AC­CRO­CHÉ ÀSONRÊVE

Le Qué­bé­cois Lu­guentz Dort fait tour­ner les têtes de la pla­nète bas­ket­ball dans la NCAA

Le Journal de Quebec - - SPORTS - Fran­çois-da­vid Rou­leau l Fdrou­leaujdm

LAS VE­GAS | Lu­guentz Dort, garde des Sun De­vils de l’uni­ver­si­té Ari­zo­na State, brûle lit­té­ra­le­ment le par­quet du T-mo­bile Are­na en of­frant le titre du tour­noi MGM Re­sorts Main Event à son équipe. Ce soir-là du 21 no­vembre, en coulisses, son nom cir­cule dans toutes les conver­sa­tions. Avec ses 33 points, le Mont­réa­lais fait son nom à tra­vers la NCAA.

Rares sont les Qué­bé­cois qui font sa­li­ver les en­traî­neurs et dé­pis­teurs de la NBA. Le Journal est al­lé à sa ren­contre à Sin Ci­ty, en no­vembre, pour le voir à l’oeuvre à ce tour­noi au­tom­nal d’en­ver­gure.

L’ins­tant de trois jours, la gomme des ré­seaux de té­lé­vi­sion de la côte ouest amé­ri­caine y est réunie pour épier quatre équipes de pointe du cir­cuit na­tio­nal. Dans les cor­ri­dors, on en­tend : « In­croyable, qui est ce Lu­guentz? D’où vient-il? » Dort n’est pas is­su du pro­gramme sco­laire amé­ri­cain.

DÉ­BUT FRA­CAS­SANT

En s’im­po­sant de­vant les Ag­gies d’utah State, une for­ma­tion du top 20 de la NCAA, le cos­taud gaillard de 6 pi 4 po et 220 livres a of­fert sa meilleure per­for­mance sur le ter­rain, lui per­met­tant de ra­fler le tro­phée du joueur par excellence du tour­noi.

« C’était mon ob­jec­tif de faire un grand feu d’ar­ti­fice, car ve­nant du Ca­na­da, per­sonne ne me connais­sait. Il fal­lait que je crée une ex­plo­sion », as­sure l’ath­lète qui se dé­marque au­tant au­tour du pa­nier avec ses puis­santes pous­sées qu’en dé­fen­sive. Mal­gré son éti­quette de fresh­man, il joue avec confiance et af­fiche la pres­tance d’un vé­té­ran.

À 19 ans et seule­ment quatre matchs à son ac­tif dans l’uni­forme bour­gogne et jaune avant de se poin­ter à Ve­gas, Dort avait dé­jà fait des flam­mèches. À son match d’ou­ver­ture sous les cou­leurs de l’uni­ver­si­té d’ari­zo­na State, il a pul­vé­ri­sé la marque de points mar­qués par une re­crue. Avec ses 28 points, il a tôt fait de s’ins­crire dans le livre des re­cords et de se faire connaître à tra­vers le cam­pus.

Le grand nu­mé­ro 0 a mo­ti­vé sa pré­sence sur les écrans ra­dars des dé­pis­teurs de la NBA en pré­vi­sion du pro­chain re­pê­chage. Son fra­cas­sant dé­but de sai­son le place par­mi les 20 meilleurs es­poirs sur cer­taines listes ré­pu­tées, comme celle du ré­seau ESPN et du ma­ga­zine Sports Il­lus­tra­ted. Son nom est pré­cé­dé de cinq belles étoiles. Un sceau d’excellence des­ti­né à une forte pos­si­bi­li­té d’ap­pel en pre­mière ronde au Bar­clays Cen­ter de Brook­lyn, en juin.

