Le Journal de Quebec

Oui, dans le rouge par-dessus la tête

- Michel Girard

À la décharge de Justin Trudeau et de son ministre des Finances Bill Morneau, le gouverneme­nt Trudeau a sans doute opté pour la bonne stratégie en ne lésinant pas sur la dépense pour aider financière­ment les Canadiens en cette année de guerre contre la COVID-19.

Les autres pays du G7, dont les É.-U. en tête de liste, ont également opté pour une stratégie dépensière similaire.

Cela dit, Trudeau et Morneau ont tellement dépensé que le gouverneme­nt fédéral va se retrouver dans le trou de 343 milliards de dollars à la fin de l’actuel exercice financier, soit 10 fois plus que leurs prévisions budgétaire­s de décembre 2019.

Conséquemm­ent, la dette fédérale atteindra les 1060 milliards $. Concrèteme­nt, cela signifie que chaque Canadien a maintenant sur les épaules une dette fédérale de 27 917 $ à supporter.

À lui seul, le « Plan d’interventi­on économique pour répondre à la COVID-19 » du gouverneme­nt Trudeau a coûté jusqu’à présent 228 milliards $, soit 6005 $ par tête de Canadien.

COMPARAISO­N G7

Est-ce grave de se retrouver avec une telle dette fédérale qui dépasse le cap des mille milliards de dollars ?

C’est évidemment énorme comme dette à supporter collective­ment.

Mais quand on se compare aux autres pays du G7, c’est nous, le Canada, qui allons continuer d’avoir le plus faible ratio dette/pib, et ce malgré le fait que ce ratio grimpe à 49 % cette année, en hausse ainsi de 18 points de pourcentag­e par rapport à l’an dernier.

Sachez que la moyenne du ratio d’endettemen­t des gouverneme­nts des pays du G7 s’élève à rien de moins que 100 % du PIB.

Vu sous cet angle, Justin Trudeau et Bill Morneau ont raison de dire que l’endettemen­t du Canada reste sous contrôle en dépit de l’énorme déficit de 343 milliards $ occasionné par la mise en place des nombreuses mesures financière­s d’urgence visant à aider les particulie­rs et les entreprise­s à surmonter la présente crise économique.

GRANDE CHANCE

La récession mondiale engendrée par la paralysie de plusieurs secteurs de l’économie à la suite de la crise sanitaire déclenchée par la COVID-19 a eu pour impact « positif » de faire chuter les taux d’intérêt à un niveau historique très bas.

Ce qui permet aux gouverneme­nts de par le monde de financer leurs énormes dettes gouverneme­ntales en émettant des obligation­s à faible taux.

Pour vous montrer l’effet bénéfique de la récente baisse de taux d’intérêt, sachez que le gouverneme­nt Trudeau va dépenser cette année en frais d’intérêt quelque 5 milliards $ de moins que l’an dernier alors que sa dette fédérale grimpera de 343 milliards $.

Vu la faiblesse des taux, le gouverneme­nt fédéral a bien entendu avantage à financer sa dette à long terme.

À l’heure actuelle, il lui en coûte autour de 1,00 % pour se financer sur 30 ans et environ 0,60 % pour un terme de 10 ans.

PROBLÈME EN VUE ?

Les taux d’intérêt étant bas, le surendette­ment fédéral « glisse » actuelleme­nt sur le gouverneme­nt Trudeau comme l’eau sur le dos d’un canard.

Mais attention ! Dès qu’il y aura reprise économique solide, les taux vont évidemment re…grimper et à ce moment-là, la lourde dette fédérale va coûter plus cher à financer sur le marché des obligation­s.

Un pour cent d’augmentati­on de taux d’intérêt représente­ra sur la dette fédérale une hausse annuelle des frais d’intérêt de 10 milliards de dollars.

Croisons les doigts pour que les banques centrales, dont la Réserve fédérale américaine et la Banque du Canada, n’augmentent pas de sitôt leurs taux directeurs.

L’indicateur à surveiller ? Le taux annuel d’inflation. Tant qu’il restera sous les 2,5 % à 3 %, le surendette­ment des gouverneme­nts demeurerai­t viable aux yeux des grands investisse­urs !

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PHOTO REUTERS Le ministre des Finances, Bill Morneau et le premier ministre, Justin Trudeau, lors de la présentati­on au Parlement hier de l’état de la situation économique au Canada.
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