« C’EST UN MAU­DIT PERVERS »

Un homme de Saint-Jus­tin a abu­sé de son frère et de sa soeur dans les an­nées 1980

Le Nouvelliste - - LA UNE - NAN­CY MASSICOTTE nan­[email protected]­nou­vel­liste.qc.ca

TROIS- RI­VIÈRES — Une autre dé­so­lante af­faire d’in­ceste a été ré­vé­lée, ven­dre­di, au pa­lais de jus­tice de Trois- Ri­vières, avec le plai­doyer de culpa­bi­li­té d’un ré­si­dant de Saint-Jus­tin qui a abu­sé sexuel­le­ment de son frère et de sa soeur.

Cet in­di­vi­du, dont on doit taire l’iden­ti­té pour pro­té­ger celle des vic­times, est main­te­nant âgé de 66 ans. Il a re­con­nu s’être li­vré à des at­ten­tats à la pu­deur et des agres­sions sexuelles sur son frère ca­det entre 1980 et 1983. Il a aus­si ad­mis avoir eu une re­la­tion sexuelle com­plète avec sa soeur en 1979 com­met­tant ain­si le crime d’in­ceste.

En ce qui concerne les dé­lits sexuels per­pé­trés sur son frère, ceux- ci ont com­men­cé alors que l’agres­seur était âgé de 28 ans, ma­rié et père d’un jeune en­fant. Son pe­tit frère en avait alors 15. Le pre­mier évé­ne­ment est sur­ve­nu alors qu’il le gar­dait à sa ré­si­dence de SaintJus­tin. Une nuit, il s’est glis­sé dans son lit pour frot­ter son pé­nis contre lui. La vic­time l’a im­mé­dia­te­ment re­pous­sé, ce qui a ré­veillé son propre en­fant qui dor­mait dans le lit voi­sin et sa conjointe qui se trou­vait dans une autre chambre. Il a mal­gré tout pour­sui­vi son ma­nège jus­qu’à l’éja­cu­la­tion.

Plus tard en en­tre­vue, la vic­time se rap­pelle de cet épi­sode comme si c’était hier. «Ça m’a tué. Je n’ai rien fait. Je me suis tu à cause de son fils, âgé de 2-3 ans qui était à cô­té. Le len­de­main, il est ve­nu s’ex­cu­ser en me di­sant qu’il avait bu. J’ai pré­fé­ré le croire mais la sen­sa­tion de le sen­tir éja­cu­ler sur moi, je ne peux pas la dé­crire. Il n’y a pas de mot à part ‘‘dé­gueu­lasse’’», a-t-il ra­con­té.

Or, deux se­maines plus tard, il a re­com­men­cé en fei­gnant cette fois­ci d’avoir be­soin d’aide pour ses éti­re­ments de ka­ra­té. Il a ain­si pris le pied de son jeune frère pour le frot­ter sur son pé­nis jus­qu’à éja­cu­la­tion. «Cette deuxième fois, il a plan­té le clou», a-t-il ajou­té.

Les abus sexuels se sont ain­si pour­sui­vis pen­dant trois ans et de­mi. Dès qu’il gar­dait son frère ou avait une oc­ca­sion d’être seul avec lui, il en pro­fi­tait pour ob­te­nir des mas­tur­ba­tions et des fel­la­tions, et quel­que­fois de part et d’autre. «Je n’ai rien fait parce que j’avais honte. J’avais peur aus­si d’en par­ler et de ne pas être cru, sur­tout qu’il était très res­pec­té dans notre mi­lieu», a-t-il pré­ci­sé.

Il a en­suite com­men­cé à consul­ter un psy­cho­logue vers l’âge de 18 ans afin de trou­ver le cou­rage de l’af­fron­ter. «Je lui ai dit que c’était fi­ni, que ça n’avait pas d’al­lure car nous étions deux frères. Et il m’a ré­pon­du: ‘‘Je ne com­prends pas. J’étais sûr que tu ai­mais ça’’», a-t-il dé­plo­ré.

Au fil des an­nées qui ont sui­vi, le plai­gnant a souf­fert d’une dé­pres­sion et a même fait une ten­ta­tive de sui­cide au point d’être hos­pi­ta­li­sé pen­dant un mois. Et ja­mais il n’a vou­lu en par­ler ou­ver­te­ment dans sa fa­mille, hor­mis à sa mère qui l’a pré­ve­nu que si son père ap­pre­nait ce­la, il tue­rait son frère.

