À l’aven­ture en Ca­ro­line

Le Journal de Quebec - - ACTUALITÉS -

J’ai connu des hauts et des bas dans mon ré­cent pé­riple en Ca­ro­line du Nord. Ça se ré­sume fa­ci­le­ment : après une jour­née hor­rible de vol en re­tard, de cor­res­pon­dance man­quée, d’at­ti­tude de merde de ma part et d’en­gueu­lade avec le ser­vice à la clien­tèle, mon de­mi-ma­ra­thon du len­de­main à Char­lotte a tout gué­ri.

De­puis un cer­tain temps, j’étais dans une mau­vaise passe, mais grâce à l’en­dor­phine na­tu­relle dans mon corps, j’ai dé­ci­dé de lâ­cher prise.

Sou­rire aux lèvres, après avoir cou­ru dans une ville pleine de belles sur­prises, je me suis di­ri­gé vers mon hô­tel la tête pleine de pro­jets pour af­fron­ter cette jour­née que je sen­tais tout à coup spé­ciale.

LA LISTE

J’avais en­vie d’al­ler voir du foot­ball de la NCAA, mais la game la plus proche était celle de Wake Fo­rest à Wins­ton-sa­lem, à 1 h 30 de route. J’ai tou­jours vou­lu voir un match à cet en­droit. Pour­quoi ? J’adore co­cher des en­droits obs­curs sur ma liste per­son­nelle de choses à faire.

J’adore me sen­tir per­du au mi­lieu de nulle part.

FAN DE HO­CKEY

Après quelques hé­si­ta­tions, je fi­nis par louer une voi­ture.

Je me re­trouve dans le fin fond de la Ca­ro­line, loin de tout point de re­père. Pen­dant que je re­garde le match, je me de­mande qu’est-ce que je peux bien faire d’autre, ho­ckey ou bas­ket­ball ce soir ?

C’est là que je réa­lise que le club de la Ligue amé­ri­caine des Hur­ri­canes de la Ca­ro­line est à Char­lotte. En­core mieux, je réa­lise qu’il y a deux ans, ils ont repêché un Qué­bé­cois, Ju­lien Gau­thier.

Fa­ce­book a ses avan­tages, je dé­cide de lui écrire un mes­sage. Pas de ré­ponse. Nor­mal. C’est juste avant son match. Je m’y rends quand même et juste avant de ren­trer dans l’aré­na, un homme qui en sor­tait me dit : « as-tu be­soin d’un billet ? Je dois quit­ter et j’ai pu be­soin du mien ». Bang ! La vie me sou­rit à nou­veau. Billet gra­tuit en main, je jette un re­gard ra­pide vers le ciel : « Mer­ci ! ».

FA­CE­BOOK

Je vois la game puis je pars sans nou­velles, mais la tête lé­gère d’une belle jour­née qui me confirme que je me re­con­necte à la ma­gie de la vie.

En ar­ri­vant dans un res­to pour le gros bur­ger gras clas­sique d’après course et après tout, je re­çois un mes­sage Fa­ce­book du jeune Ju­lien.

– Sa­lut, on sort avec les boys, viens nous re­joindre.

– Il com­mence à être tard pour le clown, mais je pen­sais al­ler voir le match des Pan­thers (NFL) de­main, ça te tente d’y al­ler ?

– Tel­le­ment ! Je nous trouve des billets et je nous ar­range ça.

Je suis al­lé le ren­con­trer presque aus­si ner­veux que lors d’une pre­mière date.

On ne s’était ja­mais par­lé et dès notre ren­contre, il n’y a pas eu plus de 10 se­condes de si­lence. Deux grandes gueules qui ont trop de choses à se ra­con­ter.

Le plus drôle, c’est que même si j’ai le double de son âge, c’est moi qui me sen­tais comme un ti-cul.

Et bien as­sis dans mon siège 10 ran­gées der­rière la zone des buts, j’ai re­gar­dé vers le ciel, tou­jours avec mon pe­tit sou­rire en coin, et j’ai comme en­ten­du la vie me dire : « Ar­rête de chia­ler et laisse-moi faire, car lorsque tu lâches prise, ça m’aide à conduire le vé­hi­cule de ta vie ! ».

J’adore co­cher ces en­droits obs­curs et per­dus de sur ma liste. J’adore me sen­tir per­du au mi­lieu de nulle part.

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