer que quelques heures, mais qui pren­dra plu­tôt quelques jours.

Parce que la vie, c’est fort. Sur­tout chez To­my.

UNE BELLE VIE

To­my-ri­chard Le­boeuf Mc­gre­gor a eu une vie trop courte, mais très belle.

Il a sur­tout pu y ajou­ter cinq an­nées. Si vous pou­viez lui par­ler, il vous di­rait cer­tai­ne­ment que les deux pou­mons qu’on lui a gref­fés ont été beau­coup plus utiles dans sa cage tho­ra­cique que si on les avait in­ci­né­rés avec leur pro­prié­taire pré­cé­dent. Toutes celles et tous ceux qu’il a ai­dés peuvent vous le dire en tout cas.

Alors pen­dant qu’on y pense, éti­rez-vous le bras pour prendre votre por­te­feuille et si­gner l’en­dos de votre carte d’as­su­rance-ma­la­die. Mieux en­core, dites-le à votre conjoint, votre pa­rent ou votre en­fant qui se trouve avec vous, que vous dé­si­rez don­ner vos or­ganes à votre dé­cès.

Al­lez, faites-le. Il y a d’autres To­my qui veulent ajou­ter des an­nées à leur vie. Et sur­tout, de la vie à leurs an­nées.

To­my-ri­chard Le­boeuf Mc­gre­gor est friand de voyages. On le voit ici à Du­brov­nik.

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