Les bles­sures in­té­rieures ont aus­si eu rai­son de sa condi­tion phy- sique. «J’étais ma­lade au point d’être convain­cu que j’al­lais mou­rir. J’ai fait le choix de me li­bé­rer avant de par­tir », a-t-il pré­ci­sé.

Il a donc en­tre­pris, il y a deux ans, un sui­vi au­près de l’or­ga­nisme Em­phase qui vient en aide aux hommes agres­sés sexuel­le­ment dans leur en­fance. En dé­pit de son déses­poir, il a conti­nué à se battre jus­qu’au jour où il a dé­ci­dé de por­ter plainte à la po­lice contre son frère en no­vembre 2017. «J’ai réa­li­sé que je por­tais la honte et la culpa­bi­li­té de quel­qu’un d’autre et c’est ce qui m’avait ren­du ma­lade», a-t-il men­tion­né.

Au­jourd’hui, sa san­té s’est gran­de­ment amé­lio­rée. Il se dit fier de lui et sur­tout, libre. Sa soeur n’a d’ailleurs pas tar­dé à suivre son exemple et à por­ter une plainte elle aus­si.

Tel que l’a ra­con­té de­vant le tri­bu­nal la pro­cu­reure de la Cou­ronne, Me Ca­the­rine Le­may, cette femme a été vic­time d’une re­la­tion in­ces­tueuse à une seule re­prise en 1979. Elle avait alors 19 ans. Elle était al­lée dans un bar avec son frère aî­né pour se confier sur ses pro­blèmes per­son­nels et cher­cher du ré­con­fort. Elle vi­vait à ce mo­ment une peine d’amour et avait per­du confiance en elle. À la fin de la soi­rée, son frère de­vait la ra­me­ner chez elle mais il l’a plu­tôt conduite dans un mo­tel de Ya­ma­chiche. Une fois dans la chambre, il l’a désha­billée, l’a cou­chée sur le lit et a eu une re­la­tion sexuelle com­plète avec elle non pro­té­gée. Sous le choc, la plai­gnante n’a ja­mais eu la force de le re­pous­ser.

Lors du plai­doyer de culpa­bi­li­té ven­dre­di, celle-ci n’était pas pré­sente dans la salle d’au­dience con­trai­re­ment à son jeune frère. Vi­si­ble­ment, ce der­nier était sa­tis­fait du dé­noue­ment. « Le fait qu’il re­con­naisse sa culpa­bi­li­té, c’est comme un ca­deau que la vie me fait. Je me sens li­bé­ré. J’ai eu rai­son de faire tout ce que j’ai fait car c’est un mau­dit pervers. Je sais en bout de ligne qu’il n’au­ra pas grand-chose comme sen­tence mais l’im­por­tant était qu’il plaide cou­pable. J’in­cite toutes les vic­times à por­ter plainte d’ailleurs. Je tiens aus­si à si­gna­ler le bon ac­cueil des po­li­ciers de Trois-Ri­vières et le tra­vail du ser­gent Jo­na­than Phi­lie de la Sû­re­té du Qué­bec lors du dé­pôt de ma plainte et le sou­tien que j’ai eu de CAVAC», a-t-il pré­ci­sé.

Les plai­doi­ries sur sen­tence de cet in­di­vi­du, qui est re­pré­sen­té par Me Sa­bri­na Mé­thot, au­ront lieu le 8 avril.

Ça m’a tué. Je n’ai rien fait. Je me suis tu à cause de son fils, âgé de 2-3 ans qui était à cô­té. Le len­de­main, il est ve­nu s’ex­cu­ser en me di­sant qu’il avait bu. J’ai pré­fé­ré le croire mais la sen­sa­tion de le sen­tir éja­cu­ler sur moi, je ne peux pas la dé­crire. Il n’y a pas de mot à part ‘‘dé­gueu­lasse’’.

— PHO­TO: FRAN­ÇOIS GER­VAIS

L’in­di­vi­du, main­te­nant âgé de 66 ans, a re­con­nu s’être li­vré à des at­ten­tats à la pu­deur et des agres­sions sexuelles sur son frère ca­det entre 1980 et 1983. Il a aus­si ad­mis avoir eu une re­la­tion sexuelle com­plète avec sa soeur en 1979 com­met­tant ain­si le crime d’in­ceste.

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