Un risque pour dif­fé­rents ser­vices

Mar­tin Beau­mont a sur­tout des craintes concer­nant la qua­li­té des soins à la clien­tèle

Le Nouvelliste - - ACTUALITÉS - MAR­TIN LAFRENIÈRE

TROIS- RI­VIÈRES — Si ja­mais le gou­ver­ne­ment de la Coa­li­tion ave­nir Qué­bec dé­cide de réa­li­ser sa pro­messe élec­to­rale d’ac­cor­der au Centre- du- Qué­bec son propre centre in­té­gré de san­té et de ser­vices so­ciaux, cette orien­ta­tion pour­rait re­pré­sen­ter cer­tains risques concer­nant la qua­li­té des soins à la clien­tèle, es­time Mar­tin Beau­mont.

À en­vi­ron un mois de son dé­part de la pré­si­dence et de la di­rec­tion gé­né­rale du Centre in­té­gré uni­ver­si­taire de san­té et de ser­vices so­ciaux de la Mau­ri­cie et du Centre-du-Qué­bec, M. Beau­mont a été in­vi­té par Le Nou­vel­liste à ré­agir à une ru­meur qui cir­cule dans le mi­lieu de la san­té. Cette ru­meur laisse en­tendre que l’as­pect uni­ver­si­taire pour­rait dis­pa­raître en Mau­ri­cie ad­ve­nant une scis­sion de la struc­ture et la créa­tion d’un éta­blis­se­ment dis­tinct du cô­té du Centre- du- Qué­bec. Se­lon M. Beau­mont, la Mau­ri­cie va conser­ver son centre in­té­gré uni­ver­si­taire, en rai­son de la pré­sence de la Fa­cul­té de mé­de­cine de l’ Uni­ver­si­té de Mon­tréal au Centre hos­pi­ta­lier uni­ver­si­taire de Trois- Ri­vières ( CHAUR). Mais cer­taines pertes pour­raient être en­gen­drées par un tel re­dé­ploie­ment, à com­men­cer par les soins à la po­pu­la­tion.

« Si on se sé­pare, ça va ap­pau­vrir la ré­gion, es­time le pdg. Il y a des en­jeux im­por­tants. Au- de­là de l’as­pect so­cio- éco­no­mique, il y a des en­jeux de qua­li­té de soins et de ser­vices. Si on crée deux éta­blis­se­ments de­main, la seule chose dans la­quelle on va in­ves­tir est l’ajout de ges­tion­naires. Ça va prendre un pré­sident-di­rec­teur gé­né­ral, un pdg ad­joint, un di­rec­teur des fi­nances, un di­rec­teur des res­sources hu­maines. Ce mon­de­là n’offre pas plus de ser­vices à la po­pu­la­tion.»

« On a fait un dé­bat de struc­ture en 2015 ( avec la créa­tion du CIUSSS). Les op­ti­mi­sa­tions ont per­mis de faire des éco­no­mies d’échelle. On a amé­lio­ré l’ac­cès aux mé­de­cins, la chi­rur­gie, le sec­teur de la san­té men­tale. C’est loin d’être par­fait, mais on peut conti­nuer à s’amé­lio­rer. Un dé­bat de struc­ture ra­mè­ne­rait la ré­gion vers l’ar­rière. En bout de piste, j’ai­me­rais que les gens puissent s’as­su­rer que la dé­ci­sion va amé­lio­rer les soins et pas seule­ment ser­vir des en­jeux so­cio-éco­no­miques», men­tionne M. Beau­mont, qui as­sure que cette hy­po­thèse n’a nul­le­ment joué dans sa dé­ci­sion de dé­po­ser sa can­di­da­ture pour le poste de pré­sident et di­rec­teur gé­né­ral du CHU de Qué­bec, fonc­tion qu’il oc­cu­pe­ra dès le 21 jan­vier.

Mar­tin Beau­mont ex­prime des craintes quant à l’ave­nir du centre uni­ver­si­taire en dé­fi­cience in­tel­lec­tuelle et en trouble de l’au­tisme. Ce centre ba­sé du cô­té nord du fleuve Saint- Laurent re­groupe 40 cher­cheurs qui oeuvrent pour l’en­semble du Qué­bec et qui pro­fitent d’un bas­sin de po­pu­la­tion de 525 000 per­sonnes pour me­ner leurs tra­vaux.

« Avec la Mau­ri­cie et le Cen­tre­du- Qué­bec, on a une masse cri­tique. T’as be­soin de cette masse quand tu étu­dies la tra­jec­toire de soins pour les 0- 7 ans, pour le vieillis­se­ment en dé­fi­cience. Le dé­ve­lop­pe­ment de pra­tiques pour les troubles graves du com­por­te­ment, pour toute la pro­vince, c’est fait en Mau­ri­cie. Le trans­fert de connais­sances, ça vient de la Mau­ri­cie. C’est un joyau qu’on a. Seule, la Mau­ri­cie n’a plus la masse cri­tique. Ça ne veut pas dire qu’on va le perdre, mais ça met à risque les fonds dé­diés à un ins­ti­tut uni­ver­si­taire. On est la seule en de­hors des grands uni­ver­si­taires.»

Le grand pa­tron du CIUSSS de la Mau­ri­cie et du Centre-du-Qué­bec sou­ligne que des centres de san­té des deux ré­gions peuvent ac­cueillir des gens des deux ré­gions afin de ré­duire l e t emps d’at­tente, comme c’est le cas pour les exa­mens d’ima­ge­rie par ré­so­nance ma­gné­tique. Un ci­toyen de TroisRi­vières peut pas­ser cet exa­men à Sha­wi­ni­gan ou à Drum­mond­ville.

« À Ni­co­let, on a une uni­té de ré­adap­ta­tion pour les per­sonnes âgées. Des gens de Trois- Ri­vières font leur ré­adap­ta­tion à Ni­co­let. On uti­lise le maxi­mum de pla­teaux tech­niques. Et l’in­for­ma­tion cli­nique cir­cule. On n’a plus de fron­tière concer­nant la cir­cu­la­tion de l’in­for­ma­tion.»

Ad­ve­nant le fait que le gou­ver­ne­ment Le­gault dé­cide de do­ter le Centre-du-Qué­bec d’un centre i nté­gré de san­té, i l ne por­te­ra as­su­ré­ment pas le titre de centre uni­ver­si­taire.

In­vi­té à ré­agir face à cette pos­si­bi­li­té, Pas­cal Bas­ta­rache fait preuve de ré­serve. Le pré­sident du syn­di­cat du per­son­nel pa­ra­tech­nique, des ser­vices auxi­liaires et des mé­tiers CSN Mau­ri­cie et Centre- du- Qué­bec veut at­tendre de voir comment un tel scé­na­rio pour­rait se concré­ti­ser.

« À l’heure où on se parle, c’est en­core à l’état d’une pro­messe élec­to­rale. On a tou­jours été pour des ser­vices de proxi­mi­té. Il fau­drait avoir toutes les cartes sur la table pour que je puisse com­men­ter. Mais si c’est fait, on se­ra ex­trê­me­ment at­ten­tif pour s’as­su­rer que tout soit bé­né­fique pour tout le monde.»

— PHO­TO: STÉ­PHANE LES­SARD

Mar­tin Beau­mont, pré­sident et di­rec­teur gé­né­ral du Centre in­té­gré uni­ver­si­taire de san­té et de ser­vices so­ciaux de la Mau­ri­cie et du Centre- du- Qué­bec

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