DE MON­TRÉAL-NORD À LA NCAA

En sept ans, il est pas­sé du parc SaintLaurent, à jouer avec ses frères et ses amis, aux par­quets de la NCAA. Et se­lon les ex­perts, Dort pour­rait fran­chir les portes de la NBA dès la pro­chaine sai­son. Une pro­gres­sion ful­gu­rante pour ce­lui qui jouait au soc­cer jus­qu’à l’âge de 12 ans.

Ayant gran­di dans une fa­mille haï­tienne de six en­fants à Mon­tréal-nord, Lu­guentz n’a pas marché sur un long ta­pis rouge pour se rendre jus­qu’aux Sun De­vils. Sa route a été si­nueuse, frus­trante et jon­chée d’obs­tacles. Son amour pour le bal­lon oran­gé était son car­bu­rant pour tou­cher à son rêve.

Dans un mi­lieu dur, il s’est ac­cro­ché à l’es­poir d’at­teindre la NBA. Maintes fois, il au­rait pu lâ­cher et cé­der à la ten­ta­tion de re­joindre des gens peu fré­quen­tables du monde in­ter­lope. Il a vu des amis som­brer dans la drogue et la cri­mi­na­li­té. Il pré­fé­rait s’en­traî­ner et par­faire ses ha­bi­le­tés avec le bal­lon dans le gym.

« Je n’étais pas sou­vent à la mai­son. Je sor­tais à 6 h du ma­tin, je m’en­traî­nais, j’al­lais à l’école et je jouais au bas­ket. Je ren­trais à la mai­son vers 20 h. C’était comme ça toute l’an­née », ra­conte Lu­guentz en en­tre­vue avec Le Journal, confor­ta­ble­ment ins­tal­lé au Bel­la­gio, à Ve­gas. Une rare oc­ca­sion de par­ler sa langue ma­ter­nelle, le fran­çais, dans un uni­vers an­glo.

« Je ne voyais pas mes amis du quar­tier, pour­suit ce­lui qui s’est mis au bas­ket à son en­trée au se­con­daire. Les seules fois que je pou­vais les croi­ser, c’était le wee­kend quand je n’avais pas de match. C’était as­sez rare. En chan­geant d’école, je me suis en­suite éloi­gné de mon quar­tier.

Il y a de mes connais­sances qui ont pris des che­mins très dif­fé­rents. Cer­tains sont en pri­son. Quand je re­garde où je suis ren­du et où ils sont ren­dus, c’est dur à prendre. »

LES BONS CHOIX

S’il ne les a pas sui­vis, c’est qu’un ange gar­dien veillait sur lui. Nel­son Os­sé l’a ra­pi­de­ment pris sous son aile. À l’époque, le co­or­don­na­teur du pro­gramme des Knights de Parc-ex­ten­sion voyait un vé­ri­table dia­mant brut. En mul­ti­pliant les bons choix, fruits de mûres ré­flexions, l’étoile du bal­lon oran­gé a fait sa route. « On l’a ré­cu­pé­ré grâce à ce sport, constate Os­sé, rem­pli de fier­té. Il a écou­té ce qu’on lui a dit. Si­non, il n’y se­rait pas par­ve­nu.

Son ob­jec­tif, ce n’est pas seule­ment d’at­teindre la NBA. C’est d’être re­con­nu comme l’un des meilleurs joueurs et ga­gner. Si je me fie aux ex­perts, avec ce que j’ob­serve de­puis le dé­but du ca­len­drier, il ne fait au­cun doute qu’il réa­li­se­ra ses ob­jec­tifs. »

PHOTO COURTOISIE SUN DE­VILS ATHLETICS

Lu­guentz Dort n’a pas mis de temps à faire sen­tir sa pré­sence dans la NCAA chez les Sun De­vils d’ari­zo­na State. Il mène l’équipe avec une moyenne de 21,7 points par match, bon pour le 29e rang du cir­cuit.

Le garde de 19 ans se dis­tingue par son calme et sa puis­sance pour ren­trer au pa­nier. Il peut ti­rer de par­tout sur le ter­rain.

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